Tunisie – Japon : Une équipe appliquée mais sans tranchant





A la fin du test que la Tunisie a livré au Japon, le sentiment dominant était celui d’une profonde frustration. C’est que tout un chacun sentait, diffusément d’abord, palpablement ensuite, que cette équipe de Tunisie était incapable de matérialiser dans les faits ses intentions, ses prédispositions, demeurées à l'état velléitaire. Le dispositif préconisé par Lemerre, ce fameux 4-2-3-1, décidément inamovible, inviolable, tout protégé qu’il est par une sorte d’immunité transcendante, est en lui-même beau à voir. Les tâches sont clairement partagées. L’équipe fonctionne en harmonie, en accordéon, selon une évolution axiale, vers l’avant ou vers l’arrière, ou latérale (on aura même vu Hatem Trabelsi évoluer sur une action adverse comme arrière central). Ce schéma ne dispense pas les latéraux de monter au créneau. Dans ce cas, les deux pivots, Chedly et Nafzi, s’occupent de la couverture, avant d’avancer d’un cran en situation offensive, créant ainsi le surnombre aussi bien en défense qu’en attaque. Les joueurs de couloirs, Jaziri et Mhadhebi, abattent un grand ouvrage avec leur incessant travail de flux et reflux, venant de loin après la phase de repli, ce qui fait qu’ils s’époumonent considérablement. Ils s’occupent aussi de l’harassante besogne de déborder en pointe Najeh Braham, le plus souvent esseulé et rarement épaulé par Sélim Ben Achour plutôt occupé par le travail d’orchestration offensive. Lors de la conférence de presse, Roger Lemerre, avait beau soutenir qu’il avait l’impression d’évoluer avec trois attaquants. Attaque légère, défense friable Argument qui ne tient pas la route, l’attaque tunisienne semblant plutôt comme étêtée. C’est qu’au moment de conclure, les deux joueurs de couloirs, soit simultanément, soit chacun à son tour, arrivent essoufflés et manquant terriblement de jus alors que Ben Achour ne se prévaut pas de cette percussion qui conférerait à l’attaque le poids et le tranchant requis. L’axe Trabelsi-Jaziri, ou le triangle Trabelsi-Nafti (ou chedly)-Jaziri à droite, leurs pendants Ayari-Mhadhebi, ou Ayari-Chedly (ou Nafti)-Mhadhebi à gauche, se déploient, se relaient, évoluent en totale symbiose. Chaque joueur donne l’impression d’avoir bien appris sa leçon. Mais voilà, cette équipe de Tunisie ainsi façonnée ne fait pas mal, ne possède pas de griffes. Devant, elle n’a rien de renversant et, derrière, elle demeure vulnérable, exposée à tout moment à un coup d’estoc adverse, comme face au Japon. Au fait, un système donné, doit-il être parachuté et greffé à des joueurs nonobstant leurs qualités physiques et techniques, ou doit-il plutôt s’y adapter? Entre-temps, Roger Lemerre donne l’impression de défoncer une porte ouverte, prenant toujours le dur Nafti-Chedly pour la paire Vieira-Petit, Jaziri pour Henri, Ben Achour pour Zidane, Braham pour Trezeguet… Comme le dit très souvent Lemerre à l’adresse des journalistes, “il n’est pas interdit de rêver”. Apparemment ça lui va comme un gant. Adel Chedly, unique satisfaction — Fadhel: Il a fait preuve d’autorité dans sa zone d’intervention. Il a été l’auteur d’une sortie probante, même s’il n’a pas eu trop à s’employer devant une attaque nippone bien timide. Il se pose comme un sérieux candidat au poste de titulaire. — Trabelsi: Comme à l’accoutumée, il a fourni une débauche d’efforts considérable, mais il a manqué de force de pénétration, les notions d’aide, de relais, en somme, de complémentarité ayant terriblement fait défaut avec le reste de ses coéquipiers. — Ayari: Il s’est, lui aussi, beaucoup déployé sur son flanc gauche. Toutefois, il a manqué de tranchant en défense et de percussion en attaque. — Bouzaïène: Titularisé en l’absence de Jaïdi, il s’en est sorti assez honorablement sur le plan individuel. Mais sa cohésion avec Badra n’a pas été un modèle du genre. — Badra: Auteur d’une sortie moyenne. Il était mal placé sur l’action ayant amené le but nippon. Il était à deux doigts de se racheter, mais sa “tête” n’a pas fait mouche (57’). — Chedly: Comme pivot, il s’est acquitté assez bien de sa tâche. Il s’est même quelquefois hasardé en attaque, tirant à deux reprises de la longue distance. Mais, appelé à suppléer Ben Achour comme régisseur, il a perdu quelque peu ses repères. Il fut toutefois sur l’ensemble du match, le meilleur Tunisien. — Nafti: Il est parti pour faire la paire idéale, dans l’esprit de Lemerre, avec Chedly. Très sobre, il a couvert un espace considérable pour réussir l’équation récupération-relance. — Jaziri: Il a commencé la partie en trombe. Mais il a progressivement faibli et fut le plus affecté des joueurs tunisiens par l’hostilité du public. Son entente avec Trabelsi n’a pas fonctionné comme souhaité. — Mhadhebi: Comme Jaziri à droite, l'autre joueur de couloir Mhadhebi a débuté sur des chapeaux de roues. Mais sa fraîcheur s’est petit à petit estompée et en seconde mi-temps, il ratait tout ce qu’il entreprenait. — Ben Achour: Son impact sur le jeu de l’équipe est sporadique. Il procède généralement de façon instinctive, par à-coups. Sa contribution, de par le rôle qu’il est appelé à jouer, devrait être celle de tous les instants. Malgré son potentiel technique appréciable, il semble ne pas posséder le profil requis. — Braham: Comme remiseur, il s’en sort pas mal. Son placement aussi est assez judicieux, mais il ne pèse pas sur la défense adverse. En outre, il a paru diminué physiquement, vu que les échos parvenant d’Allemagne font état de quelques timides apparitions de 15 à 20 minutes par match, au sein de son équipe de deuxième division, Eintracht Trier. — Selliti: Entré à la 62’, il a couru en perte et a manqué de soutien, ses camarades ayant déjà perdu de leur fraîcheur physique et mentale. — Bouazizi: Incorporé à la 73’, il a suppléé Chedly au poste de pivot. Etant encore frais, il a pu conférer à l’entre-jeu une certaine agressivité. — Missaoui: Entré à la 78’, il n’a pas eu le temps de trouver ses marques. — Seghaïer: La décision de Lemerre de l’incorporer à la… 90’ ressemble à celle d’un entraîneur qui voudrait casser le rythme de l’adversaire et gagner quelques secondes pour préserver… le résultat du match. Wahid SMAOUI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com