Dominical : La culture à la rescousse
Un homme de culture irakien interrogé récemment sur les nouvelles conditions de vie en Irak a eu cette réponse lapidaire et ô combien significative : avant la guerre je vivais dans la sécurité mais privé de liberté. Aujourd’hui je vis dans la liberté mais en pleine insécurité. Liberté et sécurité, il semble que, depuis plus de trente ans, la culture irakienne n’a aucun moment bénéficié de ces deux conditions simultanément, à l’instar du reste, de tous les autres secteurs du pays. Or l’une ne va pas sans l’autre, même si certains théoriciens de la création culturelle soutiennent que les arts et les lettres ne peuvent naître que dans la douleur et la désespérance, citant à ce sujet l’émouvant exemple de Féderico Garcia Lorca dont l’admirable poésie a été littéralement par son esprit et sa chair profondément endoloris par la dictature franquiste. Pour en revenir à l’Irak, les artistes et écrivains âgés d’aujourd’hui se remémorent avec une indicible nostalgie la période des années 50 et 60 où notamment les productions poétique, plastique et musicale éclosaient et rayonnaient avec une belle hardiesse d’expression dont on a peu d’exemples aujourd’hui. On en a pour preuve les cuvées de cette génération qui nous renvoient à une efflorescence de talents, annonciatrice d’une véritable renaissance culturelle dans cette partie-clé du monde. Car la culture — quoi qu’un vain peuple pense — peut constituer un extraordinaire levain de dynamisme et d’essor pour la pensée créatrice dans tous les domaines de la vie. A ceux qui tentent de procéder actuellement au redressement et à la reconstruction de l’Irak, nous nous permettons de leur rappeler le rôle fondamental qui peut être assigné à la culture dans cette œuvre difficile. Et nous leur remettons à l’esprit un constat qui avait cours il y a une cinquante années dans le monde arabe : on écrit au Caire, on imprime à Beyrouth, on lit à Bagdad. Qu’attend-on pour solliciter la culture qui serait-elle, capable d’opérer dans cette délicate conjoncture un choc psychologique salutaire ? Abdelmajid CHORFI

