Enquête : Enseignement des arts plastiques





Dans l’espoir d’une belle palette de talents L’enseignement artistique, dispensé par les écoles d’art est en mutation, certains le jugent défaillant en raison de son impuissance à gérer ses problèmes et à remédier à ses lacunes. enter La multiplication des écoles d’art et le foisonnement des centres et ateliers privés de formation artistique qui sont appelés à dynamiser le secteur, lui insuffler une âme nouvelle en préparant le terrain à l’éclosion de nouveaux talents sont demeurés en-deçà des résultats escomptés. La production artistique, picturale en l’occurrence, est abondante mais loin d’être élaborée, novatrice, presque abandonnée à elle-même. Artistes, enseignants, critiques et professionnels sont désunis. L’étudiant, ce futur créateur est démuni, coupé du monde de la création et de ses propres ailes. Il s’isole dans ses illusions, dans l’incompréhension de ce qui se forge à son insu et dans l’incertitude de son avenir. enter Aussi variés qu’ambitieux les disciplines et les programmes enseignés frappent à priori par l’aura de leurs noms savants, ne manquent pas de susciter des reproches et un sentiment vague d’incertitude quant aux attentes du marché de l’art et des exigences de la modernité. Incertitude, hésitation et questionnement dominent également l’environnement et les propos des parents perplexes mais nulnévables devant les exigences que nécessitent ce type d’enseignement. Ceux que nous avons rencontrés mettent l’accent sur les difficultés matérielles : peinture, ordinateurs et différents matériels coûteux pour la petite bourse de l’étudiant, outre l’absence de stages de formation et de documentation. Absence d’information enter L’Ecole des Beaux-Arts, l’une des plus anciennes du pays est vétuste, située dans un endroit incompatible avec la nature des études dispensées. Elle dispose de l’unique bibliothèque spécialisée qui devrait fournir l’information et les documents nécessaires: revues spécialisées, livres, thèses et autres, demeure désorganisée, voire vidée de ses meilleures références. enter L’étudiant est incapable de gérer tout seul les frais des études générés par ce type de lacunes. L’institution ne fournit pas de réponse, se trouve quelque part dépassée. Crise de coordination entre enseignants, étudiants et administration et crise psychologique. enter Un surplus d’effectif enter Certains enseignants justifient l’origine de ces lacunes par le foisonnement du nombre d’écoles et par le surplus d’effectif d’étudiants qui a atteint en 2003 le chiffre de 8250 inscrits dans les écoles publiques d’art. enter L’enseignement artistique est dispensé à travers trois grandes filières : les beaux-arts, les arts et métiers et le design. Devant la demande croissante de se former dans une discipline artistique, d’une seule école des beaux-arts, sept écoles d’arts sont nées dans plusieurs régions du pays en trois ans, trois instituts des beaux-arts situés à Tunis, à Sousse et à Nabeul, un institut de sciences et technologies du design ainsi que trois autres écoles d’arts et métiers situées à Gabès, à Sfax et à Kairouan. enter La différence entre toutes ces écoles se situe au niveau de la spécialisation. Rchid Fakhfakh explique la crise en outre, par “le surnombre qui ne peut que nuire au bon fonctionnement de l’institution en créant des carences en matière de compétences”. En effet, des enseignants de lycée sont recrutés pour subvenir aux besoins en cadres enseignants de toutes les écoles supérieures d’art ce qui provoque un handicap pédagogique sérieux. Pour remédier à cette situation, R. Fakhfakh propose le recrutement des étudiants par voie de concours et non automatiquement afin de n’admettre que les éléments brillants et prédisposés surtout à ce type spécialisé d’enseignement. enter Avoir un diplôme n’est pas suffisant pour être artiste. Le processus est long. “Il faut être avant tout talentueux, perspicace et travailler énormément à un rythme régulier”. Les 90% des ressortissants des écoles d’art, une majorité de la section communication s’oriente vers l’enseignement, une minorité s’engage dans les privés. Ce sont uniquement les plus talentueux qui deviennent artistes et réussissent à vivre de leur production, précise Mohamed Guia, le directeur de l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis. enter En effet, parmi les plus cotés de nos peintres, certains sont autodidactes. Parmi les vivants, l’artiste Jellal Ben Abdallah dont l’œuvre est la mieux vendue est autodidacte, il ne s’est rendu qu’une seule fois dans sa vie à l’Ecole des Beaux-Arts pour donner un cours. D’autres artiste professionnels ouvrent leurs ateliers à l’encadrement artistique, assurent une formation technique solide qui a permis à certaines femmes autodidactes de devenir artistes sans faire ou terminer un cursus universitaire. L’art en mal de communication enter La production artistique fait réfléchir certains professionnels. Après l’initiative de la galerie Chyem dans les années 90 de rompre le silence autour de la production artistique, voici venu le galeriste Mohamed El Ayeb qui a pu réunir dans sa galerie “Aïn”, autour d’un vernissage, les anciens enseignants de l’Ecole des Beaux-Arts pour débattre d’un certain nombre de questions se rapportant à l’enseignement, à la création et au marché de l’art. A travers cette initiative personnelle ce galeriste cherche à instaurer la tradition de communication et de débat entre les différentes générations d’enseignants et d’artistes et entre les différentes instances. enter Une telle initiative est à encourager afin de sortir l’art de son isolement, de créer une approche nouvelle emboîtant le pas à l’air du temps. Se mettre au diapason de la mondialisation exige de nous d’abord de remédier aux défaillances de l’enseignement, à la maturation de notre production et surtout à l’organisation de notre marché de l’art toujours anarchique afin de réaliser la symbiose entre l’art et la vie et de stimuler la résurrection du génie créateur. enter enter Nour El Houda SADFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com