Rançon des temps moderne : Un fléau nommé diabète





Maladie longtemps «silencieuse», le diabète peut pourtant être à l’origine de graves complications : infarctus, cécité, amputations… En Tunisie, comme dans le monde, le diabète est devenu vrai problème de santé publique…
Sédentarité, malbouffe, stress… notre mode de vie a changé. Cela implique des changements physiologiques : taux de mauvais cholestérol élevé, hypertension, etc. Ces transformations causent, à la longue, une résistance à l’insuline. Les cellules répondent moins bien et, parfois, plus du tout à l’insuline qui a normalement pour rôle de dicter l’absorption du glucose. Ainsi, l’hyperglycémie s’accentue d’où l’installation progressive du diabète. Il s’agit d’une pathologie rampante. Elle touche plus de 15 % des Tunisiens âgés entre 35 et 65 ans. Le diabète est considéré parmi les plus graves problèmes de santé à cause de ses complications dégénératives sur plusieurs organes. Selon une étude réalisée par l’Institut National de Nutrition de Tunis, le nombre de diabétiques dans le seul gouvernorat de l’Ariana a grimpé de 4,16% en 1976 à 14,7% en 2001. L’amélioration des conditions de vie du Tunisien semble être paradoxalement le premier facteur de cette croissance. Le diabète est chronique et les personnes qui en souffrent sont dans l’incapacité de mener normalement leur vie….


Qu’est-ce que le diabète?
Le glucose constitue une source essentielle de «carburant» pour l’organisme. Il provient des aliments riches en glucides que l’on ingère. Les cellules du corps utilisent cette source d’énergie à travers l’intervention d’une hormone appelée insuline, qui est synthétisée par le pancréas. L’insuline permet au glucose de passer du sang aux cellules pour y jouer son rôle de carburant. C’est le point de départ du métabolisme normal du glucose. En cas de diabète, il existe un trouble de ce métabolisme qui perturbe le stockage et l’utilisation du glucose par l’organisme. Ce trouble résulte soit d’un défaut du pancréas à synthétiser l’insuline, soit d’une inaptitude des cellules à utiliser cette insuline pour absorber le glucose. Et comme il est mal absorbé, le glucose s’accumule dans le sang et donne lieu à l’hyperglycémie (augmentation de la concentration de sucre dans le sang). Avec le temps, cela provoque de graves lésions affectant de nombreuses parties du corps, en particulier les nerfs et les vaisseaux sanguins.


Les types de diabètes
Diabète de type 1 : Également nommé diabète insulinodépendant (DID) ou diabète juvénile, il apparaît lorsque le pancréas ne produit plus assez d’insuline, ce qui entraîne la destruction des cellules bêta de cet organe. Ce type de diabète touche surtout les enfants et les jeunes, bien que l’incidence chez les adultes semble être en croissance.
Diabète de type 2 : Il est caractérisé par une résistance à l’insuline. Le glucose est mal absorbé et sa glycémie se maintient au-dessus des valeurs normales. Il affecte davantage les personnes obèses et sédentaires ou qui ont des antécédents familiaux de diabète. Cela affecte généralement les personnes de plus de 40 ans, mais l’incidence est en forte croissance chez les jeunes et surtout chez les enfants obèses. Ce type de diabète est le plus fréquent. Il affecte près de 90 % des diabétiques. La maladie n’est généralement diagnostiquée que plusieurs années après son apparition, alors qu’il y a eu déjà des complications.
Diabète gestationnel : Il se manifeste durant la grossesse. Temporaire, ce type de diabète disparaît peu après l’accouchement, mais peut causer certaines complications aussi bien pour la mère que pour l’enfant.


Causes
Jusqu’à présent, les causes exactes du diabète ne sont pas précisément cernées. Mais si les connaissances des facteurs de risque du diabète de type 1 sont minces, il est toutefois clair que la sédentarité, l’alimentation riche en gras saturés, en produits animaux et pauvres en fibres végétales ainsi que l’obésité abdominale et l’hypertension multiplient le risque de diabète de type 2. Dans ce cadre, les spécialistes pointent du doigt le régime alimentaire et la sédentarité en tant que premières causes du diabète. Ces facteurs contribuent, en effet, à l’augmentation de l’incidence de la maladie chez les personnes ayant une prédisposition génétique. Les fumeurs et les personnes qui souffrent d’excès de cholestérol et d’hypertension artérielle sont également prédisposés au diabète. Ceux qui ont plus de 40 ans, qui présentent des antécédents familiaux de diabète, qui accumulent le poids corporel principalement à l’abdomen et qui ont un mode de vie sédentaire risquent le diabète de type 2. Les femmes qui ont souffert de diabète gestationnel ou qui ont donné naissance à un bébé pesant plus de 4kg, sont également des personnes à risque. Le fait d’avoir un taux élevé de triglycérides sanguins ou un taux élevé d’insuline dans le sang étant à jeun est également un facteur de risque.


Comment le savoir ?
Le taux de glycémie normal à jeun est compris entre à 0,70 grammes/L à 1,10 grammes/L. Le diabète est évoqué lorsque la glycémie à jeun est supérieure ou égale à 1,26 g/l. L’hyperglycémie se traduit par une augmentation de la concentration de glucose dans le sang, lorsqu’à jeun, la glycémie est supérieure ou égale à 7 mmol/l et qu’une ou deux heures après un repas, elle s’élève à 11 mmol/l ou plus. Quant à l’hypoglycémie, elle se traduit par une diminution de la concentration de glucose dans le sang lorsque la glycémie s’abaisse en dessous de 4 mmol/l. Mais peu importe le type du diabète, les symptômes sont les mêmes. L’élimination excessive d’urine, l’augmentation de la soif et de la faim, la perte subite de poids, la sensation de faiblesse et de fatigue excessives, la vision floue, l’augmentation des infections de la peau, des gencives, de la vessie, des muqueuses, le ralentissement du processus de cicatrisation et les fourmillements dans les mains et les pieds, sont les symptômes les plus révélateurs du diabète. Dans un premier temps, la personne atteinte ne présente pas ou peu de symptômes. Le diabète de type2 est une maladie insidieuse qui peut passer inaperçue durant des années. En l’absence de symptômes, seuls les tests de glycémie permettront aux médecins de poser un diagnostic.


Complications
Les complications ne touchent pas tous les diabétiques, et si c’est le cas, cela se fait à des degrés divers. A la longue, le diabète peut entraîner des lésions du cœur, des vaisseaux sanguins, des yeux, des insuffisances rénales, des cardiopathies et d’accident vasculaire cérébral. Parmi les plus fréquentes, on cite la « rétinopathie diabétique » qui est une cause importante de cécité. Les diabétiques risquent également les « neuropathies diabétiques ». Ce sont des lésions nerveuses qui peuvent engendrer des fourmillements, des douleurs, un engourdissement ou une faiblesse dans les pieds et les mains. Si elle est associée à une mauvaise circulation sanguine, la neuropathie augmente le risque d’ulcère du pied pouvant nécessiter l’amputation. Le diabète donne aussi des inflammations des gencives.

Abir CHEMLI

L’avis du spécialiste : Peut-on vivre avec son diabète?

«Un diabétique pris en charge correctement peut réussir à vivre sereinement avec sa maladie». C’est ce qu’affirme le Dr Hichem Tarzi, diabétologue et endocrinologue, qui ajoute: «À ce jour, on n’a pas encore trouvé de cure permettant de guérir le diabète, mais une médication adéquate, un bon régime alimentaire et quelques modifications appropriées au mode de vie, peuvent permettre aux personnes diabétiques de mener une vie presque normale et d’éviter les complications associées à cette maladie. La médication habituelle pour le diabétique de type1 est toujours l’insuline. Pour le diabétique de type 2, la médication peut être sous forme de comprimés qui aident le pancréas à produire de l’insuline, à absorber le glucose, ou à ralentir l’absorption des sucres. Ces différentes catégories de médication peuvent être utilisées en combinaison pour améliorer leur efficacité. En outre, une personne diabétique doit savoir contrôler régulièrement sa glycémie sanguine. La mesure de la glycémie, est un élément essentiel du traitement du diabète. En dehors de la médication, les diabétiques ont grand intérêt à établir un plan d’alimentation et à adopter un bon programme d’exercices physiques. Il faudra d’abord consommer avec parcimonie les pâtisseries, sucreries, crèmes, et les aliments riches en glucides et en matières grasses. La consommation élevée de gras saturés, notamment ceux qui proviennent de la viande ou des produits laitiers, est l’une des causes de l’incidence croissante du diabète de type 2 dans notre société. Les diabétiques doivent donc privilégier les aliments riches en fibres alimentaires comme les fruits, légumes, céréales entières… Dans tous les cas, ils doivent prendre l’avis d’un nutritionniste ou d’un diététicien qui leur dressera un nouveau régime alimentaire avec l’accord du diabétologue. Par ailleurs, la surcharge pondérale et la sédentarité constituent de réels risques d’aggravation et de complications du diabète. Il faut donc pratiquer des exercices d’intensité modérée comme la marche. Je tiens toutefois à signaler que le stress est l’un des pires ennemis des diabétiques. Les patients doivent être aidés par leur entourage ou par un spécialiste s’il le faut. ».

A.C.

Chiffres-clés

* 15 % des Tunisiens âgés entre 35 et 65 ans sont diabétiques.
* 55 % des personnes qui meurent de diabète sont des femmes.
* Le diabète de type 2 représente au moins 90 % des cas de diabète.
* 50% des diabétiques meurent d’une cardiopathie ou accident vasculaire cérébral.
* Au bout de 15 ans, environ 2 % des diabétiques perdent la vue.
* Environ 10 % des diabétiques ont un grave handicap visuel.
* 2 % des diabétiques deviennent aveugles.
* 5 à 10 % des diabétiques sont ou seront amputés de l’orteil, du pied ou de la jambe.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com