Azza Besbès (Escrime) : «Le podium à Pescara et la finale aux Mondiaux 2009»





Azza Besbès (18 ans) est une battante. Arrivée  en France en 2007, elle a acquis en l’espace de 18 mois une grande notoriété et atteint une dimension qui force le respect du monde de l’escrime français, un des plus réputés sur la scène mondiale.
Azza Besbès évolue  sous les couleurs de l’US Metro, une section fondée en 1928 dont le palmarès est un des plus beaux du sabre français.  La championne tunisienne  ne manque aucune occasion pour s’illustrer tous les week-ends  et donner du fil à retordre à l’élite française en dépit d’une instance fédérale peu soucieuse et indifférente à ses préoccupations  .Pourtant,  le  9 août 2008 à Pékin et au terme d’une préparation indigne des Jeux Olympiques ,Besbès a réussi une performance historique en devenant la première tireuse tunisienne et africaine à se classer dans le top 8 olympique après avoir perdu sur le fil 14/15 lors d’un match fou face à l’Américaine Rebecca Ward championne du monde en titre et ce, après avoir battu Perrus la championne de France 15/11 et la championne du Canada Ovtchinnikova 15/12 . Le remarquable parcours de la Tunisienne à Pékin 2008 l'a rendue déjà impatiente pour Londres 2012.
Comment se sont effectués vos débuts et votre option pour l’arme du sabre?
J’ai fait mes débuts en 2000 à l’âge de dix ans  sous les couleurs du Tunis Air club. Cela a duré jusqu’en 2005,  année de la suppression de la section d’escrime qui ne rapportait pas assez d’argent  d’après les dirigeants alors qu’on réalisait les meilleurs résultats parmi les autres sports . Les deux premiers entraîneurs à mes débuts furent MM. Haythem Habbege et Hassen Zouari respectivement ex et actuel DTN.
De 2005 et jusqu'à mon départ en 2007 en France, je n’évoluais dans aucun club mais exclusivement avec l’équipe nationale.
Lors de mes débuts, je me souviens qu'à chaque fois qu'on me donnait un fleuret pour m’entraîner, je le laissais de côté et je prenais à la place un sabre, car je trouvais que cette arme était plus attractive et plus spectaculaire.
Comment se déroule depuis 2007 votre apprentissage du haut niveau en France, un pays réputé et reconnu pour ses grands résultats en escrime sur la plan international ?
D’abord,  je tiens à affirmer ma satisfaction d’avoir opté pour l’école française  et en particulier cette saison au sein de l’US Metro de Paris, une association sportive de la RATP.
Les clubs français sont très forts avec un nombre de pratiquants très élevé, ce qui crée nécessairement une dynamique de concurrence entre les tireuses aussi bien tricolores qu’étrangères durant les entraînements. L’ambiance dans laquelle se déroulent  les entraînements est excellente et motivante  
Aujourd’hui, je peux affirmer que je suis fière du parcours accompli , de la grande notoriété et respect acquis en France avec ma coéquipière Ines Boubakri.
Peut-on affirmer que les conditions et la logistique qui entourent votre préparation en France cette saison sont  meilleures que l’an dernier ?
Il est vrai que les conditions de ma préparation se sont améliorées. Toutefois, la coordination entre la FT Escrime et mon club fait défaut, ce qui se répercute négativement sur la planification de mon programme annuel de préparation qui se retrouve bien souvent chambardé ou perturbé en raison d'une grande  négligence de la part de la fédération. Et pourtant,  mon staff en France a établi clairement en début de saison un calendrier de compétitions internationales et nationales.
Cette année,  j’ai même perdu des points  précieux au classement mondial en raison de mon non-engagement par la fédération au GP d’Orléans  qui ne coûtait presque rien alors qu’à Moscou j’étais  engagée en Coupe du monde sans que je ne sois mise au courant, mon absence fut sanctionnée par une amende de 500 euros payée par la FTE.
En plus de cela, le président de la FTE ne veut pas prendre en charge l’ensemble de mes participations en Coupe du monde me contraignant  à chaque fois de financer cela sur le compte de la bourse accordée par le ministère qui, elle-même, s’avère insuffisante pour payer les frais de mon club, le loyer, le lycée, le transport, la restauration sans oublier le matériel d’entraînement et de compétition. Ces problèmes de coordination entre mon club et la FTE me stressent davantage et freinent ma carrière.
Bénéficiez-vous d’un suivi médical, psychologique ou autre en France ?
Malheureusement, je ne bénéficie d'aucun suivi, car je n’ai pas le budget pour le faire, j’ai déjà été victime d’une tendinite à l'épaule droite  depuis l'année dernière que je n'ai pas eu les moyens de soigner, car les séances de kinésithérapie sont trop chères.
Le Dr Ellouze du CNMS à Tunis a informé la FTE de cette blessure mais rien n’a changé.
Je suis obligée parfois d’interrompre souvent  l'entraînement en raison des souffrances de mon épaule.
J'espère qu'un jour je recevrai la visite de nos experts qui assurent le suivi de notre élite que ce soit à  l'entraînement ou sur le plan nutritionnel par exemple pour voir comment je fais au quotidien ou pour me donner des conseils. Mais, je sais que c'est irréalisable avec la  FTE et que je dois tout faire toute  seule.
Comment expliquez-vous votre absence à Belfast lors des derniers  mondiaux juniors?
C’est une autre grosse déception que de déclarer forfait à des mondiaux juniors pour une question de visa alors que toute la délégation égyptienne était bien présente.
C’est bien la preuve que les élections de la FTE sont bien plus importantes qu’une médaille obtenue  par Azza Besbès à Belfast. Tous les efforts d’une saison sont partis en fumée par la faute d’une instance fédérale peu soucieuse de nos préoccupations.
A Pékin, vous étiez à deux doigts de réaliser un grand exploit, que vous -a t-il manqué pour accéder au podium ?
Je pense que la touche qui a fait la différence lors de mon combat décisif (perdu 14/15) pour aller chercher au moins une médaille de bronze à Pékin face à la championne du monde en titre l’Américaine Rebecca Ward  fut  la conséquence d’une préparation indigne des JO et trop insuffisante en comparaison avec mon adversaire du jour qui  était au sommet techniquement et physiquement.
Je n'ai pas fait que quatre étapes de coupe du monde alors que Ward en a accompli onze, en plus j’ai suivi un seul stage de préparation en Pologne de seulement six jours dans des conditions difficiles pour ne pas dire plus.
Je m'entraînais durant tout l'été pratiquement sans la présence de médecin ou de kinésithérapeute avec trois escrimeurs au maximum et parfois je me retrouvais toute seule, vu que tout le monde était parti en vacances y compris la FTE qui ne souciait guère de notre préparation ma coéquipière Ines Boubakri et moi.
A chaque fois, je devais appeler les tireurs tunisiens qui sont rentrés de vacances pour leur demander de partager mes entraînements même si physiquement ils n’étaient pas au point.
Aucun membre fédéral n’a assisté au moindre entraînement ou fourni  les frais de nos déplacements, c’était à nous d'acheter l'eau minérale, de régler les frais de notre transport.
La FTE n’a même pas daigné nous encourager à la veille de notre départ pour Pékin ou me féliciter pour ma 7e place olympique. Voila en résumé, ce qui m’a manqué pour accéder à un podium olympique.
Après avoir raté les mondiaux juniors, quels seront vos objectifs pour la suite de la saison  2009 et aussi à long terme d’ici 2012 ?
Si ma préparation se déroulait dans de bonnes conditions, je serais en mesure de viser une finale aux championnats du monde seniors en septembre, sinon pour les Jeux méditerranéens de Pescara j’espère accéder au podium en dépit de tout ce que j’ai enduré.
Mes objectifs à long terme seront de rentrer dans le top 10 mondial et puis il y a Londres 2012 où je vise aussi une médaille olympique mais à condition de bénéficier d’une bonne préparation.


Interview réalisée par Chaker Belhadj




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com