Sonia M’barek : Pourquoi le succès tarde-t-il à venir ?





On attend beaucoup de cette artiste cultivée et douée. Mais le grand succès tarde à venir.
Elle est sans doute l’une des plus belles voix.  Enfant, déjà elle connaît la scène et le public. Elle est cultivée. Elle est jolie. Elle a tout pour être la plus grand chanteuse de Tunisie.
Et pourtant.
Sonia M’barek ne s’impose toujours pas dans le paysage chansonnier national. Et elle est peu connue, voire inconnue dans le monde arabe. Pourquoi ?
D’aucuns accusent l’absence de la dimension tarab dans sa façon d’interpréter ses chansons. Autrement dit la chanteuse ne communique pas à son auditeur suffisamment d’émotion qui fasse naître chez lui ce plaisir propre à la musique orientale et qui provoque emportement et extase.
D’autres dénoncent une certaine «distance» — et une distance certaine — qui empêche toujours le public d’adhérer à son art, malgré les années d'efforts et d’application déployés par la chanteuse.
«Application», avez-vous dit? C’est peut-être cela tout le handicap de Sonia M’barek. Elle paraît trop «sage» pour susciter la nécessaire petite folie chez son auditeur, trop polie, trop gentille, bref trop «bien dans sa peau» pour comprendre ceux qui ne le sont pas. Or la musique, et notamment la musique orientale, n’a-t-elle pas pour fonction première de mettre du baume dans le cœur des malheureux ? Les amoureux — qui sont toujours malheureux, comme dit la chanson — et tous les autres.
L’auditeur fait plus franchement confiance à un artiste «dérangé» qu’à un artiste «rangé». Pensez déjà à toutes les chanteuses qui ont marqué l’histoire de la chanson arabe ou mondiale. D’Edith Piaf à Saliha, en passant par Maria Callas et autre Ismahène. Il n’y a pas de grandes chanteuses «ordinaires». Même la grande Oum Kalthoum avait ses saillies qui dénotaient d’un caractère hors du commun.
«Mais je n’ai pas besoin d’une vie tumultueuse pour offrir une musique riche», s’insurge Sonia M’barek, sans jamais se départir de son sang froid, ni de son air poli de jeune femme de bonne famille. Elle rappelle d’ailleurs que, contrairement à d’autres chanteuses dont le succès évolue en dents de scie, elle n’a jamais connu un phénomène de désamour, et que sa côte de popularité est constante...
Bien entendu, elle n’est pas dupe du grief de prudence et de circonspection qu’on lui fait, et elle sait que c’est à Amina Fakhet qu’on l’oppose. Elles sont de la même génération, elles sont tellement différentes : «Amina est un grande chanteuse, mais elle a son parcours et j’ai le mien».
Mais que cherche donc Sonia M’barek en multipliant les expériences musicales jusqu’à aller chanter dans d’autres langues que la sienne, en acceptant de diriger le Festival de la musique, en intégrant l’université pour enseigner... le droit ? «L’équilibre», répond-elle sans hésiter.
Eh oui, sous son air tranquille, Sonia M’barek cache quelques vraies tourmentes. Alors, avec la soif d’un chercheur d’or, elle cherche, la pépite introuvable. Son nouveau gisement, c’est la Méditerranée et son héritage musical aussi riche que divers. Elle chante en français, en espagnol, en italien. Quand on lui fait remarquer qu’elle se disperse, elle rétorque, sûre de sa réponse : «Je chante l’amour, cela n’a pas de langue».
Mais si, la chanson a forcément une langue, et la nôtre, c’est l’arabe. Et c’est dans la langue que la chanson habite.
Espérons que Sonia comprenne cela et nous chante de nouveau, de sa belle voix, au timbre unique et à la précision parfaite, des chansons bien de chez nous.

Abdeljelil Youssef

Dates-clés

* 1981 : elle n’a encore que douze ans : duo avec Adnène Chaouachi sur la scène du Festival de Carthage. Elle chante «Ahkili Aliha ya baba».
* 1987 : Prix du Festival de la chanson - Meilleure chanson
* 2000 : Son CD «takht» enregistré en 1999 lui vaut le diapason d’or en France
* 2002 : Prix de la meilleure interprétation au Festival de la chanson arabe.
* 2005 : Elle est nommée directrice du Festival de la musique tunisienne.

Discographie

* Liberté 1992
* Tarab 1994
* Tawchih 1997
* Takht 1999
* Tair el Miniar 2003
* Romances 2007

Sur son carnet intime

* Une chanteuse ?
Amina Fakhet
* Une couleur ?
Le bleu de la Méditerranée
* Un plat ?
Le couscous au poisson
* Une ville ?
Tunis, bien sûr
* Un peintre ?
N’ja Mahdaoui
* Une fleur
Le muguet


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com