Une politique de l’emploi socialement responsable





La problématique de l’emploi posée revient à se poser la question de savoir dans quelle mesure une économie, comparable à celle de la Tunisie, peut créer 90000 opportunités d’emploi ?

Par  Aïda Chérif

En d’autres termes, est-ce que la structure productive en Tunisie est capable de créer des opportunités d’emploi pour les diplômés qui représentent les 2/3 de ces 90000?
C’est le thème traité par Monsieur Slim Tlatli, ministre de l’Emploi et de l’Insertion des jeunes dans le marché du travail, invité par l’Organisation Tunisienne pour l’Eduction et la Famille (l’OTEF).
D’entrée de jeu, Monsieur Slim Tlatli, estime (le mot est trop faible) que « le secteur productif a réussi à doubler son pouvoir à créer des opportunités d’emploi pour les jeunes et surtout pour les diplômés ».
Structurellement, l’économie tunisienne crée environs 80000 opportunités d’emploi annuellement, dont 36000 pour les diplômés, alors que lors du changement du 7 Novembre, en créait que 40000.
Le ministre de l’Emploi note que « lors du Changement du 7 Novembre, le secteur économique n’employait que 80000 diplômés, actuellement c’est près de 470000 ».
Malgré ces importantes réalisations, « il nous reste deux grands défis à relever, le troisième défi est circonstanciel, dans la mesure où, qu’actuellement, le monde traverse une crise économique financière puis économique, qui a des répercutions sur l’économie tunisienne,  qui est ouverte et intégrée au marché mondial ».
M. S. Tlatli considère qu’ « Aujourd’hui, environs 50% du développement provient essentiellement de l’export, c'est-à-dire notre pouvoir de concurrence sur le marché mondial, mais si la demande mondiale baisse, notre pouvoir à exporter baisse aussi.».
La crise d’abord financière, puis économique, touche tous les pays. Cependant, « elle pourra créer des opportunités de taille pour l’économie tunisienne » estime le Ministre. Pour preuve, les investisseurs allemands ont affirmé que cette crise accentue encore plus la concurrence, « on s’est dirigé vers la Tunisie et on a l’intention de renforcer nos positions dans ce pays ».
A ce niveau, la crise pourrait apporter des opportunités de diversification et de d’élargissement d’horizon à la Tunisie, sachant qu’elle aurait des répercutions sur les entreprises tunisiennes qui disposeraient d’un avantage  concurrentiel, que M. le ministre de l’Emploi considère comme un «défi majeur ». 
En dépit des mesures susceptibles de « contrôler le taux de chômage – notamment des jeunes diplômés- ces cinq dernières années,  on aurait essentiellement deux axes à gérer ».
Le premier axe concerne la pression lancinante des demandes supplémentaires sur le marché de l’emploi (90000 demandes par an) : « Ce niveau de demande est trop élevé, comparativement à d’autres pays, comme la France et ses 60 millions habitants. Cet axe est sous tendu par le facteur démographique, incontrôlable à moyen terme. Avec une croissance démographique dès les années 80 de 2,5%, (actuellement elle est passée à 1%),  « le marché de l’emploi a subit des pressions pour les 7 à 10 années à venir ».
Le second axe concerne la demande des diplômés du supérieur « qui représente 60% des demandes supplémentaires annuelles sur le marché de l’emploi. Actuellement, il y a 60000 nouveaux diplômés par an,  alors que lors du Changement du 7 Novembre, il n’y en avait que 4000 ».
Il faut repenser notre stratégie. «En quoi consiste-t-elle» ? s’interroge M. Slim Tlatli.
Et il répond : «M. le Président de la République a ratifié une stratégie en trois axes essentiels ».
Le premier axe consiste à reconnaître qu’il n y a pas de baguette magique pour la création d’opportunités d’emploi, ce n’est pas une décision administrative : « La création d’opportunités d’emploi se fait grâce au développement économique et à l’investissement». C’est que l’investissement d’aujourd’hui c’est l’emploi, la production et les revenus de demain. L’investissement en équipements productifs et d’infrastructure, qui crée des opportunités d’emploi pour les diplômés dans le secteur de la santé, le transport, la logistique…».
Le deuxième axe est structurel. Il concerne toute agence de l’emploi : « il faut que ces éléments du marché du travail (offre et demande) coïncident ». C’est la raison pour laquelle « La première étape dans la réorganisation structurelle des organisations de la formation professionnelle et de l’enseignement supérieur, vise le changement de la composition de cette organisation ». Et M. Slim Tlatli détaille son argumentation :
En ce qui concerne l’enseignement secondaire, « il faut se diriger encore plus vers la formation technique et artistique et la formation professionnelle. Actuellement, seulement 20% choisissent la formation professionnelle, ce qui est complètement inversé dans certains pays comme l’Allemagne, qui ont réussit à résoudre le problème du chômage ». Sur le marché de l’emploi, « le salaire d’un diplômé de la formation professionnelle est plus élevé que celui d’un maîtrisard ». Aussi, la mentalité doit changer : « l’avenir dans la formation professionnelle est un avenir ouvert à plus de développement».
Au niveau la reconstitution de l’enseignement supérieur, « l’encouragement doit se porter vers les spécialités demandées sur le marché, « essentiellement les spécialités techniques et artistiques ». Avec « l’amélioration de la qualité de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle plus spécialisée ». L’amélioration de la qualité signifie, pour M. Slim Tlatli, «l’amélioration du contenu de l’enseignement de manière à ce qu’il réponde le plus au besoin de l’organisation des structures productives».
Enfin, le troisième axe consiste en « une politique dynamique  de l’emploi: « Avec M le Chef de l’Etat, des corrections profondes ont été initiées, dont notamment,  les différents programmes ( 54 instruments) et qui ont été synthétisés en 6 programmes essentiels,  pour faciliter l’utilisation de ces programmes et cibler les besoins ».
Au niveau qualitatif, des réaménagements ont été introduits pour cibler « l’amélioration des services des bureaux d’emploi aussi bien pour les demandeurs d’emploi que pour les entreprises, (…) Avec une gestion optimale du portefeuille des conseillers à l’emploi… ».
La problématique de la politique de l’emploi est multiforme. Elle est mouvante. Elle doit donc être sous tendue par une cohésion sociale et une responsabilité commune à tous les membres de la société.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com