Interview de Mme Leïla Ben Ali au magazine tunisien “El Roua” : Pas de développement sans une participation active de la femme





Mme Leïla Ben Ali, épouse du Président de la République, a accordé une interview au deuxième numéro du magazine tunisien "El Roua", dans laquelle elle a mis en exergue les réalisations et acquis d'avant-garde accomplis en faveur de la femme tunisienne, qui lui ont valu une place privilégiée dans la société et en ont fait un élément fondamental du processus d'édification et de développement de la société.
L'épouse du Chef de l'Etat a souligné, dans cette interview à la revue mensuelle culturelle, politique et sociale indépendante, que les médias sont appelés à adopter un discours communicatif et constructif à l'égard de la femme, qui dénonce et combat le phénomène de la violence faite aux femmes et prône les valeurs de tolérance et de dialogue.
Mme Ben Ali, dont le portrait fait la couverture du magazine, a évoqué la situation de la femme arabe et le rôle que peut jouer l'Organisation de la Femme Arabe, dont elle assure actuellement la présidence, en vue de l'améliorer et de la promouvoir, relevant qu'il est nécessaire d'œuvrer à intégrer davantage les questions de la femme dans les plans et politiques de développement dans les pays arabes.
Elle a affirmé, à cet égard, qu'elle veillera, durant son mandat à la tête de l'organisation, les deux prochaines années, sur la concrétisation et le soutien de ces choix, en vue d'offrir à la femme arabe de plus larges perspectives et de plus grandes opportunités de participation, partant de la ferme conviction de la Tunisie que le développement intégral ne peut se faire sans une participation active de la femme.
Dans un autre volet de cette interview, citée dans la rubrique "La personnalité du numéro" à laquelle la revue a consacré huit pages, l'accent a été mis sur quelques aspects de ses activités, soit dans le cadre de l'Organisation de la Femme Arabe, dans le domaine social ou dans l'action humanitaire, notamment, en ce qui concerne l'enfance.
Mme Leïla Ben Ali a fait observer que l'éducation de l'enfance est une noble mission qu'il convient d’accomplir au mieux, compte tenu du fait que l'avenir de l'enfance est celui de l'humanité tout entière, rappelant que cette catégorie sociale bénéficie, en Tunisie de l'ère nouvelle, d'une attention particulière et d'une sollicitude constante.


Voici le texte intégral de cette  l'interview:


Question: La femme tunisienne a accompli une mutation qualitative à la faveur des lois progressistes dont elle a bénéficiées et qui garantissent ses droits et la motivent pour aller encore plus de l'avant. Etes-vous satisfaite des acquis ainsi réalisés au profit de la moitié de la société tunisienne?
Réponse: Les avancées et acquis engrangés par la femme tunisienne font la fierté de l'ensemble des Tunisiens et des Tunisiennes.
L'Etat de l'Indépendance a ouvert à la femme la voie de l'égalité avec l'homme.
Les réformes engagées par le Président Zine El Abidine Ben Ali ont, elles, promu la condition de la femme du stade de l'égalité à celui du partenariat. Ceci signifie qu'en Tunisie, nous sommes passés de la simple évocation de l'émancipation de la femme à une situation où cette dernière est devenue une partenaire à part entière.
La mère a désormais un droit de tutelle sur ses enfants, mais aussi le droit de gérer les affaires de son foyer, celui de pouvoir transmettre sa nationalité à ses enfants et celui de donner son avis sur la décision de marier sa fille.
La femme est devenue responsable de la subsistance de la famille et exerce bien d'autres responsabilités tout aussi essentielles qui lui sont dévolues dans le cadre du renforcement de la cohésion familiale.
La femme tunisienne a de nos jours un statut remarquable qu'illustrent non seulement les nouvelles législations marquées notamment par l'évolution du Code du statut personnel, mais aussi par l'octroi à la femme d'un surcroît de responsabilités dans la vie publique et les secteurs de production afin qu'elle exerce son droit citoyen et participe à l'œuvre de développement que vit la Tunisie et qui profite à l'ensemble de la population, hommes et femmes.
Les indicateurs en la matière sont fort éloquents. La femme représente 30 % de la population active. Sa présence dans les différentes professions et aux divers postes s'est renforcée. Elle représente 33 % des magistrats, 31 % des avocats, le tiers des enseignants universitaires et le quart des journalistes. 23 % des hautes fonctions dans l'Administration sont occupées par des femmes.
Sur le terrain politique aussi, la participation de la femme à la vie publique s'est renforcée, elle qui exerce la plénitude de ses droits civiques et politiques.
Il en a résulté une progression de la présence de la femme au sein des assemblées et instances élues pour atteindre 23 % des députés et 27,6 % des Conseillers municipaux, dont cinq Maires.
A la Chambre des Conseillers, la proportion de femmes est de 19 % et dans le corps diplomatique de 20 %. Nombre de femmes sont en outre membres du gouvernement, assumant la responsabilité de maints secteurs névralgiques.
Après le Changement du 7 Novembre, une nouvelle génération de femmes d'affaires a fait son apparition. S'investissant dans l'œuvre de développement de la Tunisie, elles ont mis en chantier des projets et créé des entreprises privées. En Tunisie, on dénombre aujourd'hui quelque 10.000 femmes maîtres d'œuvre de leurs propres projets.
L'implication massive de la femme dans la vie politique et dans la vie publique s'est accompagnée d'un accroissement significatif du nombre d'associations féminines, de l'ordre de la trentaine.
Le taux de scolarisation des filles âgées de 6 ans dépasse les 99 % et la proportion d'étudiantes dans l'enseignement supérieur est supérieure à 59 %.
De tels indicateurs et chiffres montrent bien que la femme tunisienne constitue, ces dernières années, un des principaux vecteurs de promotion et de progrès de la société.
L'ère nouvelle a doté la femme tunisienne des conditions favorables, propres à lui permettre d'apporter une contribution plus substantielle et plus étendue dans tous les domaines de développement.
Elle a engrangé des acquis sans précédent dans notre environnement culturel et géographique, ce qui en fait un facteur essentiel et incontournable dans l'édification et le développement de la société.
Au vu de cette situation, j'estime que la femme tunisienne est appelée à s'impliquer dans la nouvelle étape dans laquelle s'engage notre pays et à prendre pleinement conscience de l'ampleur des enjeux nationaux à venir.
Les acquis qui sont aujourd'hui les siens doivent la motiver pour plus d'effort et d'initiative conformément au rôle qui lui revient et afin d'enrichir encore plus ses acquis, en concrétisation de sa participation, avec aptitude, à la construction du présent et de l'avenir de la Tunisie.
Elle doit se montrer capable de remplir les rôles les plus complexes en termes de gestion et de réalisation, en comptant sur ses capacités propres et sur son capital de compétence, de connaissance et de savoir-faire élevé, expression du haut niveau de maturité politique qu'elle a atteint et du sens civique aigu qui est le sien.
On connaît votre attachement permanent à vous préoccuper des citoyens dépourvus de soutien et de l'enfance aux besoins spécifiques, que ce soit en votre qualité de présidente de l'association Basma ou à travers d'autres actions caritatives.
Pensez-vous que le rôle des composantes civiles a atteint dans ce domaine le niveau escompté ou reste-t-il encore du chemin à parcourir?
Si nous considérons que la solidarité est l'une des valeurs qui ont des racines profondes dans la société tunisienne et un dénominateur commun de l'ensemble des Tunisiens, il est tout à fait normal que l'action sociale soit pour moi l'occupation la plus favorite et un de mes premiers pôles d'intérêt, qu'il s'agisse des personnes ayant des besoins spécifiques, sans soutien ou de condition précaire, de l'action ciblant la femme dépourvue de soutien familial et les personnes âgées ou encore de celles visant à promouvoir la femme rurale.
Cette action sociale dont je tiens constamment à encourager les acteurs parmi les associations et les organisations, tire sa motivation et sa consistance de la politique du Président Zine El Abidine Ben Ali qui fait de la dimension sociale sa priorité absolue et la finalité de l'œuvre de réforme et de changement que vit notre pays depuis deux décennies.
L'observateur peut constater aisément la multitude et la diversité des programmes à vocation sociale soutenus par l'Etat. Ce sont des programmes destinés à promouvoir les couches sociales fragiles et à les doter des attributs d'une vie digne.
L'esprit d'entraide tel qu'enraciné par le projet du Changement rencontre un large écho auprès du peuple. Il trouve sa pleine expression dans les dons volontaires et les aides fournies aux catégories sociales de condition précaire.
Aussi, ce que j'accomplis personnellement à travers l'association Basma et ce qu'entreprennent les composantes de la société civile dans ce domaine font-ils partie intégrante de l'approche de solidarité dont les Tunisiens se montrent si volontiers fiers.
S'agissant du rôle des associations et de l'ensemble des composantes de la société civile, je tiens à souligner d'emblée que le mouvement du Changement en Tunisie a conféré au tissu associatif une place privilégiée dans le projet de société du Changement. Le tissu associatif a été en effet développé et ses composantes renforcées aux niveaux législatif et du financement.
Les conditions favorables ont été réunies et les incitations mises en place pour permettre aux associations et organisations de s'imposer comme force agissante dans la vie publique et de remplir pleinement leurs responsabilités.
L'efficacité du rôle de ces associations a été à la mesure du sens de la responsabilité de leurs dirigeants et de leurs adhérents et de leur conscience de l'importance du rôle qui leur est dévolu en matière de participation à l'édification de la patrie et de contribution à son œuvre de progrès et de développement.
La Tunisie a entouré l'enfance de toute l'attention, plaçant sa protection à l'avant-garde des programmes de l'Etat et s'employant à renforcer les prestations au profit des enfants sans soutien et des associations de handicapés, sans compter la mise en place d'un programme spécialement destiné aux enfants dans les zones intérieures.
Cette catégorie sociale n'a pas été la seule à bénéficier d'un tel intérêt qui s'est étendu aussi et au même titre à la femme âgée et dépourvue de soutien, voire à l'ensemble des personnes âgées.
Ce rôle de l'Etat s'est appuyé sur les associations en charge des personnes ayant des besoins spécifiques.
C'est là un noble effort et un état d'esprit authentique à travers lequel la société civile tunisienne donne sa pleine expression à l'enracinement de la valeur de solidarité et de l'ensemble des valeurs humanistes en son sein. C'est aussi la concrétisation de l'adhésion de ces associations et, à travers elles, les composantes du peuple tunisien, aux choix sociaux et aux initiatives du Président Zine El Abidine Ben Ali, dont en premier lieu la stimulation du sens de la solidarité et de l'entraide entre les Tunisiens.
Les associations de Tunisie, dont les associations féminines qui ont gagné en rayonnement et en présence sur le terrain, jouent un rôle humanitaire considérable et contribuent à conférer à l'action sociale davantage de densité en milieu urbain comme en milieu rural.
Malgré tout ce qui a été réalisé dans ce domaine, j'estime que les composantes de la société civile sont appelées à agir davantage, à enrichir le contenu de leurs interventions au profit des personnes ayant des besoins spécifiques, à imaginer de nouveaux mécanismes propres à favoriser l'insertion sociale de ces catégories et à conforter leur sentiment d'appartenance à ce pays, une responsabilité nationale qui incombe à l'ensemble des Tunisiens.
Quelles sont, à votre avis, les raisons qui expliqueraient les paradoxes de la condition de la femme dans maints pays arabes et quelle est la nature du rôle que l'Organisation de la femme arabe que vous dirigez pourrait jouer en faveur de l'amélioration de la condition de la femme arabe?
D'abord, je ne partage pas votre opinion selon laquelle il y aurait des paradoxes liés à la condition de la femme dans les pays arabes. Je crois plutôt que la situation diffère d'un pays à un autre du fait que la condition de la femme est subordonnée à une réalité sociale inégale en termes de progrès et de modernisation dans les sociétés arabes.
Si vous regardez les législations arabes en matière de promotion de la réalité de la femme, vous constaterez que des progrès ont été réalisés et que d'autres ont encore besoin de la conjonction des efforts de l'ensemble des composantes de la société pour atteindre l'harmonie escomptée, autrement dit des réalités comparables et plus évoluées.
J'estime, dans ce contexte, qu'il est nécessaire d'œuvrer à faire figurer davantage les causes de la femme parmi les priorités des plans et politiques de développement dans les pays arabes, ce qui est l'un des objectifs fondamentaux de l'Organisation de la femme arabe.
Une telle opération commande d'adopter des systèmes principalement éducatifs, culturels et médiatiques, mais aussi sociaux, économiques et politiques, propres à garantir la promotion de la réalité de la femme arabe.
Il s'agit aussi d'accroître ses aptitudes et de lui assurer un environnement social sain afin qu'elle puisse jouer pleinement son rôle en matière de gestion des affaires de la famille et de contribution à l'œuvre de progrès et de modernisation dans les pays arabes.
Ceci nous commande aussi d'adopter des programmes et des approches pratiques, conformément à un plan global prenant en considération les priorités qui se posent, les possibilités offertes et la situation propre à chaque pays arabe, le but étant de réduire le décalage existant dans nos sociétés arabes entre la femme et l'homme sans pour autant occulter les réalités sociales de tel pays arabe ou tel autre.
Cependant, nous ne devons pas faire de telles réalités héritées du passé un prétexte pour maintenir la femme en marge du processus de modernisation.
L'Organisation de la femme arabe, dont la création avait marqué un grand tournant dans l'action féminine arabe, a indiscutablement un rôle considérable à jouer dans ce domaine.
L'organisation a aidé à établir un diagnostic de la situation de la femme arabe et proposé des programmes d'action nationaux et arabes destinés à faire face aux obstacles présents ou éventuels.
Je suis profondément persuadée que les décisions, programmes et mécanismes adoptés par l'organisation au cours du mandat précédent bénéficieront de l'intérêt nécessaire pour leur concrétisation.
Nous nous emploierons, durant la période de la présidence tunisienne de l'organisation au cours des deux prochaines années à assurer le suivi de la réalisation et à renforcer ces actions afin d'offrir à la femme arabe de plus grandes opportunités de participation et d'ouvrir des perspectives plus larges devant elle. Ceci sur la base de la foi de la Tunisie dans le fait qu'il ne saurait y avoir de développement sans que la femme en soit partie prenante.
Nous mettrons l'accent sur toutes les dimensions propres à accroître les aptitudes de la femme arabe dans les divers domaines.
Tout en marquant mon appréciation des efforts éminents et méritoires fournis par l'Organisation de la femme arabe aux côtés des unions féminines et autres associations nationales en faveur de la promotion de la condition de la femme, d'une meilleure prise de conscience de ses causes et de l'évolution des conceptions culturelles, médiatiques et sociales pour un rôle plus grand de la femme en matière de réalisation du développement escompté, je crois qu'il reste beaucoup à faire à ces organismes et institutions, que ce soit pour consolider les acquis de la femme ou pour dépasser certaines survivances encore présentes dans nos sociétés en ce qui concerne la femme, son image et son rôle au sein de la famille et dans la société.
Nous nous attacherons, durant notre mandat, à réaliser de nouvelles avancées sur la voie du renforcement de la présence de l'Organisation de la femme arabe en tant que confluent important de l'action arabe commune, de manière à consolider le statut de la femme arabe et à lui conférer une position avancée dans l'édification de sociétés arabes évoluées, dans lesquelles nulle place ne sera laissée à l'exclusion et à la marginalisation.
Il y a un fléau dont pâtissent nombre de sociétés arabes et islamiques, en l'occurrence celui de la violence faite aux femmes. Quels seraient, à votre avis, les moyens de juguler ce phénomène?
Le phénomène de la violence faite à la femme concerne tous les pays du monde et touche aussi bien les sociétés développées que celles en développement.
En Tunisie, tout est mis en œuvre, au niveau des structures gouvernementales et de la société civile, pour prévenir ce fléau qui va à l'encontre des droits de l'homme les plus élémentaires et du respect de la personne humaine tant ses conséquences sont profondes pour la femme et pour l'homme.
Je suis d'avis que la propagation de ce fléau dans certaines de nos sociétés arabes et le fait que la femme ne s'y est pas affranchie de la violence, sous toutes ses formes, notamment familiale et sociétale, consacrent la discrimination contre la femme et dénient à cette dernière son humanité et donc l'empêchent de jouer tout rôle dans sa société.
Nous sommes tous appelés à faire front à ce fléau inhumain et à œuvrer à garantir le droit de la femme à une vie quiète, à préserver sa dignité et à la libérer de la peur qui inhibe ses aptitudes et l'empêche d'assumer son humanité.
Il n'y a, à notre avis, d'autre voie pour l'éradication de ce phénomène que celle qui passe par la promulgation et la mise en œuvre de législations et lois contraignantes et fermes, en plus de la diffusion d'une culture sociétale fondée sur la primauté des principes des droits de l'homme et propre à consacrer de nouveaux comportements en rupture avec la violence et le poids des traditions désuètes héritées du passé, celles-là mêmes dont certains tirent prétexte pour justifier la violence contre la femme.
Cette tâche incombe, d'une part, à l'Etat à travers son attachement à protéger la femme et à travers sa fonction régalienne consistant à appliquer et à imposer le respect des lois garantissant la dignité et l'intégrité physique.
Elle revient, d'autre part, aux composantes de la société civile qui a la responsabilité de la sensibilisation aux répercussions négatives d'un tel fléau sur la famille et sur la société, sans compter son devoir de combattre les traditions dévalorisantes pour la femme et qui l'empêchent de jouer pleinement son rôle en tant que citoyenne à part entière, et ce, à travers des prestations de services d'orientation, d'éducation et à caractère social.
Les établissements éducatifs et d'enseignement ont, eux aussi, leur part d'effort à apporter dans ce domaine, par la mise en place de programmes éducatifs et culturels débarrassés de toute idéologie réductrice pour le statut, le rôle et la fonction de la femme.
L'on ne doit pas pour autant négliger l'influence et l'apport des médias audiovisuels ou de la presse écrite. C'est en effet à travers eux que se constitue l'image de la femme dans nos sociétés arabes.
Ces médias sont appelés à adopter un discours médiatique constructif à l'égard de la femme, qui dénonce et combat la culture de la violence contre la femme et s'aligne sur les valeurs de tolérance, de compréhension et le dialogue lors de la présentation et le traitement des problèmes familiaux.
Dépasser la propagation du phénomène de la violence contre la femme dépend du parachèvement des droits de la femme et de l'élimination de toutes les formes de discrimination contre elle.
Le moyen le plus efficace d'y parvenir consiste, à notre sens, à ce que la femme prenne conscience de ses droits humains sans jamais tolérer ou taire toute atteinte qui pourrait lui être portée tout en adhérant encore plus aux associations œuvrant en faveur de sa protection, de ses droits et de sa dignité humaine.
Ce phénomène fait partie d'un ensemble de conditions. Il disparaît par la disparition de ses causes ou par notre réussite à établir l'équilibre entre la femme et l'homme au sein de la famille et dans la société et à dépasser la relation qui existe encore aujourd'hui dans certaines de nos sociétés arabes.
A propos de la presse, estimez-vous que l'image généralement répandue concernant la femme s'est hissée au niveau des attentes pour ce qui est de concrétiser l'idée de l'égalité au plan médiatique ?
Nul n'ignore l'importance de la place de l'information et de la communication dans la vie des peuples et leur poids stratégique dans tous les domaines de la vie.
Ce rôle stratégique et axial des médias ne cesse de gagner en présence et en profondeur dans la vie aussi bien des individus que des sociétés.
De nombreuses idées, images et croyances sont désormais définies par les messages que nous recevons.
De nos jours, la matière médiatique et culturelle que nous subissons sans discontinuer à travers les journaux, les magazines, les radios, les télévisions satellitaires et les réseaux d'Internet joue un rôle de la plus grande importance pour ce qui est de façonner l'opinion publique, toutes couches et composantes confondues.
Son impact est extrêmement puissant dans le conditionnement des esprits, des opinions et des perceptions, ce qui confère aux médias une fonction nouvelle aux dimensions éducative, didactique et de développement.
Aussi les médias assument-ils une grande et grave responsabilité dans la manière dont ils traitent la question de la femme dans notre monde arabe.
Cependant, force est malheureusement d'admettre que la réalité de la presse arabe pâtit encore, malgré les progrès accomplis, de certaines lacunes au niveau du traitement de l'image de la femme, en général, lequel ne traduit ni le vrai rôle de la femme dans la vie sociale ni la place dont elle est digne dans la société. Il y a même une certaine presse qui n'a pas assimilé les lois et législations en rapport avec la femme.
Même si cet aspect négatif de l'image de la femme telle que véhiculée par la presse arabe et l'insuffisance de sensibilité des communicateurs eux-mêmes vis-à-vis de ses causes véritables dans les médias audiovisuels et de la presse écrite nous interpellent, notre observation s'adresse surtout à la presse audiovisuelle, compte tenu du puissant impact de l'image dans notre monde d'aujourd'hui.
Nous pouvons constater aisément les stéréotypes galvaudés véhiculés par certaines émissions de télévision au sujet de la femme aux dépens de ses autres rôles avancés. Ainsi, le rôle politique, économique, culturel et scientifique est souvent occulté.
Cette approche médiatique erronée nous commande indubitablement d'expurger davantage les émissions télévisuelles et radiophoniques de certaines survivances sociales héritées qui confinent la femme à un rang inférieur à celui de l'homme et qui ne voit en la femme qu'un produit commercial à usage publicitaire.
Il en résulte que les médias en question se trouvent en rupture avec les vraies causes de la femme et de la famille et avec les progrès qu'elles connaissent dans tous les domaines.
Durant son mandat à la tête de l'Organisation de la femme arabe, la Tunisie veillera à contribuer à corriger l'image de la femme arabe de manière à ce que cela rejaillisse positivement sur la condition des femmes arabes et concoure à accroître leurs aptitudes dans les divers domaines.
Nous avions consacré un Prix récompensant la meilleure production médiatique sur la femme, à titre d'incitation à corriger l'image de la femme arabe dans les médias. Cette initiative est la première du genre dans le monde arabe.
Nous avons espoir que cette initiative et bien d'autres incitations et programmes de sensibilisation et de perfectionnement destinés aux communicateurs contribueront à mettre en exergue la vraie image de la femme et à enraciner une vision médiatique alternative favorable à l'égalité de genre, vision qui consacre la non-discrimination entre les sexes, de manière à souligner l'aptitude de la femme et à renforcer son rôle.
Je reste profondément persuadée que l'une des tâches les plus impérieuses consiste à nous employer constamment à changer les mentalités comme préalable à l'infléchissement de l'image de la femme dans la société, sans pour autant négliger la responsabilité de la femme dans le changement de sa propre image, avant toute autre chose.
Et que pensez-vous de l’encadrement de l’enfant et de la manière de l’aider à avoir une croissance saine en Tunisie et dans le monde arabe?
L’enfant d’aujourd’hui est le citoyen de demain. Ceci commande aux sociétés de faire de son intérêt un choix permanent et une composante essentielle des stratégies nationales de développement.
Nous sommes dépositaires du destin de l’enfance dont nous devons préparer sainement l’avenir qui est celui de l’humanité tout entière.
Notre pays a toujours fait figure de pionnier pour ce qui est d’accorder à l’enfant toute l’attention qu’il mérite, et ce, à travers la mise en place d’un arsenal juridique cohérent comportant un ensemble de législations qui garantissent les droits de l’enfant à la santé, à l’enseignement, à la protection sociale et économique, aux loisirs et le droit d’exprimer son opinion.
Nous ne nous sommes pas contentés, en Tunisie, d’être en phase avec les résolutions onusiennes relatives à l’enfant.
Nous avons promulgué, en 1995, un Code de la protection de l’enfant qui constitue l’exemple vivant d’une action législative efficiente en matière de protection de l’enfance.
Nous avons, de même, créé la fonction de juge de la famille et de juge des enfants qui constitue l’un des principaux mécanismes qui protègent l’enfant et consacrent ses droits.
La Tunisie du Changement s’est employée à consacrer le principe de l’égalité des chances entre les enfants afin que tous les enfants de Tunisie, y compris ceux à besoins spécifiques, de bénéficier des avantages des politiques, programmes et mécanismes qui les concernent.
Cette approche a permis d’étendre le champ du concept des droits de l’enfant qui ne se limite plus à couvrir ses besoins essentiels mais répond véritablement à ses attentes en tant qu’entité sociale.
Ceci s’est concrétisé par le développement de la participation de l’enfant à la vie publique à travers la création du "Parlement de l’enfant", espace de dialogue qui donne à nos enfants la latitude de s’exercer à la démocratie et d’exprimer leurs opinions et aspirations dans ce qui a trait aux affaires de l’enfance.
Au plan arabe, nous sommes tenus d’avoir une conscience plus grande de l’importance de l’éducation au cours de l’étape de la petite enfance, compte tenu de l’impact déterminant de cette étape dans la construction de la personnalité de l’enfant et la détermination des étapes ultérieures de sa vie.
Nous ferons en sorte que l’Organisation de la femme arabe se dote de programmes de sensibilisation destinés aux pères et aux mères sur le rôle de la famille pour ce qui est de dispenser une éducation équilibrée aux enfants.
Nos sociétés se doivent d’entourer la condition de l’enfance de toutes les garanties et tous les mécanismes nécessaires afin d’en assurer la prise en charge et la protection des droits.
La protection de l’enfance est un pari sur l’avenir. Un de nos devoirs les plus impératifs consiste à assurer une préparation optimale à notre enfance afin de la doter des moyens d’affronter cet avenir.
Nous avons grand espoir que les Etats arabes parviendront à élaborer un plan cohérent et solidaire de prise en charge de l’enfant arabe afin de l’affranchir de tout ce qui pourrait le priver d’une éducation saine ou d’avoir la capacité de contribuer ultérieurement à la définition des contours d’un lendemain arabe meilleur.
Je ne manquerais pas de relever, en parlant de l’enfance arabe, la situation dramatique dont souffre l’enfant palestinien du fait de la cruauté et de l’obstination de l’occupant israélien tant cet enfant est privé des droits les plus élémentaires garantis par les conventions internationales et tant il est traumatisé au quotidien par la terreur.
Face aux violations israéliennes dans ce domaine, nous appelons à un effort arabe redoublé en direction des mouvements mondiaux concernés par la protection des enfants, et ce, pour la réaffirmation du droit palestinien à la protection contre la violence, la négligence et la maltraitance, de même que son droit à la vie et à la liberté.
Il s’agit, aussi, de contraindre Israël à respecter la convention internationale sur les droits de l’enfant.
Si cet effort doit englober les enfants de Palestine sans exception, parce que tous victimes, un effort particulier doit cibler les enfants dépourvus de soutien, les enfants prisonniers et les enfants atteints d’incapacités corporelles permanentes.
Nous nous emploierons durant notre mandat à la tête de l’Organisation de la femme arabe à donner forme à un ensemble d’approches et de programmes pratiques de soutien aux droits de l’enfant en Palestine.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com