Abdelaziz Maherzi : Les confidences de M. Vaudeville





Débordant d’enthousiasme et de spontanéité, Abdelaziz Maherzi ou M. Vaudeville comme le nomment ses confrères a toujours un mot à dire. Une position à marquer ou une réplique à donner.
Plus de 42 ans de passion et de patience. Le théâtre semble être le seul grand amour pour Abdelaziz Maherzi. Amour qui se nourrit jour après jour des lectures et des échanges… et de beaux souvenirs. Souvenirs heureux qui combattent les moments de tristesse qui surgissent d’un temps à autre. Jeune mordu du 4e art, Abdelaziz Maherzi a eu l’honneur de jouer dans «Lorca », à l’ouverture du Festival international de Carthage en 1975. Un événement qui continue à le marquer comme si c’était hier, à le faire rêver et à attiser sa passion fougueuse pour la scène. Pour l’art. En feuilletant l’album de souvenirs, notre artiste n’oublie guère ses compagnons de route. Des hommes et des femmes qui se sont donnés corps et âme aux planches. Une pensée douce à Aly Ben Ayed, Abdelmajid Lakhal, Mona Noureddine, Béchir Drissi, Hamda Ben Tijani, Amor Zouiten, Aziza Boulabyar… et d’autres comédiens qui ont combattu et combattent encore, pour l’amour du 4e art. « Pour moi et je dis bien pour ma génération, Le théâtre Municipal est plus qu’un espace de représentations. C’est un lieu de mémoire. J’ai vécu mes plus beaux jours dans ce lieu de charme. Je dis même que ma vie est étroitement liée à chaque pierre, à chaque coin de ce splendide théâtre… En passant, j’ai toujours l’impression d’écouter les soupirs des artistes qui ont lutté pour un théâtre tunisien», se souvient l’artiste, sur un ton nostalgique… plutôt triste. De la tristesse car tout a changé.
«J’ai de la peine pour mes confrères qui se retrouvent parfois devant des sièges presque vides. De la peine pour ces artistes qui ne trouvent pas des espaces de représentations. La salle du Théâtre National continue à fermer ses portes devant les artistes tunisiens. Le Théâtre Municipal aussi. L’artiste doit payer pour pouvoir jouer ! Et les frais ne sont jamais abordables… Car il faut ajouter à la location de la salle (1.200DT), les frais de l’équipement… Est-ce qu’il y a aujourd’hui en Tunisie, des artistes qui peuvent payer toutes ces sommes ? » s’interroge M. Vaudeville. Une appellation qui ne dérange guère Abdelaziz Maherzi. Compliment ou reproche ? L’artiste assume ses choix. « Je suis fier et je ne me sens pas gêné. J’ai déjà 42 ans d’expérience et je suis satisfait car j’ai essayé tous les registres. J’ai eu l’occasion de jouer dans des grands classiques et de mettre en scène des vaudevilles. Il y a des artistes qui dénigrent le vaudeville, qui le considère comme un genre mineur. Dommage ! Car travailler sur un vaudeville, n’est jamais une mince affaire. Il faut essayer avant de lancer des préjugés! », commente l’artiste qui a à son compte des dizaines de “vaudevilles” réussis, créés dans le cadre de la Troupe de la ville de Tunis ou avec des compagnies privées. «Foundou», «Wa yahlou essahar», «Rebelote», « Ah, Ah ya Mahbouba ! »… et d’autres titres vaudevillesques ponctuent bel et bien le parcours de cet infatigable metteur en scène et comédien. Ancien producteur et animateur à la télé, Abdelaziz Maherzi sait faire le bonheur des téléspectateurs, chaque fois qu’il passe sur le petit écran. Le rôle de «Am Tahar » dans le feuilleton « Sayd Errim » (La chasse aux gazelles), diffusé ramadan dernier, en témoigne. Mais attention, il ne faut jamais user du mot « Créateur » en parlant avec lui. «Je déteste le mot créateur. Nous sommes des hommes de théâtre, des artistes. Nous essayons, nous expérimentons, nous travaillons sur plusieurs registres… La création est un concept où se croisent plusieurs facteurs. Pour nous, nous sommes encore loin, tant que l’artiste doit peiner pour pouvoir présenter son travail», s’insurge M. Vaudeville, ajoutant qu’il a été choqué de voir que lors de la célébration du centenaire de théâtre tunisien, on a oublié de parler d’artistes qui ont consacré leur vie au 4e art. Des hommes comme Béchir Rahal, Hassen Khalsi, Hamouda Maâli, Abdelmajid Boudidah, etc.
Des projets en cours ? Abdelaziz Maherzi continue ces jours-ci à peaufiner sa nouvelle pièce. «C’est un boulevard dont la première aura lieu dans le cadre du Festival international de Hammamet» nous confie le metteur en scène, préférant garder les secrets de l’histoire. Y a-t-il des messages à passer? «Je n’ai pas de message à transmettre. Je n’ai qu’un sourire à partager», espère Maherzi.


Imen ABDERRAHMANI  




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com