Billet : Tout a été dit sauf l’essentiel (II)
Par Tahar El Almi
A lévidence, souligne-t-on dans les couloirs feutrés de l’université Paris-Dauphine: «l’économie mondiale a deux réacteurs principaux, tous deux en panne, les Etats-Unis et la Chine, où nous enregistrons de tout petits signes qui vont dans le bon sens : les ventes américaines de logements anciens remontent et la demande chinoise reprend. Ce rebond chinois est peut-être un peu artificiel, mais il témoigne d’une volonté forte de relancer la machine. Finalement, notre avantage sur nos devanciers qui ont subi la crise de 1929 est que nous avons la Chine et qu’ils ne l’avaient pas!».
Ce constat m’invite à revenir sur un certain nombre d’ambigüités de fond, quant au déroulement de la crise « actuelle » comparativement à celle de « 29 ».
En premier lieu, la « crise de 29» était réelle de surproduction pour devenir financière
, alors que la «crise actuelle» était financière pour devenir réelle de sous-emploi et de sous-production.
Dans le premier schéma, ce sont les désajustements dus au sur-investissement et au sur-endettement des entreprises américaines pour alimenter la demande globale d’une Europe en guerre, de sorte que dans un contexte de déficience de la demande européenne au sortir de la guerre de 14/18, les impayés des firmes ont contaminé la sphère financière et mis le système financier et bancaire en déroute.
Dans le schéma actuel, ce sont les erreurs de politique économique de stabilisation et de relance de la banque centrale des Etats Unis (la FED) qui a brutalement réduit ses taux directeurs (politique monétaire expansionniste) pour relancer le crédit et la demande globale, pour ensuite faire machine arrière en les augmentant, pour stabiliser la demande et les prix, une fois que les tensions inflationnistes risquaient d’apparaître.
En deuxième lieu, les paradigmes ne sont pas similaires : dans le contexte de la «crise de 29», la pensée keynésienne était absente pour relancer
C’était le schéma libéral (pas d’intervention de l’Etat) qui prévalait et donc pas question de plans de relance
pour renverser la vapeur à temps.
Alors qu’aujourd’hui, cette pensée keynésienne est remise à l’ordre du jour pour corriger les désajustements, par une régulation «prudente» du type «stop and go». C’est d’ailleurs l’objectif final des plans de relance mis en place par l’ensemble des pays, pour renverser la vapeur : impulser la demande globale déficiente
et relancer la production et l’emploi
En troisième lieu, l’économie est, aujourd’hui, beaucoup «plus mondialisée», avec certes, l’inconvénient de la contamination économique et financière et l’apparition de crises systémiques ; mais avec aussi des avantages salvateurs pour propager les effets vertueux des plans de relance des pays « gros gabarits» comme les Etats Unis et la Chine.

