Jalel Bouricha, la gouvernance en héritage!





M. Bouricha est un homme de contrastes qui croit, dur comme fer, à la transparence et à la gouvernance. Car, pour lui, le métier d’hôtelier est d’une grande noblesse et d’une haute valeur ajoutée et il mérite les meilleurs outils pour s’épanouir. Pour tout dire, s’il n’y avait pas eu la crise financière internationale actuelle, il aurait porté le groupe Yadis en Bourse; le dernier attribut de la transparence et de la gouvernance.
Une salle de réunion spartiate dans le style des années 70, une grande table, des dizaines de cartons d’archives rangés… et un message clair: nous sommes là pour travailler, pour ficeler des dossiers ! Quand on rencontre M. Jalel Bouricha, le patron du groupe Yadis, dans cet environnement studieux, un strict costume gris, des lunettes de bosseur, on sait tout de suite qu’il s’agit de quelqu’un qui va invariablement à l’essentiel.
Pourtant, M. Bouricha est un homme de contrastes. Le premier est qu’il ne vient pas, à l’origine, du métier d’hôtelier alors que tout le monde reconnait sa réussite. De fait, il est ingénieur en génie mécanique et il a entamé sa carrière professionnelle avec un projet industriel; une usine de carton ondulé en 1983. Le second contraste, c’est qu’il a été ‘’obligé’’ de se transformer en hôtelier pour gérer sa part du patrimoine familial. Le troisième, c’est qu’il n’a pas été tout de suite parachuté au sommet de la gestion de ses hôtels mais il a commencé au plus bas de l’échelle par les stages ouvrier, magasinier, service du personnel… ‘’L’hôtel était de la famille mais j’avais un directeur général qui le gérait en attendant que je sois prêt.. et puis je suis tombé amoureux du domaine du tourisme et de l’hôtellerie !’’, nous confie-t-il. C’est d’ailleurs dans cette logique qu’il passe avec succès, en 1986, un DESS en tourisme (2ème promotion). Quant au quatrième contraste, il vient de l’héritage paternel. ‘’Il nous a éduqués puis nous a transmis l’héritage de la gouvernance, le dernier jalon de la transparence qui sera clôturé par l’entrée du groupe Yadis en Bourse’’, souligne-t-il. Un contraste criant par rapport à la majorité des patrons tunisiens qui pensent que la meilleure manière de vivre heureux c’est de vivre caché.
Dès son jeune âge, M. Bouricha a suivi beaucoup de stages dans l’hôtellerie. Une graine plantée petit à petit et, progressivement, c’est le désir d’entreprendre, de réussir et de réaliser des performances qui prit le pas, non seulement dans le domaine hôtelier mais également dans ses premières amours: l’industrie. Son usine de carton ondulé est d’ailleurs une réussite et elle est parfaitement opérationnelle à ce jour.


‘‘Je délègue la gestion et je me concentre sur les questions stratégiques’’
Deux domaines abordés avec l’esprit de l’ingénieur qui apprécie l’expérience paternelle, là où M. Abdelhamid Bouricha a ouvert le premier hôtel de l’après-indépendance à Tunis, l’hôtel Ibn Khaldoun qui devait être un simple bâtiment de bureaux à l’origine. Un ingénieur qui admire celui qui n’a pas attendu d’avoir des problèmes de santé pour transmettre le patrimoine familial. Et c’est là que, pour lui, commencent les plus hauts faits de gouvernance cristallisés par la manière de transmettre: ‘’Il nous a appris la rigueur et la transparence avant de nous transmettre matériellement le patrimoine. Nous savons tous que la passation est un problème, mais notre père (qui était l’un des fondateurs de Poulina) est parmi les pionniers à avoir assis les bases de la gouvernance. En 2000, il a fait que les biens soient gérés et détenus par chacun d’entre-nous, faisant ainsi le partage de son vivant. Avec mes enfants, je suis en train de faire la même chose. Car je crois, comme mon père, que si j’avais un ‘’pépin’’, mes enfants ne seront pas impliqués directement dans la gestion jusqu’à ce qu’ils fassent leurs preuves’’, commente M. Bouricha.


De la rigueur, encore et toujours !
Transparence, gouvernance, compétence, capital humain… Voici ses vocables préférés quand il nous assure  de sa croyance profonde en ce que la Bourse est l’attribut ultime de la transparence et qu’il n’en a reculé l’échéance qu’à cause de la crise financière internationale. Il se sent fin prêt alors que ce n’est pas lui qui dirige le groupe mais se concentre seulement sur les questions stratégiques. C’est d’ailleurs un attribut majeur de la gouvernance que les pratiques de délégation de responsabilité de M. Bouricha qui encourage ses cadres à avoir l’ouverture d’esprit nécessaire pour qu’ils sentent les facteurs de groupe et en comprennent la communication. Une démarche qui ne s’apprend pas, ne s’enseigne pas, mais qui s’installe par la persévérance.
L’entrée de M. Bouricha dans le tourisme pourrait se résumer en quelques mots : entreprendre, servir, être à l’écoute... ‘’Je suis l’un des premiers à entrer dans l’hôtellerie alors qu’il ne s’agit pas d’une tradition familiale. Mais j’y suis venu avec un diplôme universitaire, donc avec un autre regard. J’ai appris des Anciens du métier car ce domaine a ses spécificités mais ma culture personnelle a fait que je fasse évoluer ces spécificités.’’
Des mots qui émaillent son approche, jusque dans le choix du nom de sa chaîne hôtelière. ‘’En 1989 nous voulions un nom pour notre hôtel à Djerba… J’avais lu un livre sur l’île des songes où il y avait un guerrier qui portait ce nom et il atout de suite fait tilt ! De plus, avec ses deux syllabes, sa prononciation était aisée pour notre clientèle essentiellement composée d’Allemands. Il y a aussi le côté local puisqu’il existe un quartier appelé ‘’Ben Ydis’’ près de ‘’Mellita’’. C’est ainsi qu’il est devenu le nom de la chaine hôtelière.’’
De la rigueur, encore et toujours, même dans la décision que Yadis reste une chaîne nationale, donc pas de Tour Opérateur derrière. Elle est indépendante et, par cela, enrichit le produit tunisien malgré la concurrence acharnée. Aujourd’hui Yadis Djerba a fait sa mise à niveau avant la mise à niveau en 2003, Ibn Khaldoun a été le premier hôtel à être certifié trois étoiles en 1997, Tozeur et Tabarka sont dans le programme de mise à niveau nationale.
Seulement, il en gros sur le cœur : ‘’Le domaine de l’hôtellerie est très noble. Malheureusement, les vrais professionnels manquent en Tunisie. Ils ne lui donnent pas la valeur qu’il faut. Nous le voyons pour les services qui sont d’une médiocrité affligeante. Il faut plus de rigueur dans le travail. Il faut plusieurs outils pour promouvoir notre métier. La formation est très insuffisante alors qu’elle est fondamentale pour l’amélioration de nos services. La commercialisation est trop faible. Il faut développer l’image de la part de l’Etat et le professionnalisme doit reprendre droit de cité. Car, actuellement, seule une petite cohorte de nos professionnels nous fait honneur !!’’

Manoubi AKROUT
manoubi.akrout@planet.tn

 bio express

n  1957: Naissance dans une famille
d’hôteliers
n  1982: Diplôme d’ingénieur en Génie mécanique 
n 1983: Création de son usine de carton ondulé
n  1986: DESS en tourisme
n  1989: Naissance de l’appellation ‘’YADIS’’
n 1997: Yadis Ibn Khaldoun obtient l’ISO 9000
n  2000: Partage du patrimoine familial du vivant du père
n  2003: Yadis Djerba fait sa mise à niveau avant la mise à niveau




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com