Application des textes réglementaires : Ces mauvais réflexes qui ont la peau dure





Les lois anti-tabac souffrent d'un handicap majeur, celui de la nonchalance d'un grand public, peu soucieux de se défaire de sa mentalité laxiste. A l'entrée d'une succursale d'une société d'assurances située en plein centre de Tunis, une pancarte affiche clairement qu'il est interdit de fumer dans les lieux. Pourtant aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'employé chargé de la gestion des dossiers des sinistres vous reçoit certes aimablement mais sa cigarette est encore collée à ses lèvres. Il s'adresse à vous sans gêne. La scène est riche en enseignements, car elle contraste avec la batterie de textes réglementaires dont dispose la Tunisie et qui concernent l'interdiction de l'usage du tabac dans les lieux publics. La Tunisie a en effet signé la convention-cadre internationale pour la lutte contre le tabac
L'objectif de cette convention-cadre signée par 168 pays et ratifiée par 164 est de lutter contre le tabagisme actif et passif et offre aux signataires une panoplie de moyens et d'approches pour concrétiser ces ambitions.
Dans ce contexte, l'année 2009 a été consacrée par la Tunisie pour la lutte contre ce fléau ravageur aussi bien en Tunisie que dans le monde.
Entre la théorie et la pratique le fossé est large. Les textes réglementaires ne sont pas mis en application malgré la bonne volonté des pouvoirs publics.
Il ne s'agit pas de l'unique secteur où le décalage entre le contenu des textes en vigueur et la pratique au quotidien est en veilleuse.
L'interdiction de l'utilisation du téléphone portable au volant souffre des mêmes incuries et négligences. Les conducteurs de tous âges continuent à passer outre la loi et de téléphoner au volant comme si de rien n'était. D'autres textes réglementaires sont presque tombés en désuétude dans la mesure où les gens continuent de les ignorer. On peut citer sur ce chapitre l’obligation du port de la ceinture de sécurité au volant. Rares sont ceux qui se conforment encore à la réglementation. Le laxisme a-t-il prévalu?
Derrière ce comportement social, il existe certainement des explications objectives. Le Dr Wided Hizem, le professeur Habib Derouiche et Me Brahim Latrache expliquent à leurs manières les raisons de ces réticences et proposent des approches constructives. Décidément, les mauvais réflexes ont certainement la peau dure...

Lotfi TOUATI

Les textes juridiques

Tabac dans les lieux publics : 25 dinars pour les contrevenants
La loi 98 du 23  février 1998 interdit l'utilisation du tabac dans les lieux destinés à usage collectif. Elle interdit également la propagande et la publicité sous quelque forme du tabac. Les textes réglementaires mentionnent une amende de 25 dinars pour les contrevenants.


L'utilisation du téléphone portable : Une amende de 20 dinars
La loi 2282 du 25 septembre 2001 interdit l'usage du téléphone portable pendant la conduite. Les textes réglementaires mentionnent une amende de 10 dinars pour les contrevenants. Cependant cette somme a été doublée par d'autres textes réglementaires et passe de ce fait à 20 dinars.

L’avis des spécialistes

* Habib Derouiche (professeur de sociologie à l'université de Sfax) : "On ne change pas la société par décret"
" Tout d'abord, on doit comprendre qu'on ne peut pas changer la société par… décrets. Pour changer les mentalités, il est nécessaire d'effectuer un travail en profondeur, c'est-à-dire agir au niveau des différentes composantes de la société civile. Toutes les institutions de la société civile sont appelées à épauler les autorités de l'Etat pour aider les citoyens à adopter le bon réflexe au bon moment. Les nouveaux cadres de la socialisation (les composantes de la société civile) doivent agir de concert pour aider les gens à acquérir de nouvelles habitudes. On peut par exemple utiliser les programmes scolaires pour véhiculer des messages constructifs. A mon avis il est préférable de privilégier des cours scolaires encourageant des comportements civiques responsables pour habituer les jeunes dès leur prime jeunesse à faire preuve d'un comportement honorable. L'approche est donc culturelle".


* Dr Wided Hizem  (tabacologue ) : "Pour des actions de sensibilisation"
"La lutte contre le tabagisme nécessite de grandes actions de sensibilisation pour permettre l'application des textes en vigueur. La Tunisie a certes signé la convention-cadre de la lutte contre le tabagisme et a décrété l'année 2009 comme celle de la lutte contre le tabagisme. La décision politique doit être épaulée par d'autres actions de sensibilisation. En France par exemple, l'application des textes anti-tabac a mis quelque temps après la promulgation des textes réglementaires. Il est important que le processus soit graduel pour permettre aux gens de s'habituer progressivement aux nouvelles mesures".


* Me Brahim Latrache : "Multiplier les campagnes médiatiques"
«La Tunisie est parmi les pays leaders dans la mise en place de textes réglementaires régissant la vie quotidienne. Cependant l'application de certains textes connaît une certaine réticence et pose des interrogations sur les raisons qui ont conduit à ce laxisme. Je ne pense pas qu'il s'agit de manque de volonté politique puisque les textes ont été promulgués. Je crois plutôt qu'il faut chercher les raisons du coté de la volonté des personnes concernées par ces réglementations. Il faut sensibiliser la masse même si parfois nous sommes dans l'obligation de la choquer en multipliant les campagnes médiatiques».




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com