«Made in Tunisia» : Sacré Lotfi Abdelli !





Au programme de «Made in Tunisia» de Lotfi Abdelli, le ‘’one-man-show’’ donné samedi soir au Théâtre municipal, des performances de danse peu banales et un théâtre caustique et désopilant qui a du grinçant.
Un public en délire. Une salle du Théâtre municipal complètement conquise, qui se lève en fin de performance pour bisser, applaudir et acclamer Lotfi Abdelli qui présente pour la première fois un ‘’one-man-show’’. Samedi dernier, notre danseur national a pu donner de l’élan à notre théâtre du ‘’one-man-show’’ que des intrus asphyxient. Notre théâtre respire encore… Avec son humour ravageant qui s’ajoute à des tableaux de danse moderne à couper le souffle, Lotfi Abdelli s’est gaussé de tous ceux qui n’ont que la parole pour donner du ‘’one-man-show’’. Il se raille aussi de tous ceux qui montent des spectacles ‘’prise de tête’’ autour des temps ‘’crisiques’’ que nous vivons : crise de l’identité, crise économique… Avec la complicité de Chadly Arfaoui et Moez Gdiri pour la mise en scène et de Yalil Prod pour la production, Lotfi Abdelli s’est produit comme un grand au théâtre pour donner à voir une performance d’un Grand du théâtre.
Dès l’ouverture pétaradante avec un tableau de danse moderne et la cascade de gags sur les footballeurs tunisiens, on s’esclaffe des divagations de ce drôle  de Lotfi qui fait rire jaune et aux larmes. Même si le début de la pièce était quelque peu mou, l’artiste s’est rattrapé surtout lorsqu’il change de registre pour s’attaquer aux malaises de notre société qui s’enfonce de plus en plus dans le superficiel de l’apparence fallacieuse. Les critiques fusent explosant dans un feu d’artifice d’humour à la manière d’un Lamine Nahdi qui au fond de la salle rit aux éclats et ne cachant pas son enthousiasme rejoint l’artiste en fin de performance pour le prendre dans ses bras. D’autres artistes présents ce soir-là ce sont bien amusés comme c’est le cas de Nouri Bouzid qui a hélé Lotfi ou encore Mohamed Ali Ben Jomaa, Jouda Najah, Mohamed Jébali, Brahim Ltaief, etc.
Cet artiste déchaîné n’obeit qu’au plaisir de voir son public s’esclaffer. Pas de problème. Ça marche, plein souffle même si l’artiste s’essouffle en fin de performance au risque de trébucher sur certains mots. Mais ce n’est pas si grave car Lotfi Abdelli finit par révéler ses dons insoupçonnés de comédien du ‘’one-man-show’’. Le public ne décroche pas et suit la palpitante aventure artistique d’un Lotfi qui s’improvise tour à tour  travesti, soulard ou intellectuel raté, ou encore un clochard indigent, ‘’Gassa’’,... Il porte à merveille toute la brochette de personnages qu’il campe et enchaîne sans temps morts les situations loufoques et hilarantes. Son registre est vaste. Il sait tout faire ce comédien accompli qui se met en danger et danseur talentueux qui peut même virevolter sur les airs classiques d’un Vivaldi. Lotfi a plus d’un tour à ses compétences.
Il n’a pas peur non plus de s’exhiber. Il parle de quelques aspects de sa vie d’enfant à l’âme bleu autant timide et sage qui eut longtemps à souffrir des quolibets de ses camarades. Adolescent il commence sa carrière de danseur en tapant du pied pour briser le long et pénible silence qui entoure son enfance difficile et faire plus de bruit possible en méritant du championnat de danse contemporaine dans les années 80. Au-delà de cette histoire personnelle, Lotfi Abdelli dresse à grands traits le portrait représentatif de toute une génération de jeunes des quartiers populaires livrés à eux-mêmes.
L’objectif de la pièce est d’amener les spectateurs à rire avec lui de ces malheurs qui pèsent lourd sur lui. Mais aussi de tourner en dérision des riches dont le pouvoir ne garantit pas l’excellence morale et psychologique. Il s’est moqué d’eux car parce qu’à beaucoup d’égards ils sont des gens comme les autres. Ils obéissent à des réflexes relationnels qui parfois les ridiculisent. C’est peut-être aussi parce que tout le monde n’a pas envie de se moquer des grands et de frôler le ‘’politiquement incorrecte’’ que cette pièce portée à la scène ira jusqu’au sommet. Lotfi Abdelli a réussi à concevoir une sorte d’abrégé réaliste. On passe une excellente soirée.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com