Bloc notes d’un festivalier / L’Avenue saisie par une folie ludique





La culture dans la rue, éclatant en mille bourgeons sur la place publique. Tout au long de l’avenue Bourguiba, cette artère somnolente, que dis-je, hibernée depuis de très longues années, c’est la fête, l’éclatement, l’euphorie générale. Cela fait longtemps, très longtemps, que les Tunisiens n’ont pas vécu une telle liesse spontanée. L’événement c’est les JTC, les noces solennelles du théâtre dont la célébration se renouvelle chaque deux ans, depuis 20 ans. Une occasion ultime, devenue rituelle, qui offre aux Tunisiens l’opportunité de se délivrer du ronronnement stressant de leur quotidien et de leurs bénignes préoccupations bêtifiantes. Juste l’espace d’une semaine, le temps de se ressourcer dans l’atlandide de l’intellect, avachi et étouffé, et immerger dans la mémoire du Moi, dont subsistent encore quelques cendres de la flamme prométhéenne. L’heureuse surprise de cette 11ème session, le phare lumineux ce sont effectivement ces spectacles éclatés et auxquels ont pris part les différentes délégations participantes, qui se sont ingéniées à animer, chacun à sa manière, la principale artère de la capitale. C’est par ce moyen qu’on arrive à intéresser le Tunisien au théâtre et à l’impliquer progressivement. Griots et fdaouis Tout le monde a été abasourdi, impressionné et même secoué, par ces spectacles authentiquement africains du Griot - Fdawi chez nous, mais en peu plus dramaturgique et actuel — qui charme, qui râle, les problèmes et la tragédie de l’Homme africain, ses contradictions et ses déchirures. Il évoque le passé avec un souffle nostalgique, dénonce et vomit le présent et interpelle l’avenir avec inquiétude et espoir. Des moments sublimes, chargés d’émotions. L’autre révélation, quoiqu’en moins dramatique, c’est le spectacle de chevaux-marionnettes de Ayed Maâkel, intitulé «Farès El Medina» ou «Farès El Mahfel». C’est authentiquement tunisien, un spectacle qui nous reproduit quelques bribes de notre culture, de nous mêmes. Ayed doit creuser un peu plus profondément, en ne se contentant pas de se limiter à la dimension spectacle, il doit chercher un canevas dramaturgique puisé dans notre patrimoine bédouin, de nature à conférer une certaine théatralité à son excellent travail. Il nous a promis de le faire, attendons pour voir. M. BEN AMMAR


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com