Déchets hospitaliers : Des défaillances à la pelle





Plusieurs milliers de tonnes de déchets produits par les activités de soins en Tunisie finissent chaque année dans des décharges non contrôlées.
Une enquête réalisée récemment par l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGED) a tiré la sonnette d’alarme sur de graves défaillances au niveau de la gestion des déchets hospitaliers. Le tri sélectif des déchets selon le risque infectieux qu’ils présentent n’est en effet pratiqué qu’à hauteur de 70% dans les établissements publics et à raison de 50% au niveau des cliniques privées. Et même quand elle est pratiquée, cette opération reste insatisfaisante dans des proportions allant de 21 à 52% au sein de tous les établissements.
L’enquête révèle également qu’environ 80% des établissements de santé publics et privés procèdent au stockage continu des déchets biologiques, piquants, tranchants ou encore puants « intra-muros» pour une période dépassant 24 heures et jusqu’à une semaine et plus. Une insouciance qui accroît le risque d’infections nosocomiales. Pis encore, 55% des établissements publics procèdent au stockage des déchets des activités de santé dans un lieu public et en plein air sans prendre les mesures de précaution quant à la santé et à l’environnement.


Incinérateurs en panne et sans maintenance
L’ANGED a également relevé que la plupart des incinérateurs utilisés au sein des établissements hospitaliers sont anciens, souvent en panne, sans maintenance et non conformes aux normes européennes en vigueur. D’ailleurs, 23% des établissements de santé publique en sont équipés. Ce même constat a été confirmé par une étude réalisée par la Direction de l’hygiène du milieu au ministère de la Santé publique qui a montré que 20% des déchets dangereux sont détruits dans des incinérateurs inappropriés au sein  des établissements hospitaliers, et causent de la pollution de l’air par des émissions de gaz toxiques contenant des dioxines et des furanes et autres gaz hautement polluants.
L’étude de l’ANGED précise aussi que 80% des déchets dangereux (seringues, organes humains en putrification, substances radioactives utilisées dans la radiothérapie) sont transportées aux décharges contrôlées sans stérilisation ou traitement préalable bien qu’ils contiennent beaucoup d’agents dangereux, vecteurs de maladies tel les virus de l’hépatite A, B et C.


Des privés à la rescousse
Le nombre des entreprises publiques spécialisées dans la gestion des déchets des activités de soins reste toujours très limité, raison pour laquelle les autorités de tutelle ont appelé ces dernières années à la rescousse. Mais le nombre d’unités privées autorisées par le ministère de l’Environnement à mener des activités de collecte, de transport et de traitement des déchets de santé, il reste qu’il n’a pas encore dépassé une dizaine.
Une certaine insouciance semble continuer à caractériser les actions des différents acteurs dans ce domaine. Pourtant, il est désormais un fait établi que les déchets liés aux soins de santé constituent un réservoir de micro-organismes potentiellement dangereux susceptibles d’infecter les malades hospitalisés (infections nosocomiales), les agents de santé et le grand public. Les déchets peuvent également provoquer des traumatismes comme les brûlures résultant des émissions des substances radioactives jetées dans la nature ou encore les blessures provoquées par des objets pointus ou tranchants. L’enfouissement des déchets dans la terre pose, par ailleurs, un risque potentiel de contamination de l’eau. Il peut aussi exister des risques professionnels liés au fonctionnement de certaines installations d’élimination des déchets. Une incinération de matériaux qui ne se prêtent pas à cette forme d’élimination peut entraîner l’émission de polluants dans l’atmosphère. L’incinération de matériaux contenant du chlore peut en effet être à l’origine de dioxines et de furanes3, substances potentiellement cancérigènes.

W.K.

18000 tonnes de déchets par an

Les établissements de soins tunisiens publics et privés produisent chaque année plus de 18000 tonnes de déchets. Près de la moitié de ces déchets comportent des sérieux risques infectieux pour l’homme et la nature.  Selon les dernières statistiques, le nombre de lits dans les hôpitaux du pays avoisine les 21000, dont 16000 dans les établissements publics de santé et 5000 dans le secteur privé. La production moyenne de déchets par lit est estimée à 2.37 kg par jour.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com