«Let’s make money», d’Erwin Wagenhofer : L’industrie financière en 112 minutes





L’ouverture de «Doc à Tunis 2009» s’est déroulée au Théâtre municipal, avec un long documentaire autrichien «Let’s make money» d’Erwin Wagenhofer.
Mais, comme un rituel qui perdure, la projection a été précédée par les discours de présentation de la manifestation en cours et de celles qui viennent avec les louanges du film, du réalisateur, des remerciements justifiés, une couche pour le sponsor, une autre pour les ministères, on n’oublie personne, on en fait beaucoup ou pas assez. Soit ! Le Théâtre était rempli, beaucoup de jeunes, des cinéastes, des vidéastes, des artistes, beaucoup d’étudiants en cinéma, des invités d’honneurs, etc., tout le monde est à l’écoute. Il y avait une atmosphère de fête, gaie et brillante comme une soirée d’inauguration réussie.
«Let’s make money» est presque entièrement porté par son réalisateur, il en est le scénariste, le chef opérateur et participant au montage. Et, en plus, il traite d’un sujet actuel, sérieux, trop sérieux, sans clin d’œil, on ne sourit pas, on rit encore moins, mais en bon élève on apprend à longueur d’images comment le système financier fonctionne, comment il pompe les matières premières des pays pauvres pour enrichir les néo-capitalistes, les néo-libéraux issus de l’école du gourou suisse Von Hayek (qui a inspiré toute la politique de Reagan et de Thatcher). On voyage dans le film, pas dans le genre Club Med , mais dans les mines d’or du Ghana, dans les bidonvilles de Madras, dans les champs de coton du Burkina Faso et on souffre avec les damnés ou nouveaux damnés de la terre. La pieuvre financière ne vit pas que dans les pays émergents. Prenons l’Autriche, pays du réalisateur, les tramways de Vienne ont été vendus à une société financière étrangère qui gère les fonds dans un paradis fiscal… l’Etat autrichien s’endette davantage etc. La première guerre du Golfe y passe, la deuxième, il explique le pourquoi et le comment de la chute et l’exécution de Saddam… Il explique par le menu et preuves à l’appui, le processus de mainmise sur les richesses des pays. Un moment d’aveux touchants. Pédagogiques à l’envi, les scènes en Asie, en Afrique ou en Europe, les personnages, affamés, pauvres ou riches cimentent l’idée que, de nos jours, les mouvements de fonds sont déchiffrables mais incontrôlables, que les joueurs qui détiennent les 97% des richesses ne reculent pas pour faire la guerre à l’environnement et les guerres aux nations pour défendre leurs intérêts.
On sort du film instruit mais malheureusement résigné…


H.H.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com