Affaire Hamza Baghouli : La délinquance des joueurs vue par les responsables sportifs





La consommation de drogue dans le milieu sportif en Tunisie est en passe de devenir un véritable fléau. La condamnation, lundi dernier par la justice, du jeune joueur de l’Espérance Sportive de Tunis, Hamza Baghouli, à un an de prison assorti d’une amende de 1000 dinars, confirme malheureusement ce constat… Alors, une question se pose, pourquoi vit-on aujourd’hui une telle situation ?
Pour essayer de cerner le phénomène, nous avons recueilli les témoignages de plusieurs responsables sportifs…


* Mahmoud Hammami : Trésorier de la FTF : «Des circonstances atténuantes…»
«Je suis profondément touché par ce qui est arrivé à ce jeune joueur qui a un grand potentiel et des qualités footballistiques indiscutables. Malheureusement, il s’est trouvé dans une situation assez critique pour ne pas dire difficile. J’espère que son acte est une erreur de jeunesse sans plus. De l’avis de tous les spécialistes, il s’agit d’un jeune footballeur talentueux et très inspiré. Le fait qu’il ait été recruté par l’EST est déjà une reconnaissance en soi.
Toujours est-il que, vu son jeune âge et l’absence d’encadrement, on ne peut que lui trouver des circonstances atténuantes et lui donner une seconde chance pour se racheter et revenir dans le droit chemin. Cela dit, c’est une affaire qui relève de la compétence de la justice, laquelle a dit son mot. Il reste maintenant au joueur de faire appel. Nous souhaitons que la justice soit clémente à son égard et que ce malencontreux incident lui serve de leçon.
En tant que responsable sportif, je rappelle à l’opinion publique que la FTF est profondément attachée à l’éthique sportive et œuvre avec toutes les autres fédérations à inculquer les valeurs olympiques auprès de tous les sportifs et en particulier les jeunes joueurs.
Pour cela, la Tunisie s’est dotée d’une batterie de lois qui régissent le sport. A cet effet, le dopage est dans la ligne de mire. Les contrôles sont systématiques et nous veillons au grain pour empêcher toutes formes de dérapage et de dépassement. Faut-il encore que les responsables dans les clubs nous aident à bien entourer les jeunes joueurs et à mieux les encadrer afin d’éviter qu’ils ne soient piégés et qu’ils succombent à la tentation. Il est vrai que depuis que nous avons opté pour le professionnalisme, la célébrité et les sommes d’argent astronomiques que perçoivent les joueurs sont devenues une arme à double tranchant, à l’origine parfois de plusieurs drames. En témoigne, ce qui est arrivé à Hamza Baghouli».


* Hammouda Damoussi : ancienne gloire de l’ASM : «La responsabilité des clubs»
« Toute la responsabilité revient aux clubs qui ont abandonné leur rôle de deuxième famille pour les jeunes joueurs pour ne penser qu’à des résultats à tout prix. L’on s’interroge si notre sport en général et le football en particulier ne sont pas devenus «une machine à sous» et nos joueurs des flambeurs qui, aveuglés par la célébrité et l’argent qui coule à flot, s’adonnent à tous les excès sans mesurer la gravité de leur acte. Un rappel à l’ordre s’impose tant au niveau des joueurs qu’au niveau des responsables sportifs pour éviter ce qui est arrivé à Hamza Baghouli».


* Mohamed Dérouiche : Président du Stade Tunisien : «Mal encadrés…»
«En tant que responsable sportif et père de famille, je ne peux que regretter ce qui est arrivé à ce jeune joueur. Certes, il s’agit d’un acte extrêmement grave qu’on ne peut que condamner. Mais, est-ce que nous ne sommes pas quelque part responsables ? Car ces joueurs, finalement, sont sous notre responsabilité et morale et sportive. Il fallait bien que quelqu’un les encadre, les oriente et les surveille. En se désengageant de leur mission primaire, celle de l’encadrement, les responsables des clubs ont laissé les jeunes joueurs pour compte. Du coup, c’est l’irréparable qui se produit et là, tout le monde commence à crier au loup alors que le loup est en nous. Le chasser est la responsabilité de tous. Espérons, maintenant, que ce drame serve de leçon à tous nos joueurs et dirigeants».


* Abd Errahmen Findri : Président du SOCIOS (CSS) : «Des joueurs trop gâtés…»
«A mon sens, la seule explication à cet acte réside dans la manière dont on traite nos joueurs. Ils sont trop gâtés et perçoivent des sommes d’argent énormes. Vu leur jeune âge, ils sont sujets à toutes les tentations. Ainsi, une paisible soirée peut dégénérer et se transformer en une débâcle au vrai sens du mot. Ajoutons à cela que lorsque certains joueurs se croient au-dessus de tout soupçon voire de la loi, on ne peut qu’en arriver là. Alors pour rectifier le tir, il est temps de se pencher sérieusement sur la question de l’encadrement des joueurs. Cela commence par la famille qui doit également assumer sa responsabilité en protégeant ses enfants et cesser de les remettre aux clubs à un bas âge sans se donner même la peine de les surveiller. Malheureusement, on ne se réveille qu’après coup. Le mal est déjà fait comme c’est le cas de Hamza Baghouli».

IIs ont défrayé la chronique…

Parmi les joueurs qui ont défrayé la chronique et ont été condamnés par la justice pour avoir été impliqués dans des affaires de drogue, on se souvient de l’ancien joueur de l’Espérance Sportive de Tunis, Haythem Abid condamné à vingt ans de prison.
Il a été arrêté dans le cadre d’une enquête ayant abouti à l’arrestation de plusieurs personnes dont certains avaient des liaisons avec les réseaux de drogue de l’Amérique du sud.
Reconnu coupable d’introduction illégale  de drogue dure sur le territoire national, Haythem Abid a été condamné en première instance à vingt ans de prison assortis d’une amende de trois cent cinquante mille dinars.
En 1995, le joueur du Club Africain d’origine marocaine, Abdeljelil Kamatchou a été condamné à un an de prison par contumace pour avoir été signalé positif par les analyses d’urine qui ont révélé l’existence d’une matière stupéfiante dans son organisme. Il est à rappeler que ce même joueur a été condamné à une peine similaire dans une affaire de mœurs.
Depuis, plusieurs joueurs moins célèbres appartenant à des petits clubs s’étaient trouvés impliqués dans des affaires similaires et condamnés à des peines de prison.
Hamza Baghouli est le dernier à avoir vécu la même mésaventure.


Dossier réalisé par Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com