Tourisme : Comment contourner l’hégémonie des tour-opérateurs étrangers ?





Le développement des ventes en ligne et la libéralisation du ciel, sont les axes majeurs d’une nouvelle stratégie adoptée par la Tunisie pour se libérer de l’emprise des tour-opérateurs étrangers.


Tunis-Le Quotidien
Avec 471 dollars par client, la Tunisie affiche le plus faible niveau de recettes par touriste sur la rive sud de la Méditerranée en 2008, selon des statistiques de l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT). Le Maroc occupe la première marche du podium avec 871 dollars, talonné par l’Egypte (859 dollars) et la Turquie (708 dollars).
Selon les mêmes chiffres, la Tunisie est également en perte de vitesse en matière d’évolution des entrées touristiques par rapport à ses concurrents directs. Entre 2006 et 2008, les arrivées de touristes étrangers ont enregistré une augmentation de 18% en Tunisie contre une croissance de 59% en Egypte et 20% en Turquie.
 Autre talon d’Achille du secteur touristique tunisien: la destination à moins de trois heures de vol des principales capitales européennes a enregistré la plus courte durée de séjour par rapport à ses concurrents en 2008. La durée moyenne de séjour en Tunisie est de 5,4 jours contre 10 jours en Egypte, 8 jours au Maroc et 5,8 jours en Turquie.


Hégémonie des tour-opérateurs
L’écart entre la Tunisie et ses concurrents découle essentiellement, selon le Ministère du Tourisme, du bradage du prix résultant de la pression qu’exercent les tour-opérateurs sur les hôteliers tunisiens fortement endettés et, par conséquent, soucieux d’avoir un retour sur investissement rapide. «La Tunisie continue à être commercialisée essentiellement par des tour-opérateurs étrangers, dont les chiffres d’affaires peuvent atteindre 15 milliards de dollars. Et c’est là que le bât blesse. Nos hôteliers ont encore beaucoup de mal à résister aux pressions exercées par de tels mammouths en matière de prix», a souligné M. Khélil Laâjimi, ministre du Tourisme lors d’un séminaire sur les perspectives du tourisme tunisien à l’horizon 2020, tenu début avril dernier. Même son de cloche de M. Mohamed Belaâjouza, président de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH) : «La forte dépendance vis-à vis des tours opérateurs étrangers a eu pour effet la détérioration de la qualité des services et l’ancrage d’une image de destination à bas prix». Ce constat a incité les autorités de tutelle à repenser le modèle de développement du tourisme tunisien. La réflexion engagée au sein du ministère et des diverses structures professionnelles du secteur a débouché sur l’adoption d’une nouvelle stratégie visant à permettre à la Tunisie de se libérer progressivement de l’hégémonie des groupes de vente en gros étrangers.


Portail de vente en ligne
Le premier axe de la nouvelle stratégie s’articule autour du développement de la vente en ligne. D’autant plus qu’une récente étude réalisée pour le compte des principaux tour-opérateurs européens a montré que 80% des voyages se décident désormais sur Internet. Dans ce cadre, l’intérêt se porte sur le lancement d’ici début 2010 d’un portail de vente de voyages en ligne à l’image des sites Expédia.fr ou encore Opodo.fr. Ce portail, qui devrait être mis en ligne par le ministère en association avec des investisseurs privés, doit permettre à la Tunisie de se protéger contre les politiques purement commerciales des tour-opérateurs privés, comme l'allemand TUI ou le britannique Thomas Cook. Ces derniers viennent, d’ailleurs, de supprimer plusieurs dessertes aériennes jugées «peu rentables» vers la Tunisie.


Ouverture du ciel
La libéralisation du ciel constitue le deuxième axe majeur du nouveau modèle de développement du tourisme tunisien. Des accords permettant aux compagnies aériennes charter et low-cost de desservir, sans restriction, la Tunisie devraient être signés à partir du deuxième semestre de l’année en cours, indique-t-on au ministère du tourisme. Ces accords doivent permettre d’allonger les durées de séjours des touristes étrangers en Tunisie puisque les séjours courts sont jusqu’ici imposés par les tour-opérateurs européens cherchant à garantir la rotation des flottes aériennes.
Selon les professionnels tunisiens, la destination a pâti jusqu’ici d’un «protectionnisme excessif» du ciel, justifié par des craintes d’un effondrement du pavillon local en cas d’arrivée massive de compagnies aériennes étrangères. Le boom des lits d’hôtels (253 mille lits contre près de 150 mille lits pour le Maroc) ne s’est pas, en effet, accompagné d’une augmentation importante en terme de sièges d’avions. Hormis Transavia, filiale d’Air France-KLM, le ciel tunisien reste hermétique aux compagnies low-cost. La Tunisie compte en effet beaucoup moins de liaisons aériennes avec l’Europe que le Maroc, où opèrent près d’une cinquantaine de compagnies depuis l’entrée en vigueur, en 2006, de l’accord d’Open Sky, avec l’Union européenne.
Deuxième pourvoyeur en devises avec des recettes d’environ 1,9 milliard d’euros en 2008, le tourisme contribue à raison de 7% au PIB de la Tunisie et couvre 65% du déficit de la balance commerciale du pays. Avec 230.000 lits répartis sur 814 unités hôtelières, il génère 380.000 postes d’emploi directs et indirects.


Walid KHEFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com