A propos du soutien scolaire à la maison





Lorsque j’étais directeur d’école primaire, j’organisais périodiquement des réunions avec les parents des élèves. Ces réunions avaient pour but d’informer ces parents de la progression ou de la régression de leurs enfants dans leur apprentissage scolaire, de les mettre au courant des informations pédagogiques reçues du ministère de l’Education et de la Formation et de recueillir aussi leurs opinions sur le travail scolaire de leurs protégés, surtout en ce qui concerne les devoirs à la maison ou, plus précisément, le soutien scolaire à la maison. 
A propos de ce soutien, j’ai constaté que les parents ne partagent pas la même opinion à l’égard des activités scolaires à la maison. 
Une première frange a totalement confiance en l’école. Elle pense qu’il est nécessaire de laisser faire cette école. C’est à elle seule qu’incombe la tâche d’enseigner et d’éduquer. Ils affirment même qu’une intervention, qu’elle que soit son intensité, de la part de ces parents, dans le travail scolaire, peut engendrer un manque d’autonomie chez leurs protégés. De plus, ajoute ce premier groupe, une journée d’école est suffisamment longue et n’est pas judicieux d’accabler l’enfant par des tâches supplémentaires à la maison car, épuisé et anéanti, l’enfant ne peut plus faire preuve d’attention. D’ailleurs de retour à la maison, celui-ci n’a qu’une seule idée en tête : s’amuser, regarder la télévision, s’isoler sur sa console de jeux électroniques ou, tout bonnement, aller se coucher.
Une deuxième frange juge qu’il est indispensable d’apporter une aide à ses enfants, à la maison, pour qu’ils puissent améliorer leur rendement et obtenir les résultats escomptés. 
Pour cela, les uns apportent eux-mêmes l’aide nécessaire à la réalisation des activités scolaires en recourant à des manuels parascolaires, d’autres, absorbés complètement par leur travail, engagent des enseignants pour assurer des cours particuliers. 
Or, les pédagogues certifient que les jugements de ces parents, aussi différents qu’il soient, se rejoignent et même se complètent.

Comment cela ?
D’une part, l’idée que l’enfant doit être livré à lui-même, pour acquérir compétence et autonomie, est à conseiller, soulignent ces pédagogues, mais d’autre part, ils affirment aussi que le soutien des parents s’avère indispensable et utile, surtout au début d’un apprentissage, dans la mesure où il permet à l’enfant non seulement de progresser, mais aussi d’acquérir des habitudes et des méthodes de travail qui lui sont propres. 
Comme l’autonomie s’apprend, les parents doivent être là quand il le faut et savoir se faire discrets là où ils sentent que leur protégé est en mesure d’agir tout seul. Ainsi, l’enfant comprendra qu’il peut compter sur ses parents, au moment d’un apprentissage, d’une explication ou d’une compréhension nécessaires à résoudre un problème, à produire un texte ou à mémoriser un paragraphe ou un poème, mais ces mêmes parents ne doivent en aucun cas se substituer à leur enfant en lui faisant eux-mêmes ses devoirs scolaires; au contraire, ils doivent l’aider à s’approprier les habitudes susceptibles de lui permettre de voler de ses propres ailes. 
L’habitude de travailler à la maison est une tâche de longue haleine, elle s’acquiert au fil du temps. C’est un entraînement progressif, qui doit être mené avec rigueur et beaucoup de bienveillance. Car la rigueur et la bienveillance poussent l’enfant à considérer le travail à la maison non pas une corvée, mais plutôt comme un moment lié au plaisir d’apprendre. 
Pour cela, les pédagogues invitent tous les parents :
-  à ne pas se substituer à leurs enfants dans la réalisation du devoir scolaire proposé à la maison;
- à ne pas aller au-delà des exigences de l’enseignement, en proposant un enseignement parallèle à la maison, susceptible d’encombrer une mémoire encore fragile;
- à ne pas faire travailler leurs enfants au-delà de leurs possibilités, car “rien ne sert de courir, il faut partir à point”;
- à établir un dialogue avec leurs protégés tout en les écoutant et en acceptant leurs éventuelles réclamations, leurs suggestions et leurs propositions;
- à accorder de la valeur à tout travail réalisé, en classe ou à la maison, car de cette façon, l’enfant donnera beaucoup plus d’intérêt à ce qu’il fait.


* Salah Bitri - Ancien directeur d’école




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com