Le déficit s’aggrave dans les caisses sociales : Sécuriser la Sécu ?





Les équilibres financiers des deux principales caisses de sécurité ne cessent de se détériorer sous l’effet des mutations socio-économiques.
Une étude  scientifique sérieuse élaborée par le département de la couverture sociale, de la santé et de la sécurité professionnelle relevant de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT, centrale syndicale unique) a tiré la sonnette d’alarme sur l’aggravation du déficit des deux principales caisses de sécurité sociale. L’étude présentée pour la première fois, lors de la dernière réunion de la commission de l’organisation ouvrière, révèle que le déficit de la Caisse Nationale de Retraite et de Prévoyance Sociale (CNRPS) a atteint un niveau record en 2007. Le trou enregistré dans la trésorerie de cette caisse, qui couvre surtout le personnel de l’administration, a en effet atteint 37,922 millions de dinars. Un scénario tendanciel va encore plus loin. La CNRPS pourrait épuiser toutes ses réserves à l’horizon de 2015 si rien ne sera fait pour renflouer la trésorerie de la caisse.
De son côté, la Caisse Nationale de sécurité Sociale (CNSS) a enregistré un déficit de 109,011 millions de dinars en 2006 contre « un trou moins béant» de 9,014 millions de dinars en 2005 et un excédent de 43,73 millions de dinars en 2004. Cette caisse qui couvre essentiellement les salariés du secteur privé serait d’ailleurs incapable d’honorer ses engagements vis-à-vis de ses adhérents à partir de 2014.
Autres chiffres inquiétants: les provisions techniques( des liquidités disponibles destinées à couvrir les prestation sociales en cas de crise ou de mauvaise conjoncture) ne dépassaient pas une couverture de 5,5 mois en 2006 pour les régimes de couverture sociale dans le secteur public et de 32 mois pour les régimes regroupant les salariés du secteur privé.


Hausse continue de l’espérance de vie
L’étude, première en son genre, impute la détérioration des équilibres financiers des deux caisses à l’accroissement des dépenses à un rythme beaucoup plus rapide que celui des ressources sous l’effet de nombreux facteurs socio-économiques. Le plus important facteur consiste à la hausse continue de l’espérance de vie en Tunisie. Cet indicateur était de 55 ans en 1975 contre 74 ans actuellement. Conséquence : le nombre d’actifs par rapport à celui des retraités continue à baisser à une vitesse vertigineuse. Selon les statistiques figurant dans l’étude, le ratio actifs/retraités dans le secteur public a atteint 3,6 en 2006 contre 5,3 en 1990. Il en est de même pour le secteur privé, où le ratio actifs/retraités s’est établi à 4,77% en 2006 contre 5,65 en 1995.
La situation peu envieuse des trésoreries des caisses sociales s’explique également, selon l’UGTT qui s’est appuyée sur des experts indépendants pour la réalisation de l’étude, par l’élargissement du parapluie de la couverture sociale à des catégories socio-professionnelles à faibles revenus qui s’est traduit par la mise en place de régimes spéciaux ( régime des travailleurs agricoles non salariés, régime des travailleurs à faible revenu…) ainsi que par la diffusion à large échelle des emplois précaires.
D’autres facteurs économiques ont également contribué à la détérioration des équilibres financiers des caisses sociales. Il s’agit essentiellement de la chute manifeste des taux d’intérêts sur le marché financier motivée par la volonté de booster les investissements privés qui ont eu des impacts négatifs sur les ressources des caisses de sécurité sociale provenant du placement de leurs excédents, de l’accélération du processus de privatisations accompagnées souvent par des plans sociaux et de la diminution du nombre des recrutements dans la fonction publique.


Des «soins palliatifs» insuffisants
Le ministère des Affaires sociales, de la Solidarité et des Tunisiens à l’étranger a déjà adopté des mesures destinées à réduire le trou de la «sécu». Outre la création d’une Caisse Nationale de l’Assurance maladie (CNAM) visant à «soulager» la CNSS et la CNRPS de la gestion coûteuse de la couverture santé, les autorités de tutelle ont lancé ces dernières années une campagne pour lutter contre le « travail au noir» et lancé un plan «tolérance zéro» à l’égard des entreprises ne respectant pas leurs engagements vis-à-vis des caisses sociales.
D’autre part, l’Etat a décidé de revoir à la hausse l’âge du départ volontaire à la retraite , de limiter à 50% du salaire la pension accordée aux descendants célibataires de l’affilié décédé et d’augmenter les cotisations aux régimes de couverture sociale depuis juillet 2007. Cette augmentation s’est limitée à 1,2% des salaires pour les employés et à 1,8% pour les employeurs répartis sur trois ans.
Selon les spécialistes, ces mesures relèvent plutôt des « soins palliatifs ». « Les solutions présentées jusqu’ici ne sont pas en mesure d’empêcher l’écroulement des caisses sociales à moyen terme », estime Ridha Bouzriba, secrétaire général-adjoint de l’UGTT chargé de la couverture sociale.
Selon lui, une réforme globale des régimes de retraite constitue aujourd’hui une nécessité impérieuse.
L’UGTT recommande également de limiter les exonérations des cotisations aux caisses sociales accordées à un grand nombre d’employeurs dans le but de les inciter à investir et ne plus confondre sécurité sociale et solidarité sociale. Les recommandations des syndicats ne sont pas a priori tombées dans l’oreille d’un sourd. D’autant plus que la réflexion a été engagée au ministère des Affaires sociales en vue de procéder à une réforme des régimes de retraite à l’horizon de 2050.

Walid KHEFIFI

L’âge du départ à la retraite passerait à 63 ans

Les négociations sur la réforme des régimes de retraite qui devraient démarrer bientôt entre le gouvernement, l’UGTT et l’UTICA devraient aboutir à une révision à la hausse de l’âge du départ à la retraite sur la base d’études sectorielles. L’âge minimum proposé serait de 63 ans contre 60 ans actuellement. Pour certains secteurs jugés peu pénibles et où l’entrée en activité est tardive (médecins spécialistes, enseignants du supérieur..) l’âge du départ à la retraite serait porté à 65 ans, voire à 67 ans.

Croissance vertigineuse du nombre des personnes âgées

 Représentant actuellement environ 9,3% de la population tunisienne, les personnes âgées de soixante ans et plus constitueront, en 2029, 17,7%. Il s’agira d’une croissance plus rapide que celle enregistrée en Europe. En France, le passage du taux des personnes âgées de 7 à 17% s’est étalé sur 115 ans. En Tunisie, le passage de 9% à 17,7% ne durera que trente ans.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com