Le Quotidien du cinéma





Le petit mot : Tout film tunisien est le bienvenu
Bonne nouvelle: «La danse des cimetières» de Moncef Ben M’rad sort en salle !
Pas plus que vous, on n’a pas encore vu le film; l’on ne peut, par conséquent, juger de sa qualité. La bonne nouvelle réside tout simplement dans le fait que c’est un film tunisien qui voit le jour, éclaire nos salles obscures, et tient l’affiche pendant un temps, qu’on espère long.
Peut-on donc espérer meilleure nouvelle que cela ? Que le cinéma tunisien produise et soit présent en continu, et qu’il ait sa place parmi les autres cinémas ayant déjà élu domicile dans la ville depuis des décennies ?
La qualité ? Patience. Produisons d’abord, rallumons la passion, suscitons les vocations instaurons les débats, créons un patrimoine filmique… et la qualité viendra, s’imposera.
La qualité n’est pas une donnée indéterminée et sa situation en dehors de tout contexte socio-culturel. Elle ne vient pas, non plus, de rien. Ex nihilo. Elle est l’aboutissement d’un processus de création long et patient qui s’affirme dans l’interaction du cinéaste et son public. C’est le film qui permet cette interaction. C’est cette interaction qui garantit la qualité. Alors, bienvenu au film de Moncef Ben M’rad. On le verra, et on verra.

A.Y.

En marge de «Doc à Tunis» : Que sait-on sur le film documentaire ?

Du 1er au 5 avril, se déroule un événement incontournable de la vie culturelle et intellectuelle tunisoise: «Doc à Tunis».
Présidée par Tahar Ben Ammar, la cession de 2009 projettera, comme lors des précédentes sessions, des documentaires du monde entier et particulièrement du monde arabe.
Mais qu’est- ce que le documentaire ? Le documentaire est le contraire d’un film de fiction. Il est apparu au début de l’histoire du cinéma. En ce début du 21e siècle, il connaît une renaissance et est plus populaire que jamais. Il pourrait donc être considéré comme le genre le plus établi de tous.
John Grierson, chef de file du cinéma documentaire anglais des années 30  l’a défini comme étant le «traitement créatif de la réalité». Il a également dit «L’art est une arme à notre disposition pour voir et dire ce qui est beau, bien et bon».
Le documentaire domine le cinéma mondial jusqu’en 1908, puis laisse la primauté au film de fiction.
Toutefois, après la révolution russe de 1917, il devient un moyen de lutte contre l’ignorance et l’analphabétisme. Des trains équipés sillonnent le pays pour porter «la bonne parole bolchevique aux masses». En 1922-1925, Dziga Vertov monte une série de films «Agit-prop» appelé Kino-pravda (cinéma vérité).
Contrastant avec le didactisme soviétique, l'américain Robert J. Flaherty réalise des documentaires ethnologiques, tel «Nuook, l’esquimau» (1922). En Europe de l’ouest et aux Etats-Unis, les documentaires mettent en lumière les problèmes environnementaux et sociaux.
La Deuxième Guerre mondiale et la TV vont éclipser le genre… jusqu’en 1956, date à laquelle le mouvement de protestation des intellectuels britanniques contre l’ordre établi engendre le «free cinema». En France, Alain Resnais débute avec des courts-métrages sur l’art «Van Gogh» (1948), «Guernica» (1950) et «Gauguin» (1951) et un documentaire dévastateur sur les camps de concentration «Nuits et brouillard» (1956).
Ce cinéma vérité a aussi pour émules Chris Marker et Jean Rouch qui proposent que la caméra stimule la spontanéité !
Peunebacker filme Bob Dylan lors de sa tournée mythique de 1965 en Angleterre. La mode des reportages sur les groupes de rock est lancée. «Woodstock» (1970) remporte l’oscar du meilleur documentaire. Le dernier et le premier film de Martin Scorcese s’inscrit dans la même veine.
Récompensées par des oscars et une palme d’or, les analyses du côté sombre des Etats-Unis par Mickeal Moore ont défrayé la chronique, tels «Bowling for Colombine (2002) et surtout «Farenheit 9/11» (2004).
En somme, les documentaires font à présent de la concurrence aux fictions. «Etre et avoir» (2002) histoire d’un instituteur inspiré en campagne ou «Super size me» (2004) sur la malbouffe due à la restauration rapide et l’obésité qui en résulte ont été élus aux box-offices internationaux.

M. Waley Eddine MESSAOUDI : «La danse des cimetières» : Affaire de fanatisme

Un film tiré d’un fait réel et qui raconte le fanatisme algérien dans tous ses états bouleversants des années 1990. Ce soir au CinémAfricArt.
Une trentaine de minutes de courage et d’absurdité à la fois. Un récit de vie d’une institutrice face à ses bourreaux bornés. Pour dire où va le monde et où est passée l’humanité.
Après Le Roi et L’Ombre est passée (1964 et 1965), deux courts-métrages du genre amateur et Les Confessions d’un Cannibale, au programme de la section professionnelle des Journées cinématographiques de Carthage 1966, Moncef Ben M’rad —philosophe, journaliste (fondateur du magazine Réalités et Akhbar al Jamhouryia), romancier dans le plus clair de son temps (Les Lumières de Nejma- Prix Comar d’Or 2004) et amoureux fou du grand écran depuis sa tendre enfance à Hammam Lif, sa ville natale— revient avec plaisir à sa passion de toujours. «Je me suis inspiré d’une situation qui a eu lieu en 1995 dans l’Algérie voisine et qui m’a grandement marqué. Je parle d’une institutrice algérienne vivant à la campagne et qui enseigne la musique. Un jour, une horde d’extrémistes a débarqué dans sa vie la menaçant de mort si elle n’arrête pas les cours et lui ordonnant de porter le voile. La fille, animée d’un rare courage, a tout naturellement refusé de se soumettre aux fanatiques et continué à mener son rythme comme elle l’entend, a eu une fin tragique…», raconte le cinéaste. La fin, on l’a devinée. On est venu égorger l’enseignante en présence de ses élèves très attachés à cette maîtresse qui estpour elles un messie. Un film plus que choquant. Il est plus réel que nature et pose sur grand écran un cortège funèbre de plans de non recours tramés par des intégristes. Participeront à ce moyen métrage une pléiade de nos acteurs, comme Chakera Ramah qui incarne le rôle de Aïcha, Mohamed Kouka, Lotfi Dziri et Jamal Madani. Bon film!

Z.ABID

Ahmed Hafiène : A l’affiche de «La Giusta Distanza»

Sur la note de presse du 2e rendez-vous du «Cinéma italien contemporain à Tunis» qui se déroule du 26 au 30 mars au Mondial, un panel de films récents et une série de noms de stars de l’autre rive de la Méditerranée. Parmi ces jeunes vedettes montantes, notre Ahmed Hafiène national. 
Jeudi dernier, lors de la conférence de presse donnée à l’occasion de la 2e édition du Cinéma italien contemporain à Tunis à l’Institut culturel italien de l’avenue Mohamed V, l’acteur tunisien, Ahmed Hafiène n’a pas caché son enthousiasme. Il était même très heureux. D’apprendre la langue italienne en seulement six semaines, de signer, il y a quelques jours un accord pour son 5e film dans la Botte voisine, d’être dans le film inaugural de la manifestation qui se déroule dans son pays natal et d’avoir surtout le prestigieux prix italien Donatello pour son rôle de mécanicien. «Grâce au cinéma tunisien qui m’a donné ma chance, j’ai été repéré par des réalisateurs italiens. Ils m’ont vu dans des rôles divers. Ses réalisateurs ont apprécié mon travail. Je pense ici à Poupées d’argile de Nouri Bouzid, du Chant de la Noria, de Abdellatif Ben Ammar et la Koutbia de Naoufel Saheb Ettabâa. Ceci est très important dans ma carrière et il me fallait saisir l’opportunité de ma vie. Seule lacune : je n’avais pas la langue et il me la fallait pour incarner le rôle de mécanicien, de bricoleur bon à tout faire. J’ai dû me précipiter pour l’apprendre et je n’avais que quelques semaines devant moi avant le tournage qui a eu lieu en 2007. En seulement six semaines, j’ai pu me familiariser avec la musicalité de cette langue séduisante. Tout comme cette Italie colorée et qui ressemble tant à mon pays natal. Quant à l’ambiance sur les plateaux du tournage de La Giusta Distanza, c’est d’une rare harmonie. J’ai côtoyé des gens sympathiques et j’ai rencontré des cinéastes qui ont croisé sur leur chemin des hommes de chez nous, ayant bien grandi dans le métier et ils étaient heureux de travailler avec un Tunisien. Je me suis senti quelque part l’enfant adoptif du cinéma italien. C’est un film qui raconte l’amour. Et j’étais l’amoureux fou d’une enseignante au centre de toutes les attentions d’une bourgade dans le delta du Pô, en marge de tous les nouveaux temps. Mais ma surprise fut grande quand on m’a attribué le Prix Donatello. Un prix du même poids que le César et autres…», raconte l’acteur tunisien avec une modestie maîtrisée. La Giusta Distanza a été projeté le 26 au Mondial. Une deuxième projection est attendue dans la même salle demain à 17 heures. A ne pas rater !

Z.A.   


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com