Après la victoire du TAC en finale de la Coupe de Tunisie (Dames) : Le sacre de la persévérance





La finale de la coupe de Tunisie entre l’ASF Sahel et le TAC a constitué un remake de celle de 2007 qui avait vu l’ASF Sahel l’emporter. Le TAC a cette fois pris sa revanche, et de belle manière...
Le charme de Dame Coupe est qu’elle n’obéit pas aux règles préétablies. Que dire alors d’une finale  avec tous ses ingrédients. Le premier paramètre qui fait souvent la différence est la motivation réelle qui anime un groupe. Une grande partie du match se joue dans la tête. Le mental est d’une importance capitale.
Ainsi, sur une rencontre, tout devient du domaine du possible. Dans ce contexte, le TAC savait à qui il avait à faire. Son adversaire du jour n’était pas le premier venu. Il s’agissait du champion en titre qui n’a pas perdu le moindre match face à ses adversaires directs. En outre, c’est l’équipe qui a terminé son parcours avec la meilleure attaque, mais aussi la meilleure défense, soit comme l’année écoulée.
Et comme cette domination ne suffisait pas, le rayonnement de l’ASF Sahel va atteindre toute l’Afrique du Nord avec un titre de champion ramené d’Egypte. Le président de l’ASF Sahel, Kamel Romani, connu sur la scène nationale pour sa profonde connaissance du sport féminin ne cache pas sa fierté : "nous avons été invaincus en championnat durant deux années consécutives grâce à notre sérieux dans le travail et notre régularité dans les résultats. Pourtant, cette saison, j’étais obligé d’écarter quatre bons éléments dont deux internationales. Pour moi, sans discipline, on ne pourra jamais bâtir un champion. Les résultats au sein de l’ASF Sahel ont toujours été une question secondaire".
"L'obéissance est un métier bien rude", avait dit un jour Corneille. En tout état de cause, l’ASF Sahel n’a pas à rougir de sa défaite en finale. L’équipe s’est battue et a menacé le TAC jusqu’aux ultimes secondes du match. Il suffisait de trois fois rien pour que toute la donne change. L’ASF Sahel a probablement fait preuve d’une certaine fatuité, toutefois son parcours est exemplaire. Avec un championnat de Tunisie, une Coupe d’Afrique du Nord des clubs champions et une finale de coupe de Tunisie, c’est du presque parfait.


Maroua Chebbi au Canada
Dans tout cela, il ne faut pas occulter le mérite du Tunis Air Club. Présenté en victime expiatoire face à l’ogre soussien, il s’était fait discret et s’était préparé loin des yeux et du tapage. Il est vrai qu’au cours des deux dernières saisons, il n’a pas remporté le moindre match face à son adversaire du jour. L’ASF Sahel était en quelque sorte inaccessible, un vrai mastodonte, sa bête noire.
Dans ce contexte, les Aviatrices ont mis le paquet pour établir un vrai plan de bataille afin de contrecarrer l’attaque sahélienne. Une attaque composée de joueuses rapides qui a inscrit plus de 50 buts cette saison. Tel était le dilemme des Aviatrices. Comment venir à bout des Troudi, Kouraïchi, Mamay, Jébali et tutti quanti ?
Toute la réussite du TAC vient de là. Sans complexes, les Aviatrices ont fait prévaloir leurs atouts et ils sont nombreux. Au comportement quasi exemplaire de la défense où nous avons apprécié le courage de la gardienne de but Sana Mahbouli, les qualités de relance de Racha Riabi, la bonne lecture de jeu de l’expérimentée Hasna Ben Amor et la vigilance de Mériem Hammami et Refka Labidi, il faut ajouter la bonne tenue du milieu du terrain qui a empêché l’ASF Sahel d’utiliser convenablement ses rampes de lancement.
A cet effet, nous ne pouvons passer sous silence les excellentes prestations de Haïfa Guedri et Maroua Chebbi. Plus présentes physiquement —il est clair qu’elles ont travaillé sérieusement ces derniers temps— elles ont pu faire prévaloir leurs qualités techniques indéniables. Haïfa Guedri a donné le tournis à ses adversaires par ses incursions balle au pied qui lui ont permis de créer le surnombre près de la surface de réparation.
Maroua Chebbi, a été impériale sur son côté gauche. Il était vraiment difficile de la tenir en laisse et ses centrages au cordeau constituent toujours une problématique. Maroua termine en beauté son aventure avec le TAC puisqu’elle jouera l’année prochaine sous d’autres cieux, plus froids. Le Canada et plus précisément le Québec sera sa prochaine destination.
A ces deux joueuses, il ne faut pas oublier Oumeyma Maaouia qui, en dépit de qualités intrinsèques incontestables a évolué un ton en-dessous. Et cela arrive aux meilleurs joueurs du monde d’être dans un jour sans. Nous comprenons donc la déception de la joueuse qui a été remplacée assez tôt par son coach.
En attaque Intidhar Dhifi et surtout Zina Hidouri ont donné du fil à retordre à leurs anges gardiens. Bref, le TAC savait que sa mission était délicate et qu’il avait tout à gagner et rien à perdre face à un super favori. Son mérite est d’avoir cru en ses chances et en ses qualités. Son sacre historique est celui de la persévérance. Il va certainement ouvrir une nouvelle page dans le parcours futur de l’équipe…


5 ans déjà …
Après l’UST, l’ISSEPC Kef et l’ASF Sahel, c’est donc  au tour du TAC d’inscrire son nom au palmarès du football féminin. Un football féminin qui termine son 5e exercice. 5 ans déjà et que de progrès. Samedi, au stade d’El Menzah, c’était la fête même si on aurait aimé voir davantage de monde. Il est clair qu’il va falloir faire davantage d’efforts au niveau de la médiatisation pour instaurer de nouveaux réflexes. Beaucoup de gens, le large public sportif, n’ont pas d’idées sur ce qu’une Imen Troudi, une Sabrine Mamay, une Maroua Chebbi ou encore une Haïfa Guedri sont  capables de faire avec un ballon. Et elles ne sont pas les seules.
Le travail accompli est certes important, mais celui qui reste à réaliser l’est davantage. Et là nous profitons de cette occasion pour attirer l’attention de la tutelle et de la fédération sur les obstacles qui entravent encore un développement plus rapide du football féminin.
Le premier qui est le plus important a trait à l’infrastructure et aux conditions de travail. Rares sont les clubs féminins qui possèdent leur propre terrain d’entraînement. Les filles se contentent systématiquement de miettes. Elles viennent toujours après les garçons. Certaines s’entraînent sur des terrains en terre battue, d’autres sur des demi-terrains, parfois les entraînements se terminent à des heures tardives, ce qui n’encourage pas les familles à autoriser leurs filles à pratiquer leur discipline favorite etc.
Si les seniors sont confrontés à ce genre de problèmes, que dire alors de la catégorie en-dessous, celle des cadettes. Beaucoup de clubs ont créé cette catégorie par obligation puisque les règlements les y contraignent. Mais, dans la réalité, le travail de base est quasiment absent et la relève est aléatoire. Même les entraîneurs chargés des jeunes catégories n’ont pas le profil adéquat. Reste qu’à ce niveau, le problème est plutôt général. Pour cette raison, nous aimerions que la direction technique nationale fasse preuve d’ubiquité. La formation est une condition sine qua non pour le développement sur des bases solides pouvant assurer à la Tunisie une place de choix sur l’échiquier continental et régional.
En réalité, actuellement, les catégories cadettes vivotent tout autant que les catégories seniors. Nous ne parlerons pas des difficultés financières et des problèmes de financement qui sont encore plus vivaces en sport féminin.
Enfin, nous parlerons de l’encadrement, car notre discours est loin d’être exhaustif et les maux du sport féminin sont bien plus nombreux et complexes et cet article n’a pas la prétention de les cerner. C’est une lapalissade que de dire que la Tunisie, au niveau de l’émancipation de ses femmes, est une référence dans la sphère arabo-musulmane, mais également africaine. La femme tunisienne scintille désormais à tous les niveaux et sa présence tant dans les universités que dans les postes de direction, dans tous les secteurs, n’est plus à démontrer. Paradoxalement, dans ce pays ouvert qui offre toutes les conditions d’épanouissement, la sportive tunisienne se fait discrète. Il est temps que les mentalités changent sous nos cieux. Il faut que les familles n’aient plus la moindre appréhension pour envoyer leurs grandes demoiselles pratiquer dans nos associations leurs disciplines sportives préférées. Pour cela, il est plus que primordial pour que l’environnement des clubs féminins soit irréprochable. Il ne faut surtout pas transiger avec les fautifs, qu’ils soient entraîneurs, responsables, public etc. Le cadre où évoluent nos filles doit être attrayant, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas…


A.S.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com