L’utilisation des voitures 4×4 en augmentation dans nos villes : Ces bolides encombrants qui nous pompent l’air !





L’utilisation des voitures 4x4, théoriquement conçues pour les chemins escarpés du milieu rural, est en nette augmentation dans nos villes. L’engouement des Tunisiens pour les véhicules tout-terrain s’est accru d’une façon phénoménale au cours des dix dernières années. On compte aujourd’hui plus de 80.000 voitures 4x4 sur un parc automobile de quelque 1.300.000 véhicules, dont plus de 800.000 voitures particulières, selon les estimations de l’Agence tunisienne des transports terrestres (ATTT). Autant dire que ce genre de voiture est en passe de devenir un phénomène de mode.
A en croire leurs propriétaires, ces engins ressemblant à des chars d’assaut constituent un style de vie à part entière, rempli de rêve, plein de puissance et de supériorité... Les férus de 4X4 renvoient souvent une image d’aventuriers, sportifs, soucieux de leur sécurité, mais également de riches. «C'est cool. C'est fun. Ça permet de draguer. Puis il y a l’envie de susciter le regard envieux des autres. Bref, c’est synonyme de réussite sociale», résume Adel, lunettes de soleil de marque sur le nez et visiblement fier au volant de sa Jeep Cherookee acquise il y a deux ans à 60.000 dinars. Et ce chef d’entreprise âgé de 36 ans de renchérir: «Incontestablement, c’est avant tout le style particulier du 4X4 et son esthétisme qui motivent l’achat de ce type de véhicules». Un argument qui chasse  celui que mettent en avant les constructeurs de ces véhicules. On n’achète pas les 4X4 pour passer facilement dans des chemins escarpés, circuler sur des routes enneigées ou encore franchir des obstacles dans les montagnes. Plus étonnant encore: les acquéreurs de véhicules tout-terrain haut de gamme, type Land Rover, BMW, Mercedes, ou, plus récemment, Volvo et Porsche et les autres marques optent pour des voitures spacieuses et se déplacent fréquemment seul dedans. Plus de 60% d’entre-eux n’ont, d’ailleurs, qu'un ou deux enfants et 15% sont célibataires!


Individualisme et narcissisme
D’un point de vue sociologique, les 4x4 s'imposent comme des signes ostentatoires de réussite et non plus comme des véhicules utilitaires. Les détracteurs de ces voitures voient dans leurs utilisateurs l’archétype d'une personne individualiste. «Ce sont souvent des personnes vaniteuse et très m’as-tu-vu et très fières de leurs comptes en banque», martèle Brahim, un cadre moyen dont la petite Renault Clio fait figure de nain à côté d’une géante Nissan Patrol. Ce réquisitoire n’est pas sans fondement. Omar, un jeune étudiant, se sent supérieur aux autres quand il parade au volant de la quatre-quatre à papa à ses heures perdues. «Dans mon habitacle qui permet une position de conduite surélevée par rapport aux autres voitures, je ressens un sentiment de puissance. Je sens que je domine la situation», dit-il, un brin de fierté.


Offense à l’environnement urbain
Outre les comportements peu respectueux des autres de leurs utilisateurs, les véhicules tout-terrain commencent à être décriés dans nos murs pour des raisons liées à leur forte consommation d’énergie, mais aussi à leurs dimensions et à leurs effets néfastes sur l’environnement. Certes on n’est pas encore arrivé au stade de la création d’associations écologistes, dont les militants dégonflent les pneus des gros 4x4 et poussent les maires des grandes villes comme Londres à mettre en place des mesures pour limiter le développement croissant de ce genre de voitures, mais la grogne est déjà perceptible au niveau des associations de sécurité routière et des organismes chargés de la maîtrise de l’énergie.
«La taille encombrante et la hauteur des calandres des 4x4 mettent en danger les piétons et les deux-roues. Ces engins volumineux occupent beaucoup d’espaces sur nos routes, qui faut-il le rappeler, ne sont particulièrement inadaptées aux gros véhicules», note un responsable d’une association de prévention routière.
A l’Agence nationale de maîtrise de l’énergie (ANME), la réflexion a été déjà engagée pour une majoration des taxes sur les grosses cylindrées et voire même pour l’instauration d’une «taxe verte» sur les véhicules énergivores. D’autant plus qu’il est désormais un fait établi que la consommation de 4x4 est supérieure de 40% en moyenne à celle des petites voitures. Un taux qui peut atteindre 50% pour les véhicules tout-terrain équipées de mini-réfrigérateurs ou d’un système de sonorisation sophistiqué. Les véhicules 4X4 sont aussi les plus gros émetteurs des gaz à effet de serre, du fait de leur poids et de leurs moteurs ultra-puissants.

Walid KHEFIFI

Les Chiffres-clefs

- Les grosses cylindrées (2000 CC) consomment environ 40% de plus que les voitures 4 et 5 chevaux.
- Selon l'Agence Nationale de Maîtrise de l’Energie (ANME), le secteur des transports est classé 2e consommateur d’énergie (après l’industrie) avec une proportion de 30%, soit 1,73 million de tonnes équivalent pétrole (TEP). Le gros de cette proportion provient des voitures particulières
- Le secteur du transport est également le deuxième émetteur de gaz à effet de serre (24%) après le secteur de l’industrie.
- En ville, une Land-Rover Discovery V87 Pl consomme 22,9 litres de carburant en ville par 100 Kilomètres et une Hummer H2 SUT consomme 20.2 litres alors que les petites cylindrées consomment en moyenne entre 8 et 12 litres sur la même distance.
- En Tunisie, une famille sur 5 dispose d'une voiture et dans certains quartiers résidentiels de la capitale et de sa banlieue, le taux d'équipement en voitures s’élève à 2,5 par ménage
- 40% des voitures à Tunis appartiennent à des habitants de Gammarth, des Berges du Lac, des cités Ennasr, El Menzah et El Manar.

Qui sont les propriétaires des 4x4 ?

Le modèle 4x4 offre une configuration rassurante qui intéresse les hommes de 40-50 ans que la vie a parfois fragilisé, mais qui ont les moyens financiers de s'offrir ce luxe. Selon les plus récentes études des constructeurs, le conducteur de 4x4 est à 80% un homme. Il vit généralement en milieu urbain et est âgé en moyenne de 46 ans. Il exerce en libéral, et il est souvent chef d'entreprise. Plus rarement, c'est un cadre supérieur ou un commerçant. Un profil différent de celui qui existe dans certains pays européens, où ce sont les vétérinaires et les agriculteurs qui utilisent le plus les véhicules tout-terrain puisqu’ils doivent souvent passer dans des chemins crevassés par les animaux ou les engins agricoles.

Mourad M’henni (Sociologue) : «Un phénomène émergent»

«Les voitures 4x4 constituent un phénomène de société émergent en Tunisie. Les gens cherchent à posséder ces voitures pour se distinguer, surtout que l’image véhiculée par les médias place la 4x4 comme étant l’apogée du luxe et de la robustesse. Les professionnels du marketing associent souvent cette voiture à la fois aux émirs de Golfe et aux champions de rallye. Les premiers sont connus pour leurs grandes fortunes. Les seconds sont présentés comme étant des personnes dotées de capacités physiques exceptionnelles. C’est dire que la possession de cette voiture est un miroir de la réussite sociale.
Même au plan institutionnel, on associe souvent la voiture luxueuse à l’aisance matérielle et à la réussite. Les représentations diplomatiques ou encore les banques n’accordent-elles pas des voitures luxueuses à leurs hauts cadres ?»




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com