«Anniversaire» de Khédija Souissi : Dans les tréfonds de l’âme humaine





Un théâtre de la vérité qui arrache aisément le masque de la condition de la femme d’aujourd’hui. Relater la partie serrée de cache-cache qui se joue entre être et paraître, amour pour l’être et amour de soi. Poser en fin de compte la question de la sincérité, sonder la transparence des cœurs, réfléchir sur la situation de la femme d’aujourd’hui… voilà donc la pièce «Anniversaire» donnée dernièrement au Théâtre municipal par Khedija Souissi.
Un texte savoureux signé et campé par Khedija Souissi et mis en scène par feu Samir Ayadi. Samedi dernier au Théâtre municipal, la pièce placée sous la houlette de Moncef Souissi, était un subtil balancement entre humour et gravité. Ici s’allient, en un vertigineux enlacement, les chagrins de la vie d’une femme solitaire et le bonheur d’en rire. L’intrigue s’amuse de ces effets de miroirs que renvoie cette femme qui exhume du fin fond de sa mémoire ce qui pèse sur son cœur de femme et d’artiste. Son soliloque riche en jeux de mots, doubles sens et équivoques, invente un délicat langage et une succulente satire de notre réalité. Un théâtre de la vérité qui arrache aisément le masque de la condition de la femme d’aujourd’hui.
Sur scène, on ne quitte pas des yeux Khedija Souissi qui campe les rôles de «Arbia», celui de son père craint, sa mère soumise, le vicieux employé de la municipalité aussi, le vendeur ambulant de gâteaux, le beau-frère infidèle… Les dialogues qui en ressortent reflètent les peurs et les angoisses liées au passé de cette femme qui se confesse et se libère du poids de ses souvenirs d’enfant. Sur un fond d’histoire d’anniversaires, on nous distille les plus anciens secrets de l’âme humaine : ces violents états qui nous bouleversent, nous «désordonnent» et font de nous des solitaires même si l’on vit en société. Il y a beaucoup d’ironie dans ce discours stylisé et riant, quelque peu idyllique. Un discours qui devient parfois didactique et donc quelque peu lourd.
Le décor, par ailleurs, est fait de chaises décorées d’étoffes de soie, là où sont déposées des sculptures mutilées d’un homme et d’une femme, un chevalet et un paravent faisant l’élément fondateur d’une ligne de fuite. L’espace nous arrive dans un mélange de fluidité et de grâce et de simplicité. Que c’est beau un tel théâtre servi avec modestie, empathie et talent. Un théâtre qui nous fait redécouvrir une grande Khedija Souissi, une artiste sur la scène comme dans la réalité pleine de qualités. Suscitant ainsi une totale adhésion. Le tout donne à sentir la profondeur, l’intériorité de son personnage qui tire vers la sobriété et l’intensité psychologique. L’essentiel est de montrer combien cette femme exaspérée et fatiguée par les vices de la société, n’est autre qu’une femme dans la peau d’une enfant à la recherche d’un Eden perdu.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com