Tunisie-France : Quel partenariat ?





Face à la crise économique mondiale, c’est donc l’union sacrée entre la Tunisie et la France. Telle est la résolution commune prise le 24 avril lors du plus grand forum économique jamais réalisé par les deux pays.
Mais, concrètement, que va-t-il se passer maintenant ? Que demande-t-on à la Tunisie pour ‘’mériter’’ ce partenariat ?

Par  Manoubi AKROUT

Que va-t-il se passer maintenant? Comment va se manifester la volonté commune de donner un nouvel élan à un partenariat qui dure depuis toujours ? Que demande-t-on à la Tunisie pour ‘’mériter’’ ce partenariat ? Pour être à la hauteur de cette accélération ?
Mais où trouver les réponses alors que l’encre est encore fraiche sur les comptes rendus de la visite ? En lisant entre les lignes le discours du Premier ministre français ? En analysant les très nombreux accords signés lors de cette visite ? En écoutant les experts ? En confiant nos interrogations à l’ambassadeur de France en Tunisie ?... Probablement tout cela à la fois et plus encore!


Première fournée: le nucléaire, la technologie et le transport
Quand on lit (et pas seulement entre les lignes) les propos du Premier ministre français, on comprend tout de suite la volonté commune de développer davantage la coopération bilatérale et on peut également tracer une première esquisse de l’agenda à venir à partir des accords qu’il a particulièrement soulignés. C'est-à-dire d’abord l'accord signé dans le domaine du nucléaire civil qui implique le partage des compétences de la France avec la Tunisie pour nous lancer dans ce domaine qui constitue une solution aux problèmes de la raréfaction des sources d'énergie fossile. Ensuite le mémorandum d'entente sur le financement de la création d'une école d'ingénieurs à Bizerte et cela suppose une implication encore plus grande de la France dans les hautes études technologiques en Tunisie. Et puis l’accord pour la fourniture de matériel ferroviaire pour le métro de Tunis et la livraison anticipée de deux airbus A 320  veut bien dire que le domaine du transport sera aussi à la place d’honneur durant la prochaine période.
Ce sont donc en premier lieu ces trois chantiers (le nucléaire, la technologie et le transport) qui vont passer à la vitesse supérieure dans la coopération franco-tunisienne à long terme.


Quand les Comités techniques démarreront-ils?
La nouvelle donne décidée par les deux pays sera cristallisée par de no uveaux instruments qui auront la charge d’en faire le suivi et de déterminer concrétement les chemins à suivre.
Il s’agit de ces Comités techniques que la Tunisie et la France ont résolu de mettre en plan dans le but clair de faire émerger les projets concrets au profit des deux pays et de leurs entreprises respectives. Ils ont déjà leurs points de départ (la dépollution, les autoroutes de la mer, le développement de l'énergie solaire…) et, sitôt constitués et installés, ils démarreront certainement très vite leurs travaux. Sans doute et au plus tard dans les prochaines semaines.
Ces Comités auront pour arrière-fond, comme l’a assuré M. Fillon, la certitude que la France continuera à investir fortement en Tunisie eu égard à la stratégie commune de développement des deux pays, visant à constituer un ensemble économique capable de mieux résister à la concurrence très vive, notamment des blocs asiatiques.


Quelle est la part de la Tunisie ?
Les initiatives concretes du nouveau partenariat tuniso-français se cristalliseront évidemment de manière bien plus précise au cours des prochains mois pendant lesquels la Tunisie sera, tout aussi évidemment, amenée à déployer encore plus de talent, de créativité et de productivité. Car un tel partenariat avec la France (qui, ne l’oublions pas, est membre du club sélect des 7 pays les plus industrialisés au monde) nécessite que nous nous posions honnêtement des questions: la Tunisie est-elle assez agressive ? Quels sont les handicaps (problèmes de e-mail, bande passante…) ? Quel est l’essentiel de ce qui est demandé à la Tunisie ?
Ecoutons un organe français indépendant répondre, à sa manière, à toutes ces questions. Il s’agit du Conseil Français  des Investisseurs en Afrique dont les prévisions du dernier rapport ‘’CIAN 2008’’ sont  plutôt optimistes pour les entreprises françaises opérant en Tunisie, grâce notamment «au développement économique soutenu et une ouverture favorable aux entreprises» que connait la Tunisie.


Peut mieux faire? Sûrement!
En effet, selon le baromètre CIAN, la progression du chiffre d’affaires des sociétés françaises en Tunisie  reste très soutenue avec une année 2008 où la proportion des investisseurs ayant enregistré une progression est de 9 sociétés sur 10 (en 2006 et 2007, seulement 7 sociétés sur 10 affirment avoir enregistré une progression).
Concernant les résultats financiers, on estime que 8  sociétés sur 10 terminent en bénéfice en 2007 et 2008.
Quant aux investissements, ils sont à l’image de la  dynamique économique du pays, puisqu’en 2007, six investisseurs français sur 10 auraient déclaré avoir  repris leurs investissements dans le pays.
Pour l’environnement des affaires, le rapport du CIAN souligne que celui-ci ‘’est favorable en  Tunisie’’, avec une note globale de 3,2/5, soit la  meilleure note des pays du Maghreb. Le réseau routier, les infrastructures portuaires et aéroportuaires, les télécommunications, la fiscalité, le personnel  de maîtrise et la main-d’œuvre, l’état de la sécurité, l’impact du secteur informel (le moins fort du Maghreb), la protection de l’environnement, etc., recueillent les meilleures notes. Le rapport souligne  que ‘’l’administration tunisienne assure aux  entrepreneurs des  services  convenablement appréciés’’, ‘’le coût des facteurs de production est à  un bon niveau (entre 3,5 et 4,0)’’.


Quels sont les meilleurs atouts de la Tunisie ?
Nous prenons à témoin la dernière réaction de l’ONU qui est, soit dit en passant, parmi les observateurs les plus assidus et les plus attentifs de la crise économique mondiale actuelle. Voici : « De nombreux pays répondent à la crise en investissant dans la science et les technologies afin de se protéger », a déclaré Josué Dioné, directeur de la division de la sécurité alimentaire et du développement durable de la Commission économique pour l'Afrique.
Ce dernier a cité l'Inde et la Chine comme exemples, lors d'une réunion rassemblant plus de 600 scientifiques du monde entier à l'ouverture de la première session du Comité sur l'information, la science et la technologie du développement (CODIST-1), à Addis-Abeba (Ethiopie).
Lors de la conférence, plus de 30 projets d'utilisation des technologies par les gouvernements africains ont été sélectionnés. Parmi ces pays, la Tunisie figure en bonne place. Sans commentaires !

SE l’ambassadeur de France en Tunisie, M. Serge Degallaix, ‘’L'essentiel de ce qui est demandé aux partenaires tunisiens: disponibilité et ouverture, réactivité et capacité
de travailler en commun’’

 Le QuotidienEconomie : Après l'important Forum tuniso-français qui vient de se dérouler à Tunis, comment estimez-vous l'essentiel de ce qui est concrètement demandé à la Tunisie pour qu'elle soit à la hauteur de cette nouvelle donne?
SE M. Serge Degallaix : Le Forum du 24 avril a porté principalement sur la compétitivité et la productivité renforcées et l'alliance entre partenaires, publics comme privés, français et tunisiens. L'essentiel de ce qui est demandé aux partenaires tunisiens correspond à ce qui est également demandé aux partenaires français : disponibilité et ouverture pour atteindre ces  objectifs et moyens mobilisables de l'autre, réactivité et capacité de travailler en commun.
 
 Le QuotidienEconomie : Quels pourraient être les handicaps à la concrétisation de ce nouveau partenariat?
SE M. Serge Degallaix : Le constat que l'on peut faire est que les cadres, les contacts, les opportunités existent entre pôles de compétitivité et technopôles des deux pays, mais qu'il est encore relativement difficile de passer à la phase de réalisation. Bien sûr, il faut poursuivre ce travail de communication mené par la Tunisie et qui porte ses fruits, mais aussi travailler sur la mise au point de dispositifs financiers ad hoc pour ce type de coopérations, ouvertes et à risques calculés. La PROPARCO, qui dépend de l'Agence Française de Développement, pourrait notamment aider au montage de ce type de dispositif qui associe public et privé.


 Le QuotidienEconomie :Les Tunisiens vous semblent-ils assez agressifs pour faire face à la période à venir?
SE M. Serge Degallaix : La réaction tunisienne à la crise conjoncturelle et à la préparation de l'avenir plus lointain me paraît aller dans le bon sens, en jouant la carte de l'ouverture et de la compétition. J'ai le sentiment que l'on peut aller plus loin, notamment pour les services et grâce à des partenariats de capitaux.
 
LeQuotidienEconomie :Vous écoutez constamment les chefs d'entreprise français installés en Tunisie: pouvez-vous nous faire part de leurs principales doléances?
SE M. Serge Degallaix : Dans l'ensemble, les chefs d'entreprises français en Tunisie sont satisfaits et développent leur présence. Le climat des affaires est favorable, mais des progrès sont attendus en matière de simplification et d'application des textes qui régissent, par exemple, les transferts d'avoirs des expatriés, les formalités douanières (raccourcir les délais), l'embauche de travailleurs temporaires, le renouvellement des cartes de travail… Des progrès sont aussi attendus pour l’infrastructure de télécommunications. Ce sont là des sujets connus des responsables tunisiens, qui font l'objet de rencontres et dont on peut attendre des améliorations.

M. A.

Une «Road Map» vers l’avenir

A la seule lecture de la liste des accords signés au cours de la dernière visite de la délégation française conduite par M. Fillon, nous avons implicitement un agenda détaillé de la période à venir quand à une vision concrète du nouveau partenariat conclu entre la Tunisie et la France.


- Accord de coopération pour le développement des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire
- Accord relatif au comité de pilotage de la coopération franco-tunisienne dans le domaine des utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire (CEA/STEG)
- Protocole financier relatif au programme de mise à niveau des PME-PMI en Tunisie
- Accord-cadre de coopération et de partenariat dans le domaine du transport
- Mémorandum d’entente franco-tunisien relatif à la formation aux métiers maritimes
- Convention–cadre de coopération dans le domaine de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique  et de la technologie
- Mémorandum d’entente relatif à l’École nationale d’ingénieurs de Bizerte
- Quatre conventions AFD : adduction en eau potable rurale (AFD-SONEDE) ; investissement sectoriel eau (en co-financement avec la Banque mondiale et la BAD) ; financement de deux centres de formation professionnelle (BTP, soudure et construction métallique) et soutien aux créateurs d’entreprises. Les deux dernières conventions s’inscrivent dans le cadre de l’accord de gestion concertée des migrations et du développement solidaire
- Mémorandum pour un dialogue stratégique AFD-MDCI (ministère du Développement et de la Coopération internationale)
- Protocole d’application relatif à l’Institut de formation aux métiers de la mode
- Accord de partenariat entre des universités marseillaises et tunisiennes
- Convention de partenariat relative à une formation diplômante "Transports urbains de voyageurs" entre la RATP et l’Université de Sousse
- Accord de partenariat entre l’École nationale supérieure des techniques avancées (ENSTA) et l’École nationale d’Ingénieurs de Tunis (ENIT)
- Accord entre le technopôle d’El Ghazala et le pôle de compétitivité Systematic (MoU)
- Accord entre Sophia Antipolis et le ministère tunisien de l’Industrie
- Accord de partenariat entre le pôle de compétitivité de Techtera et son homologue de Monastir
- Déclaration commune
- du Secrétaire d’État auprès de la Ministre de l’Économie, de l’Industrie et de l’Emploi, chargé de l’Industrie et de la Consommation de la République française,
- du Secrétaire d’État auprès du Ministre de l’Industrie, de l’Énergie et des PME chargé de l’Énergie renouvelable et des industries alimentaires de la République tunisienne,
- du Secrétaire d’État auprès du Ministre des Technologies de la communication chargé de l’Informatique, de l’Internet et des logiciels libres de la République tunisienne.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com