Dans les espaces scolaires : Le livre se porte (plutôt) bien





Contrairement aux idées reçues, le livre n’est pas mort. Il fait encore de la résistance dans les établissements scolaires. L’école (on entend par là l’institution éducative en général) a toujours été et, paradoxalement, demeure une source qui entretient cette passion du livre chez beaucoup de gens. S’il est vrai qu’au début la lecture est comme imposée, il n’en est pas moins vrai qu’elle devient, avec le temps, une réelle occupation et souvent un plaisir chez certains.
Les manuels scolaires représentent pour tous les apprenants le premier contact avec le texte écrit et le support papier. Et c’est à partir de là que commence, généralement, l’aventure.
Certes de plus en plus d’enfants entrent à l’école avec un certain bagage linguistique acquis à la maison ou par le biais des jardins d’enfants. Mais il ne s’agit encore que de rudiments qui doivent être développés.
Les auteurs du programme sont nombreux. Il y a parmi eux des auteurs tunisiens, arabes et étrangers. Dès le primaire, on commence à entendre parler de Ali Douaji ou Béchir Khraief et cela continue dans les autres étapes de l’enseignement. Et c’est surtout à partir du second degré de l’enseignement de base (7e, 8e et 9e) que l’intérêt devient plus évident. Les auteurs français qui sont récurrents sont, par exemple Marcel Pagnol ou Michel Tournier ou encore Jacques Prévert. Plus le niveau monte et plus on se dirige vers des auteurs comme Georges Zayden, Jabrane Khalil Jabrane, Abou Al Ala Almaâri, Taoufik El Hakim, Mahmoud El Messaâdi, Néjib Mahfoudh, Salah Guermadi, Voltaire, Guy de Maupassant, Charles Baudelaire… Et la liste n’est pas exhaustive.
 
Lecture : une place privilégiée
Les établissements scolaires (dans l’enseignement de base ou dans le secondaire) essayent, bon gré, mal gré, d’entretenir chez les jeunes cette flamme de la lecture. Dans les programmes officiels, les activités liées au livre occupent une place de premier plan. Que ce soit dans l’enseignement de la langue arabe ou française, voire de l’anglais et à un degré moindre des autres langues dites vivantes, (allemand, espagnol, italien…) des activités adaptées sont prévues.
Les enseignants y contribuent pleinement en animant des classes de lecture avec constitution de bibliothèques. Tous les élèves apportent des œuvres au choix et les échanges se font à l’intérieur de la classe. Chaque élève est tenu de lire l’œuvre choisie et d’en faire une présentation soit sur fiche soit devant ses camarades. C’est selon les conditions de l’établissement et des disponibilités. Des formations sont organisées dans les centres de formation (CREFOC) au profit des enseignants en vue d’affiner les approches en matière de lecture et de manipulation des textes écrits par les élèves. Un grand intérêt est accordé par les inspecteurs à cette activité lors de la programmation des activités de formation ou lors des leçons témoins et même à l’occasion des visites.
 
De la bonne volonté
Certains professeurs n’hésitent pas à organiser des ateliers d’écriture en vue d’inciter les jeunes à produire et à lire malgré les difficultés matérielles. En effet, les bibliothèques qui existent dans pratiquement tous les établissements méritent un meilleur sort. Elles ne doivent pas être considérées comme un entrepôt pour les livres mais une cellule vivante à l’écoute du lecteur. Une réorganisation de ces espaces est nécessaire. Il s’agira de mieux les exploiter en faisant un inventaire des ouvrages et en les classant de façon à répondre rationnellement aux demandes.
Le livre est donc toujours à l’honneur dans l’enceinte de l’éducation. Au cours des distributions des prix à la fin de l’année scolaire, c’est lui qui figure au hit-parade des cadeaux. Et pas seulement à l’école. Nombreux sont aussi les parents qui n’hésitent plus à offrir à leurs enfants de très beaux ouvrages souvent coûteux. Mais qu’à cela ne tienne ! Le savoir passe avant l’argent. Heureusement que toutes les familles sont conscientes de cette dimension culturelle et civilisationnelle du livre.

Amor CHRAIET

Liste de quelques livres parmi les plus demandés

En haut du pavé on trouve les livres qui figurent dans le programme de 4e année secondaire, autrement dit le bac. Viennent ensuite les livres d’auteurs étudiés dans le cadre de la lecture ou des bibliothèques de classe pour l’enseignement de base et le secondaire. Et enfin, des titres conseillés pour les petits enfants des écoles primaires ou des jardins d’enfants ainsi que des classes préparatoires.
 
Mahmoud Messaâdi : «Assoud», «Taassil li kian», «Haddatha Abou Houraira»
Taoufik Al hakim : «Ahl Al Kahf», «Shéhérazad», «Al Less»
Attawhidi: “Al Imtaâ Wal Mouanassa”,
Abou Al Ala Almaâri : «Risalat Al Ghoufrane»
Béchir Khraief : «Eddagla fi arajinha», «Barguellil»
Ali Douaji : «Sehertou minhou ellayali», «Jawla bayna hanet el moutawasset»
Guy de Maupassant : «Une vie», «Le Horla»
Voltaire : «Candide», Le dictionnaire philosophique»
Michel Tournier : «Vendredi ou les limbes du Pacifique»
D’autres auteurs sont sollicités à travers plusieurs titres:
Tahar Guiga, Salah Guermadi, Al Moutanabi , Néjib Mahfoudh, Georges Zayden,
Pour les tout, tout petits les titres sont ceux de contes très connus traduits en arabe ou des livres illustrés de petit format et dont les auteurs ne sont pas nécessairement renommés.

Quel est le rendement de l’école ?

On se tromperait énormément si on considérait que l’école n’a aucun rendement immédiat (économique, cela s’entend). C’est, justement l’opinion d’un grand nombre de personnes qui pensent que l’institution en question ne peut avoir d’impact que sur le long terme. Autrement dit, ce sont les différentes promotions d’étudiants qu’on comptabilise. Or on oublie souvent que l’école est une machine à faire vendre tout : fournitures scolaires de toutes sortes, cuir, tissu, cadeaux divers etc… Et, parmi tout cela, le livre. Oui ! Le livre occupe une grande place dans le domaine du commerce en général. Les manuels, les parascolaires, les livres de lecture, les livres à consulter, les dictionnaires…
Tous ces livres sont presque obligatoires. Il n’y a pas un apprenant qui ne se les procure pas. Et si on considère qu’il y a environ 3.000.000 d’élèves et d’étudiants, imaginez le nombre de livres qui sont acquis chaque année. Cela sans parler des titres conseillés ou accessoires. On peut supposer que, pour le secteur de l’éducation seulement, il y aurait un bon million et demi de livres divers vendus. Les statistiques en ce sens n’abondent pas, mais on ne risque pas de se tromper en faisant de telles estimations.
Les libraires pensent qu’il y aurait autour de 100 à 120 titres parmi les plus courus. Ce sont surtout les livres recommandés par les enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur. (Voir quelques titres dans la liste qui suit).
De là à dire qu’il n’y a pas de crise du livre chez nous, il n’y a qu’un pas. Mais que nous ne franchirons pas. Car, il est vrai, tout est relatif. Le livre se porterait assez bien dans certains secteurs (c’est le cas dans l’éducation), mais plutôt mal dans le domaine de la littérature et de la création (livres spécialisés, livres culturels…). Il ne serait pas sans intérêt de noter que l’année dernière pas moins de 250.000 personnes ont visité la Foire Internationale du livre. La plupart sont du Grand Tunis. Donc que dire des habitants de l’intérieur et leur engouement pour les livres. Un autre indice révélateur concerne les bibliothèques et les espaces de lecture. On pense arriver à 406 bibliothèques publiques d’ici à 2011 contre 368 aujourd’hui. Ces bibliothèques seront totalement connectées à internet d’ici là. Le taux de couverture des zones rurales par les bibliothèques sera porté de 75%, actuellement, à 90% en 2011.
Cela montre, si besoin est, que le nombre d’habitués des bibliothèques est en progression constante. À bon liseur, salut !

A.CH.

L’avis du spécialiste : «L’amour du livre s’apprend»

Mme Zohra Mdallel, institutrice à l’école primaire de la rue de Marseille, affirme que les élèves ne lisent plus ou très peu. «Il est de plus en plus rare de voir un enfant absorbé par la lecture. A présent les élèves boudent le livre. Pourtant l’amour du livre s’enseigne et s’apprend. C’est le seul moyen de nourrir l’âme et de cultiver l’intellect. En tant que pédagogue, je crois que le meilleur moyen pour initier un enfant à la lecture est de commencer par lui acheter des livres. Il faut également miser sur les bouquins pleins d’illustrations et ce depuis l’âge de l’avant-école. Voir un livre bien illustré, met l’enfant en appétit. Les parents peuvent aussi faire de la lecture un rituel quotidien. Avant de dormir ou en fin de soirée, le père ou la mère peuvent lire un paragraphe à leurs enfants. Cette lecture doit se faire avec des sons et des gestes pour alimenter l’imagination de l’enfant. Une fois à l’école, les instituteurs peuvent prendre le relais. En ce qui me concerne, j’ai toujours donné des points en plus, des cadeaux ou des bonbons aux élèves qui lisent des livres. Cette récompense encouragera l’enfant à lire davantage».


Abir C.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com