Taoufik Jebali : Pour en finir avec le misérabilisme





C’est toujours avec un plaisir renouvelé que l’on retrouve Taoufik Jebali. Cette fois c’était lors de la conférence de presse tenue, hier matin, autour du spectacle qu’il signe pour l’ouverture du festival de Hammamet, "Manifestou Essourour".
Taoufik Jebali parle abondamment, ironiquement, avec humour. Il lance les propos en l’air, enfile les commentaires pince-sans-rire. Mais —il fait rire tout de même— Cette fois il nous parle notamment de Ali Douagi. "Affubler Douagi du titre de "Fannen El Ghalba" m’indispose profondément, car de tous ses titres et écrits brillants, n’est mise en avant que cette étiquette vétuste qui humilie l’artiste et le fige dans cet état de nécessiteux quémandant pitié et assistance. Nous aimons un Ali Douagi, grand artiste aimant les petites gens. Nous aimons à la présenter et à le représenter fier, digne, malicieux, avec son imaginaire débridé, satirique, fin, tendre et coquin" avance Taoufik Jebali. De là est née l’idée de monter sur scène "Douagiette" ou encore "Manifestou Essourour" un titre qui renvoie au journal que notre Douagi national qu’il a fondé avec un collectif de ses contemporains dans les années 30. Ce Douagi, qui de son trait plaisant et sa saillie d’esprit, a déversé une encre essentielle dans l’histoire de la littérature tunisienne.  Et pourtant il a vécu, comme il le disait lui-même, "Fannen Al Ghalba" (L’artiste de l’infortune). Le temps est venu alors pour  immortaliser les écrits de cet artiste, nouvelliste, journaliste, homme de théâtre et caricaturiste qu’il était. «Douagi a écrit quelque 300 pièces de théâtre, 150 nouvelles et 150 chansons». «Est-ce qu’il y a quelqu’un parmi nos contemporains qui a pu égaliser Ali Douagi? " se demande Jebali qui se déclare un fervent admirateur de l’écrivain tunisien considéré marginal. «Je découvre et appréhende Ali Douagi, car mes connaissances de cet intellectuel averti, tout comme celles des Tunisiens, sont restées jusque-là restreintes», ajoute-t-il. De là est née l’idée d’assortir Douagi à notre époque. C’est aussi le monter dans un spectacle qui parle la langue de notre temps. Taoufik  Jebali et Raja Farhat  le duo artistique qui signe ce spectacle de quelque 130 artistes n’ont pas manqué de revoir quelques détails et d’en rajouter d’autres. Mais l’esprit de Douagi ne perd aucunement de sa charge humoristique désopilante et parfois caustique.
L’écriture de Douagi était nettement en avance sur celle, presque formaliste des auteurs de  son époque. Sa saillie d’esprit, sa verve endiablée et la nouveauté de ses idées faisaient de lui un Grand du paysage artistique. Jebali le pense. Il s’y identifie, d’ailleurs.  Car s’il y a un point commun entre ces deux artistes de deux temps différents, ce serait cet humour ravageur et cette originalité naïve et franche de nous livrer une image de la vie sociale. Tous deux gardent toujours leur pouvoir sur les mots. Rien n’est plus spécifique, en définitive, que cet esprit plaisant qui déforme les apparences de la réalité pour en dégager les aspects insolites ou contradictoires.  Révélateurs dans tous les cas.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com