M. Leïla Ben Ali : Mettre les sciences au service des personnes handicapées»





Hammamet — TAP
Madame Leïla Ben Ali, épouse du Président de la République, s’est adressée, hier matin, par une allocution aux participants au 5e séminaire international de la Fédération Africaine des Techniciens Orthoprothésistes (FATO), qui se tient, à Hammamet, du 27 au 30 avril 2009, sur le thème «Handicap et technologies».
Voici le texte de l’allocution de Madame Leïla Ben Ali, prononcée en son nom à l’ouverture des travaux du séminaire, par Mme Sarra Kanoun Jarraya, ministre des Affaires de la femme, de la famille, de l’enfance et des personnes âgées:

«Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux"
Monsieur le Président de la Fédération africaine des techniciens orthoprothésistes,
Monsieur le Chef du Laboratoire de recherche en biomécanique et en biomatériaux orthopédiques de Tunis et président de l’Association des parents et amis des handicapés tunisiens,
Honorables hôtes de la Tunisie,
Mesdames,
Messieurs,
Il m’est agréable d’ouvrir, aujourd’hui, les travaux du 5e séminaire international de la Fédération Africaine des Techniciens Orthoprothésistes, organisé avec le concours du Laboratoire de recherche en biomécanique et en biomatériaux orthopédiques et l’Association des parents et amis des handicapés tunisiens.
Il me plaît aussi, à cette occasion, de souhaiter la bienvenue aux honorables hôtes de la Tunisie que je remercie d’avoir bien voulu être présents parmi nous et contribuer à enrichir de leur apport les travaux de cet important séminaire international. Je leur souhaite à tous un agréable séjour en Tunisie.
Je tiens également à adresser mes remerciements à l’ensemble des membres de la Fédération africaine des techniciens orthoprothésistes pour avoir porté leur choix sur la Tunisie afin d’y tenir cette manifestation scientifique importante, et à exprimer toute ma considération à son président, Monsieur Niang Masse, pour les sentiments d’amitié et d’estime qu’il a exprimés, dans son allocution, envers la Tunisie, sa direction et son peuple.

Mesdames,
Messieurs,
La Tunisie a toujours été à l’avant-garde des pays qui militent en faveur des droits de l’Homme et qui œuvrent à leur consécration dans leur acception la plus exhaustive et leurs dimensions sublimes. Elle s’est employée à mobiliser les efforts en vue de l’instauration d’une solidarité internationale effective, fondée sur l’attachement aux principes de justice, d’égalité, de tolérance, de dialogue et de solidarité.
C’est ce qui s’est concrétisé dans le cadre d’une approche globale, aux objectifs humanistes et à portée universelle, dans laquelle les dimensions économique et sociale se complètent sans aucune forme d’exclusion ou de marginalisation.
La croissance économique et le bien-être social que nous souhaitons à nos peuples doivent s’accompagner d’un attachement permanent à garantir l’égalité, la justice et l’égalité des chances pour tous. Le développement et le progrès cognitif et technologique n’ont de valeur que s’ils profitent à toutes les couches de la société et notamment aux catégories à besoins spécifiques.
L’enjeu consistant à circonscrire la propagation des handicaps, à remédier à leurs causes et à prévenir leurs conséquences négatives est, par essence, un enjeu de développement. Il passe inéluctablement par la mise en place de politiques de développement efficientes, propres à garantir la promotion des droits fondamentaux de l’Homme à la vie, à la santé, à l’enseignement et aux autres attributs des sociétés saines et équilibrées.

Mesdames,
Messieurs,
Le nombre estimatif des personnes porteuses de handicap dans le monde aujourd’hui s’élève à quelque 600 millions de personnes atteintes d’un handicap moteur, sensoriel, ou mental, soit 10 % environ de la population, dont 80 % vivent dans les pays pauvres et en développement et 13,5 % en Afrique.
Cependant, la contribution du continent africain en matière de recherche scientifique, de développement technologique et de production des appareils et autres aides nécessaires pour faciliter la vie des personnes handicapées et favoriser leur insertion dans l’activité économique et dans la société demeure modeste, les pays les plus industrialisés assurant la plus grande part de la production mondiale dans ce domaine.
Nous sommes persuadés que la volonté collective qui anime nos pays de promouvoir la condition des personnes handicapées, de même que la plate-forme législative, les structures, les institutions mises en place et les dispositions prises pour la protection de cette catégorie ne suffiront pas à assurer l’insertion effective de la personne handicapée, en général, en tant qu’être humain doté de la plénitude de ses droits et devoirs tant que cela ne sera pas accompagné, parallèlement, de la contribution de la recherche scientifique et technologique au renforcement de tels choix et à l’accroissement des aptitudes de nos pays en matière de créativité, d’innovation, de modernisation et de production dans les domaines concernés.
Les réalisations accomplies dans le continent africain en matière de production de prothèses et d’aides à l’usage des handicapés demeurent encore en deçà des attentes de cette frange de nos sociétés.
Pour autant, cette réalité doit nous inciter à œuvrer, avec une détermination plus grande, à faire figurer les questions relatives au handicap parmi les priorités de nos plans de développement, à mettre davantage à profit les expériences internationales et à renforcer notre travail en réseau, dans le cadre duquel se conjuguent les efforts des gouvernements, de la société civile, du secteur privé, du secteur de l’information et des personnes handicapées elles-mêmes, le but étant de mobiliser l’appui nécessaire aux causes des handicapés, d’accroître les aptitudes de nos pays et de valoriser leur potentiel d’énergies et de ressources humaines hautement qualifiées et capables de gagner les enjeux dans ce domaine.
L’enjeu auquel nous nous trouvons aujourd’hui confrontés consiste à savoir jusqu’à quel point nous serons en mesure de mettre à profit, de la meilleure manière possible, les larges perspectives offertes par le progrès cognitif et technologique et les expériences concluantes afin de nous engager dans une étape nouvelle, celle où les pays du continent africain seront capables de couvrir leurs besoins en aides techniques, prothèses et autres matériels orthopédiques de qualité, adaptés aux spécificités de l’environnement africain, et propres à assurer la plus grande autonomie à la personne handicapée et à en favoriser l’insertion effective dans l’œuvre de développement intégral et durable.

Mesdames,
Messieurs,
La politique de la Tunisie en matière de promotion des personnes handicapées s’inscrit dans le cadre d’un système cohérent des droits de l’Homme qui accorde aux catégories à besoins spécifiques toute l’attention qu’elles méritent, dans le contexte d’une société solidaire qui consacre l’égalité entre les genres, les catégories, les générations et les régions, et s’emploie à assurer le respect du principe de l’égalité des chances pour tous.
La sollicitude constante vouée par Monsieur le Président de la République Zine El Abidine Ben Ali, depuis le Changement, envers cette catégorie a été illustrée, en de nombreuses occasions, par les mesures avant-gardistes prises en sa faveur dans le but d’améliorer sa condition sociale et d’assurer son insertion dans l’œuvre de développement dans le cadre d’une approche solidaire renouvelée ayant pour finalité de faire passer les personnes concernées du stade de l’assistance à celui de l’intégration et s’appuyant sur de nobles dimensions humanistes et des contenus progressistes propre à concrétiser les aspirations de cette catégorie à l’intégration économique et sociale.
Notre pays a été l’un des premiers à ratifier la Convention internationale sur les droits des personnes handicapées. L’importance de cette convention réside dans le fait qu’elle donne une meilleure définition des droits de la personne handicapée et établit de nouvelles obligations aux pays membres pour éliminer les obstacles matériels, économiques, sociaux, juridiques et culturels qui limitent le bénéfice de ces droits.
Les acquis réalisés au profit des personnes handicapées se distinguent aussi par la complémentarité et l’harmonie des interventions en termes de prévention, de prise en charge et d’insertion, compte tenu du fait que ces domaines constituent des constantes de la politique nationale dans le domaine de la promotion sociale.

Mesdames,
Messieurs,
Sous l’impulsion du Président Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie a veillé à garantir le droit des catégories à besoins spécifiques à l’instruction et a institué, depuis 2003, un programme national d’intégration scolaire des enfants handicapés, qui a été conforté par la promulgation, le 15 août 2005, de la loi d’orientation pour la promotion et la protection des personnes handicapées.
A la faveur de ces mesures, le nombre des écoles intégrant des enfants handicapés s’est élevé à environ 300 établissements répartis dans les différentes régions du pays. En matière d’éducation pré-scolaire, plus de 70 classes préparatoires intégrant des enfants handicapés ont été créées. En outre, 3 % des postes de formation ont été réservés à cette catégorie d’enfants à besoins spécifiques afin d’assurer leur intégration dans le système de la formation professionnelle.
D’autre part, la Tunisie a, très tôt, pris conscience de l’importance des mutations technologiques profondes et rapides intervenues dans le monde au cours des deux dernières décennies. Aussi, l’investissement dans le savoir a-t-il constitué un choix essentiel pour édifier les fondements de la société de demain et garantir l’insertion active de notre pays dans l’économie de l’intelligence et du savoir, à la faveur d’une vision cohérente qui consacre le pari sur l’élément humain et s’emploie à promouvoir la recherche scientifique et le développement technologique, et à rehausser les valeurs de la créativité, de l’initiative et de l’innovation.
La Tunisie a été à l’avant-garde des pays qui ont appelé à l’éradication des fractures cognitive et technologique entre les nations et les peuples, en consécration des objectifs onusiens déclarés en matière de justice et d’égalité entre tous pour l’accès à la société du savoir. Le Sommet mondial sur la société de l’information dont notre pays a accueilli la deuxième phase en 2005, constitue, à cet égard, le meilleur exemple. Dans le cadre de ses assises, en effet, les personnes handicapées, tout autant que les autres catégories à besoins spécifiques, ont bénéficié d’un intérêt international soutenu et de nombre de mesures importantes.
D’autre part, la Tunisie a veillé à généraliser, à tous les gouvernorats, les centres d’informatique pour enfants et pour enfants handicapés et à les équiper en appareils et en logiciels modernes et adaptés à tous les types de handicap. Ces institutions ont pu assurer la formation de plus de 266.000 enfants.
Dans le souci de renforcer l’intégration des personnes handicapées dans le circuit économique, notre pays a institué des dispositions destinées à assurer l’insertion professionnelle de cette catégorie dans les secteurs public et privé, faisant notamment obligation aux entreprises privées d’employer des handicapés dans une proportion de 1 % au moins de l’effectif total des employés avec, en contrepartie, des incitations et des mesures d’encouragement pour les employeurs.
Par ailleurs, les personnes handicapées bénéficient d’une part importante des interventions aussi bien du Fonds national de l’Emploi que de la Banque Tunisienne de Solidarité en vue de développer chez ces personnes l’esprit d’initiative et de les inciter à compter sur elles-mêmes.

Mesdames,
Messieurs,
Notre pays dispose d’un tissu associatif qui contribue, de façon importante, à appuyer l’effort de l’Etat en matière d’encadrement et de soutien des personnes handicapées quelle que soit la tranche d’âge à laquelle elles appartiennent, dans les divers domaines de la vie sociale et économique. De nombreuses associations gèrent, en effet, des centres d’éducation et de réadaptation de personnes handicapées de différentes catégories d’âge.
Le Centre d’Appareillage Orthopédique est l’un des premiers centres spécialisés créés en Afrique et dans le Monde arabe. Il a pour mission la fabrication, la réparation et le remplacement des prothèses des membres supérieurs et inférieurs et des appareils correcteurs des déviations de la colonne vertébrale ainsi que des ceintures et des corsets orthopédiques, qui sont fournis gratuitement aux personnes handicapées indigentes, tandis que la Caisse Nationale d’Assurance-Maladie (CNAM) prend en charge les frais d’acquisition de ces appareils pour ses affiliés.
De son côté, l’Association Basma pour la promotion de l’emploi des handicapés, s’emploie à faire prendre davantage conscience à l’opinion publique des capacités de la personne handicapée à contribuer de manière efficiente à l’activité économique, et déploie des efforts en vue d’aider les personnes handicapées à trouver un emploi dans le secteur public ou privé ou à créer des projets, tout en veillant à leur donner une formation propre à développer leurs connaissances et leurs aptitudes professionnelles, à améliorer leur culture numérique et les habiliter à la gestion des projets. L’association œuvre également à leur procurer les moyens facilitant leur insertion active et notamment les aides techniques telles que fauteuils roulants, prothèses auditives, lunettes de vue et autres types d’aide technique.
Le Laboratoire de Recherche en biomécanique et en biomatériaux orthopédiques de Tunis constitue un témoignage de l’action de notre pays en vue de promouvoir la contribution du secteur de la recherche scientifique au renforcement des potentialités et des efforts nationaux visant à protéger la personne handicapée et à assurer son intégration dans la vie économique et sociale avec mérite et compétence.

Mesdames,
Messieurs,
Les choix sur lesquels se fonde la politique de notre pays à l’égard des personnes handicapées, quelle que soit la catégorie d’âge à laquelle elles appartiennent, sont les mêmes que ceux qui sous-tendent notre approche en matière de développement, et qui visent la promotion de l’Homme considéré comme l’essence, l’instrument et la finalité suprême de toute action de développement.
En outre, l’approche adoptée par notre pays pour appuyer l’intégration de la personne handicapée se fonde également sur l’égalité des sexes. C’est là une orientation que nous nous emploierons à diffuser davantage dans le cadre de notre mandat actuel à la présidence de l’Organisation de la femme arabe, en consécration des options visant à consolider la position de la femme, et des principes d’égalité, de justice et d’égalité des chances entre les deux sexes.
Je suis persuadée que votre séminaire permettra d’approfondir l’examen des voies permettant aux catégories à besoins spécifiques dans nos pays africains, de tirer davantage profit des perspectives offertes par la recherche scientifique et technologique.
J’ai également la certitude que les recommandations et les résultats qui en seront issues contribueront à développer la prise de conscience des parties concernées, techniciens, chercheurs et industriels dans le domaine de prise en charge des personnes porteuses d’autres formes de handicap aussi bien auditif, visuel, en rapport avec la perte de l’usage de la parole ou autres, et ce, dans le cadre d’un engagement collectif et d’une foi profonde en nos capacités de satisfaire les demandes des personnes aux besoins spécifiques dans nos pays.
Nul doute que l’échange d’idées et d’expériences entre vous contribuera à la formulation de nouveaux concepts et de suggestions pertinentes dans ce domaine et que la création d’un réseau africain groupant les chercheurs et les techniciens dans les domaines en rapport avec la réadaptation et l’insertion des personnes handicapées, sur la base d’objectifs communs dont la réalisation serait évaluée de manière périodique, est de nature à assurer une contribution meilleure et plus efficace de l’intelligence africaine à mettre les sciences et la technologie au service des personnes handicapées dans notre continent.

Tout en renouvelant mes souhaits de bienvenue à nos honorables hôtes, je vous exprime, à vous tous, mes remerciements et souhaite plein succès à votre séminaire».


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com