Aujourd’hui, Journée mondiale du théâtre : Revenons au texte !





Sans public il n’y a pas de théâtre, disait le grand homme de théâtre polonais Grotowsky.
Aujourd’hui il faut ajouter une autre condition: le texte. Nous fêtons doublement le théâtre cette année. D’abord en sacrifiant  à la tradition internationale qui a fait du 27 mars une Journée mondiale célébrant le 4e Art et l’honorant  comme l’une des sources fondamentales de la civilisation humaine, prenant sa source déjà dans la culture de la Grèce antique.
Ensuite, heureuse coïncidence, parce que l’année en cours marque le centenaire du théâtre tunisien. Théâtre tunisien, avons-nous dit? Pardon: nous voulions dire théâtre en Tunisie. Nuance !
Le théâtre tunisien, il faut encore l’inventer.
C’est une œuvre de civilisation qui nécessite passion et patience. Elle demande vision claire et politique suivie pour créer des habitudes, concevoir une mémoire, et donc un patrimoine, et faire émerger des symboles, et donc des références.
Un siècle d’exercice théâtral a-t-il été suffisant pour nous doter de tels moyens nous permettant de parler d’un théâtre tunisien?
Le théâtre, ne nous trompons pas, c’est d’abord le texte dramatique. C’est l’écrivain de la pièce de théâtre qui pense et exprime sa société et son époque. C’est lui la base. Le reste, dramaturgie, scénographie, mise en scène ..., n’est qu’interprétation et effet de mode passager et éphémère. Bien entendu  sans mise en scène ou mise en bouche quand il s’agit de théâtre radiophonique, le texte dramatique n’a qu’une simple existence. Il n’a pas de vie. Mais le texte demeure, la mise en scène change et passe. Pensez donc à ce théâtre grec qui a plus de 25 siècles, au théâtre élisabéthain et sa figure de proue William Shakespeare, ou encore au théâtre classique français ou italien. Ce sont d’abord des textes, et enfin des textes. Le texte, c’est le fondement.
Or, c’est le texte dramatique qui manque le plus à notre théâtre, et à toute la culture arabe actuelle, en général. L’écrivain du théâtre, à l’exception de quelques courtes périodes coïncidant avec l’existence de grands projets sociétaux: lutte pour l’indépendance politique, édification de l’Etat , choix de l’option socio-économique..., a brillé par son absence. On pourrait sans doute expliquer cette absence, mais non la justifier.
Il y a d’abord une incompréhension du rôle du metteur en scène faisant de lui , sous l’effet de certaines modes, l’homme à tout faire. Concepteur, écrivain, dramaturge, producteur, il a relégué ainsi l’écrivain dramatique au second plan, avant de s’en passer définitivement, ou presque.
On peut également évoquer le poids du phénomène festivalier dans notre culture, qui a favorisé, l’exceptionnel et du fugace aux dépens de l’élaboré et du durable. Or l’écriture pour le théâtre exige temps et maturation.
D’autres raisons encore, comme la rémunération insuffisante des auteurs dramatiques, réduits à d’éternels amateurs, sont également  derrière la raréfaction du texte dramatique. Ce qui renforce encore l’irrégularité de notre vie théâtrale, et son caractère décousu et intermittent.
Le texte fonde le théâtre, permet à sa littérature d’exister, relie les générations, forge une mémoire.  Alors  que la volonté politique existe pour promouvoir un théâtre tunisien, rappelons donc cette évidente vérité qu’on semble avoir un peu oubliée: sans texte théâtral, il n’y a pas de vrai théâtre, ni vie théâtrale véritable.


Abdeljelil YOUSSEF




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com