Somalie : Un business nommé piraterie





Terroristes ou victimes? Qui sont ces pirates somaliens qui hantent le monde et bloquent la navigation maritime au Golfe d’Aden? On croirait vraiment revenir au temps des corsaires et des pirates. Selon les données du Bureau maritime international (BMI), depuis 2008, 94 bateaux ont été attaqués, 38 navires ont été arraisonnés et 17 sont toujours aux mains des pirates. De même source, environ 250 personnes sont retenues en otages. La lutte contre la piraterie maritime dans le Golfe d’Aden est désormais au cœur des préoccupations de la communauté internationale, vu l’importance stratégique de la zone, une des principales routes maritimes de la planète, qui relie l’Extrême-Orient à l’Europe par le biais de la péninsule arabique pour rejoindre le Canal de Suez.
Depuis le début de la guerre civile, en 1990, qui a ravagé la Somalie, cette zone est devenue l’une des plus menaçantes du monde. Le problème s’est intensifié depuis 2008 mettant un grand point d’interrogations sur ces individus nommés pirates somaliens.


Que de questions!
Qui sont-ils ? D’où viennent-ils? Que veulent-ils? Que de questions qui ne résolvent pas le problème mais essayent de revenir à ses origines pour mieux savoir le gérer.
Plusieurs éléments pourraient, en effet, expliquer la piraterie somalienne. En premier lieu, il ne faut pas oublier que la Somalie est un pays politiquement et économiquement destructuré et dont la géographie et la culture constituent deux facteurs favorables à l’enracinement de l’activité de la piraterie.
Il est clair, ainsi, que la piraterie existe, car l’absence d’Etat somalien lui permet d’exister, en toute impunité. Effritée  depuis 1991, la Somalie ne peut simplement pas lutter contre la piraterie s’exerçant sur son territoire. Elle ne dispose d’ailleurs d’aucune marine garde-côtière. Par ailleurs, la piraterie existe aussi parce qu’elle est une conséquence de la pauvreté.
Il faut rappeler que la piraterie somalienne a pour origine le regroupement d’anciens pêcheurs dont la source de revenu s’est amoindrie par la pratique d’une pêche illicite non déclarée et non réglementée d’origine étrangère dans la zone économique exclusive de la Somalie. Face à cette situation de pillage des ressources marines, les pirates se sont présentés au début comme des garde-côtes garant de l’intégrité des eaux somaliennes. D’ailleurs, au début, les pêcheurs lésés abordaient les navires de pêche étrangers en exigeant une “taxe”  présentée comme une licence de pêche, ou une amende pour violation des règlements de la pêche dans les eaux somaliennes.


Changement de cap
Mais, conscients du caractère lucratif de cette ressource et de la proximité d’une route maritime importance, ces pêcheurs  se sont par la suite tournés vers des actes de piraterie, sur lesquels se sont peu à peu greffés des individus et des groupes aux visées clairement criminelles.
Depuis, ce lucratif business est partagé par deux clans: le clan Habar Gidir en Somalie centrale et celui de Majerteen dans le Puntland, une région autonome en Somalie depuis 1998.
Le plus grave, c’est que le lien entre la piraterie et le trafic d’armes ne cesse de prendre de l’ampleur. Plus les pirates récoltent de l’argent, plus leur armement devient sophistiqué. Les armes saisies par un navire de guerre danois l’Absalom, le 19 septembre 2008, donnent une idée de l’arsenal des pirates: des Kalashnikov, des lance-roquettes, des pistolets semi-automatiques Tokarev, un lance-roquettes antichar de 89 mm et des fusils M76. Les pirates ne sont plus de pauvres pêcheurs qui essayent par les moyens du bord de défendre leurs intérêts mais une organisation criminelle qui a même un chef désigné comme Farah Hirsi Kulan et présenté à la presse, notamment dans une interview à CNN, par le surnom de “Boyah”.
Malgré la présence d’une force internationale dans cette zone et les efforts déployés par la communauté internationale pour faire face à ce fléau, il est fort à parier que la piraterie va de plus en plus prendre d’ampleur, car les échanges internationaux y occupent actuellement une place importante.
Les pirates des temps modernes ont lancé leurs business. Ils ne sont pas prêts d’arrêter

Fatma BEN DHAOU OUNAÏS

La piraterie dans l’Histoire

Dans leur sens les plus connus, les mots pirate et piraterie désignent une forme de banditisme pratiquée sur mer. Cependant, les pirates ne se limitent pas seulement aux pillages de bateau mais parfois attaquent de petites villes côtières.
La piraterie existait déjà dans l'Antiquité. Toutes les civilisations anciennes ayant possédé une marine l'ont connue, les Phéniciens comme les Mycéniens.
Jules César dut lui-même affronter la piraterie. Lors d'un voyage vers l'Orient entre les années 75 av. J.-C. et 74 av. J.-C., il fut capturé par ceux-ci, à hauteur de l'île de Pharmacuse, à proximité de la ville de Milet en Asie Mineure. Dès sa libération contre rançon, il entreprit de se venger. Après avoir réuni en toute hâte une flottille, il surprit et captura les pirates qu'il fit exécuter.
Pompée se rendit célèbre en nettoyant la Méditerranée des pirates ciliciens.
Contrairement à l'image répandue par les fictions cinématographiques, du fait même de leur mode de vie, peu de pirates mangeaient à leur faim ou devenaient riches, la plupart mourraient jeunes en combat, luttes intestines ou pendus.
De nombreux clans de pirates élisaient les dirigeants. La légitimité du pouvoir ne pouvant exister dans de telles sociétés, le chef s'imposait par son savoir-faire marin, son audace, son autorité naturelle. On élisait le capitaine ainsi que le quartier-maître qui détenait un contre-pouvoir, secondait le chef auprès de l'équipage pour faire régner l'ordre et était le seul à pouvoir convoquer l'Assemblée.
Dans cette assemblée, chaque homme avait le droit à la parole et chaque membre de l'équipage, hormis les mousses et les marins pas encore totalement intégrés, avait une voix dans le vote tout comme le capitaine.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com