A l’heure des élections des divers B.F. : Sur fond de condamnation du discriminatoire article 39





A l'instar des autres fédérations sportives qui ont tenu leurs A.G. électives respectives, conformément aux nouveaux statuts approuvées préalablement lors des A.G. extraordinaires, la F.T. Boxe organise, aujourd’hui, ses propres assises. L’occasion de revenir sur l’article 39, objet de toutes les polémiques. 
Il s’agit de l’article qui, dans son alinéa 3, stipule que “tout candidat à l’accession au Bureau fédéral doit avoir un niveau d’instruction égal ou supérieur à la deuxième année supérieure accomplie”. Cet article n’a pas manqué, en fait, de susciter un tollé général auprès d’une frange de  dirigeants se prévalant du niveau de baccalauréat seulement et qui le considèrent générateur de marginalisation éhontée et d’exclusion arbitraire. Pour ces dirigeants, pour la plupart d’anciens responsables derrière eux de longues années de labeur ininterrompu et d’irréductibles efforts en faveur du Sport, et ce au sein des Bureaux directeurs des associations sportives ou même des Bureaux fédéraux avec d’éminentes responsabilités, cette mesure est cruellement discriminatoire. Elle est même illégale. Vu le caractère légitime et tout bien pensé, fondé de cette doléance, nous avons jugé utile et opportun, de permettre aux lecteurs et aux sportifs en général d’y voir plus clair dans ce méli-mélo juridico-sportif. 
La remise en question de l’article 39 doit être appréhendée, à notre sens, à partir de divers angles, au nombre de 4.


Entorse aux lois
Cet article, issu d’un amendement aux nouveaux statuts, a la condamnable particularité d’être en porte-à-faux avec les lois et les législations inhérentes aux structures sportives, en référence à la loi 154 de l’année 1959, datée du 07/11/1959. Ce fameux article, par ailleurs, ne peut, en toute logique, battre à plate couture les dispositions de l’article 6 de la Constitution tunisienne qui stipule que “Tous les citoyens jouissent des mêmes droits et obligations et sont égaux devant la loi”, ni celles relatives à l’article 8, selon lesquelles “la liberté  d’opinion, d’expression, de presse, d’édition, les réunions, les associations sont garanties, conformément aux conditions délimitées par la Loi”. En outre, ce rehaussement du niveau d’instruction, à l’origine de l’opération d’exclusion en question, est en totale contradiction avec l’exception faite à l’article 41 de ces mêmes nouveaux statuts à l’endroit des entraîneurs, joueurs et arbitres, non concernées par les conditions 3 et 6 se rapportant au niveau d’instruction et à l’ancienneté comme dirigeant. Idem de l’article 91 qui dispense la gent féminine de la condition relative à l’ancienneté en tant que dirigeante. 
Par ailleurs, et contrairement à ce qui a été certifié par le ministre de la tutelle en personne lors du point de presse tenu avec les médias, cet article 39 n’est nullement en harmonie avec les législations sportives internationales et les lois en vigueur au sein du CIO. Toutes ces instances n’ont jamais fait allusion au niveau d’instruction, privilégiant des critères spécifiques tels que la compétence, l’expérience, l’intégrité, la probité morale et intellectuelle, la crédibilité, le rayonnement, le tout couronné par un entretien avec un jury ou facultativement la recommandation auprès des fédérations sportives par le truchement de hautes et éminentes personnalités sportives. Nous n’avons qu’à nous référer, à titre indicatif, à la nomination de Michel Platini, à la tête de la  puissantissime UEFA.


Atteinte au droit acquis
De surcroît, et pour rester dans le cadre de la F.T.Boxe., cet article 39 est en totale dissonance avec le contenu du communiqué du 19 septembre 2008 qui a ouvert la voie des urnes aux candidats détenteurs du baccalauréat ou son équivalence. Et même si l’A.G. élective, fixée pour le 25 octobre 2008, a été reportée par la suite à une date ultérieure, les candidats initiaux, devraient légalement jouir d’un droit acquis. 


Violation du principe de l’égalité
Par ailleurs, l’article 39 transgresse tangiblement le principe inviolable de l’égalité, dans la mesure où il donne à lire une flagrante discordance, comme mentionné plus haut, avec les articles 41 et 91 de ce même statut des fédérations sportives olympiques se basant sur le scrutin de liste. Ce hiatus consiste à offrir sur un plateau d’or aux entraîneurs, joueurs, arbitres d’une part, et aux femmes de l’autre, une exemption, synonyme de privilège, de favoritisme et de passe-droit. Il s’agit là, irréfutablement, d’une mesure insane et extravagante et qui cultive la règle des deux poids, deux mesures. 


Sapement du travail associatif
Autant attester, par ricochet, que cet article 39 permet l’accession d’un nouveau profil de dirigeants sans aucune expérience de la gestion, aux divers bureaux fédéraux et corrélativement, exclut les dirigeants civils qui ont œuvré pendant un long bail. Cette mesure ne fait donc que vider le tissu associatif d’une large frange de ses animateurs inconditionnels. Logiquement, la vraie place des anciens entraîneurs, joueurs et arbitres, dénués de toute expérience et parfois même sans le minimum de niveau d’instruction requis, est au sein des différentes commissions, et non du Bureau fédéral proprement dit. 
A la lumière de tous ces éclaircissements, il serait, pour ainsi dire, sage et judicieux de procéder à l’annulation pure et simple de l’article 39, alinéa 3, des nouveaux statuts des fédérations sportives, pour sa totale inadéquation avec les législations internationales, les principes de la Charte olympique et surtout la Constitution tunisienne. A ce propos, il est à rappeler que ni le Président de la République, l’instance exécutive suprême, ni un député du Parlement ou de la Chambre des Conseillers, ne sont sujets à pareille restriction ou mesure cœrcitive. Quant à la procédure à adopter, il incombe, une nouvelle fois, au ministère de tutelle de trouver la panacée. Afin de réparer une monumentale et humiliante injustice  à l’endroit d’honnêtes citoyens, de hauts dirigeants s’étant voués avec abnégation à la cause du sport et d’éviter le dangereux amalgame entre le niveau d’instruction et le niveau culturel, humain et social, attendu que par les temps qui courent, licence, une maîtrise ou même un doctorat es n’importe quoi, ne sont pas toujours garants d’efficience. 
Entre le savoir et le savoir-faire, il y a tout un monde.


Wahid Smaoui




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com