Exode et contre-exode : Nos villes deviennent-elles «invivables»?





Les conditions de vie en milieu rural sont meilleures que dans les grandes métropoles. Les logements y sont moins chers, plus vastes, les déplacements plus faciles.
Ça fait un bon bout de temps que la vie dans notre pays change. Dans les villes cela se fait à un rythme vertigineux. En dehors des métropoles, les choses bougent aussi, et les gens ne vivent plus comme avant. La modernisation de la société a porté ses fruits qui sont à la portée de tous. Service de banques, bureaux de poste, écoles, lycées et facultés, électricité, services de transport en commun, couverture par le réseau GSM, et de plus en plus de foyers abonnés à Internet. Les politiques de développement des régions intérieures qui visaient au départ à contrecarrer l’exode rural, à travers la fixation des populations dans les zones dites déshéritées,  » ont porté leurs fruits. Mieux encore : les résultats dépassent les objectifs escomptés : les vastes chantiers de développement entrepris ici et là sont en passe de faire de la campagne un Eldorado qui suscite les convoitises des citadins. Certains pensent même, d’ores et déjà, que dans quelques années la Tunisie ferait face à un autre type de mobilité géographique. Une migration en sens inverse en somme, à savoir l’exode des citadins vers la campagne.
En Occident, le phénomène prend de l’ampleur d’année en année pour devenir un véritable phénomène de société. L’émigration des citadins vers les campagnes semble se confirmer dans plusieurs pays. En Europe, on estime par centaines de milliers ceux qui partent des villes chaque année pour s’installer à la campagne. En France, le phénomène est aujourd’hui très à la mode. Des sondages d’opinions effectués par des institutions officielles de ce pays montrent que sept millions de citadins rêvent de s'installer à la campagne, alors que 100 mille Français quittent effectivement les grandes métropoles pour s'installer dans de petites communes rurales.
En Tunisie, le phénomène est encore loin de s’amplifier comme c’est le cas dans les pays industrialisés, mais à considérer le rythme avec lequel sont en train de muter  les modes de vie des Tunisiens, le phénomène ne tardera pas à devenir une réalité. Aujourd’hui, la vie dans les grandes villes tunisiennes tend à devenir insupportable. Les membres de la population urbaine se sentent pressés, stressés, étouffés par les prix de l'immobilier. Ils finissent par céder et quittent les villes pour se réfugier dans les zones rurales. Cela fait que les périphéries des grands pôles urbains du pays sont en passe de devenir de plus en plus attractives. Le milieu rural, qui a été longtemps déserté sous l’effet de la migration massive de ses habitants vers les métropoles, connaît une nouvelle dynamique d’urbanisation, dopée par les mécanismes du développement régional et par le frémissement du marché foncier.
Ces zones constituent aujourd’hui de nouveaux territoires ouverts à la promotion immobilière publique et privée. Les conditions de vie y sont meilleures que dans les grandes métropoles. Les logements y sont moins chers, plus vastes, les déplacements plus faciles. Et pour beaucoup de familles, élever les enfants loin des dangers des villes, c'est plus facile.
Ainsi, on peut dire qu’aujourd’hui, beaucoup de Tunisiens rêvent de se mettre au vert. Combien sont-ils ? Il est difficile d’évaluer leur nombre avec précision. Ce qui est certain, par contre, c’est que les zones rurales et les périphéries des villes sont l’objet d’une poussée démographique et immobilière. Les protagonistes de cet exode inverse sont hétérogènes. Il y a d'un côté ceux qui sont issus de classes socioprofessionnelles plus ou moins aisées. Ils ne lésinent pas sur les moyens pour investir dans une maison de campagne, souvent avec piscine. Mais il y a aussi des ménages aux revenus plus modestes et qui fuient la ville où les logements sont trop chers pour se réfugier dans les zones rurales. Il y a aussi les « enfants du village » qui attendent impatiemment l’heure de la retraite pour retourner au bercail. Alors que des jeunes couples se voient mieux dans la peau de « néoruraux » et font le pari d'une vie plus calme pour eux et pour leurs enfants.

Hassen GHEDIRI

Population rurale en croissance

Selon le dernier recensement de la population de 2004, le repeuplement du milieu rural s’est bel et bien confirmé au cours de la décennie 1994-2004. Les résultats montrent en fait que le nombre d’habitations continue à augmenter loin des agglomérations. De 657 255 logements en 1994, le parc immobilier rural a fini par dépasser la barre de 780 mille unités en 2004. La tendance a été aussi à l’augmentation en ce qui concerne la population. Toujours d’après le dernier recensement de la population en Tunisie, 100 mille individus se sont ajoutés à l’effectif général de la population rurale. De près de 3,4 millions, cette population a frôlé les trois millions et demi.

Navetteurs !

Généralement, les citadins fuient la ville à la recherche d'un meilleur cadre de vie, moins stressant, moins cher et moins pollué. Le développement des réseaux du transport public ainsi que la démocratisation de la voiture particulière ont permis à beaucoup de personnes d’avoir la chance d’habiter le milieu rural tout en continuant à travailler dans les villes. Ce sont les «navetteurs», qui, prennent le train, les bus ou les louages. A la SNCFT, les « grands navetteurs », qui six jours sur sept font des trajets de plus de 100 km, constituent le noyau dur des abonnés.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com