“Les Sahéliens, l’histoire” de Mohamed Ali Habachi : Un fragment de la vérité





Un ouvrage qui passe en revue tout un chapitre de notre histoire. A travers quelques récits des femmes et des hommes et autres faits divers jusque-là noyés dans l’obscurité, une lumière de vérité jaillit. Et un document inédit vient de voir le jour. 
Vient de paraître dans la collection Repères identitaires des éditions Sudes-Progrès une étude sur l’histoire des régions en Tunisie. Mohamed Ali Habachi l’a tirée des temps beylicaux et coloniaux, encore peu connus et même ambigus. Il a braqué, à sa façon, des projecteurs sur ce qui a été ignoré ou simplement omis par les historiens. L’auteur - officier de l’Ordre du Mérite culturel - est un journaliste. Il n’a compté (et il a bien fait) que sur son flair pour dépoussiérer, consulter minutieusement les archives des régions avant de coucher noir sur blanc ce document riche en informations. "Cet ouvrage est la première livraison d’une série de recherches de longue haleine… Des chapitres révolus, certes, mais qui nous placent devant l’évidence que si l’histoire de la Tunisie est connue, celles des régions l’est beaucoup moins. Des épisodes oubliés ou peu connus méritent bien d’être ressuscités...", écrit l’éditeur qui annonce un autre ouvrage complémentaire dans la langue d’El Moutanabbi après ce premier jet en français. L’auteur de "La Tunisie depuis l’Indépendance", paru en 2000 et les "Tribus des origines au démantèlement", paru en 2005 et réédité en 2006 puis en 2008 et toujours par la même maison d’édition, s’est donc plongé dans un océan d’informations pour n’en extraire que les bonnes, les vraies. D’ailleurs, en guise de prélude, le journaliste historien n’a pas trouvé mieux que les dires en 1973 de l’historien et universitaire, le regretté Béchir Tlili, qui pense : "A la vérité, ce qui nous paraît familier, connu, comme dirait l’autre, nous est en fait étranger et méconnu". Ce document de grand intérêt qu’on conseille vivement aux chercheurs, étudiants et autres, scelle 184 pages racontant le Sahel, ses villes et ses petits villages, ses enfants, les origines des familles, leurs activités, leurs différentes écoles, leurs associations, leur identité un brin singulière, etc. La jaquette du livre est illustrée d’une photo du Conseil du Caïd de Sousse datant de 1924 et qui lance un clin d’œil furtif mais complet sur la vie politique dans la région.


Des questions mieux défrichées
Quant aux divers chapitres écrits dans un style poignant et affirmatif sur cette période "située entre le 16e et la première moitié du 20e siècle, marquée par le règne des beys puis la colonisation française", ils sont généreusement ponctués par des dates clés et aérés par des définitions de mots relatifs à l’ethnographie de tel ou tel siècle. Mohamed Ali Habachi retrace donc le cheminement des entités des habitants —intra-muros ou familles traditionnelles— réputés citadins et bien fixés à leur sol d’adoption ou d’origine, leurs comportements pour ou contre les nouveaux courants de la modernité dans ce Sahel, un précieux poumon qui souffle son influence sur tout le territoire. Le livre est aussi traversé de plusieurs témoignages de l’histoire dans tous les domaines, politique, administratif, social et agricole. En feuilletant ce document, le lecteur ne peut qu’être ravi par le lot de documents de photos d’époque, d’appuis et de preuves qu’a pu dénicher l’auteur pour argumenter son étude. Des correspondances officielles et officieuses, des cartes esquissant des répartitions des terres et limitant des pouvoirs, confirmant les recherches du journaliste qui a trouvé le bon filon pour se spécialiser dans l’histoire de son pays. Et il n’a pas oublié, en passant, de citer les sources de ses informations. Et là, il a très bien fait de suivre la démarche de son aîné, le savant Mohamed Talbi qui voit qu’il faut se pencher sur les petites histoires pour mieux connaître l’Histoire. "L’histoire de la Tunisie est certes aujourd’hui mieux connue, mais elle est encore mal connue et surtout très inégalement défrichée, d’où la nécessité de monographies régionales, indispensables pour mieux l’éclairer et qui ne doit pas être celle des capitales successives", explique Talbi. Cela, il l’a très bien compris (et saisi) le journaliste dans sa quête de vérité. Une Histoire vraie vue, revue, corrigée et réécrite par l’enfant du pays.


Z. ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com