Ahmed Achour : «L’arrangement musical est un dérangement…»





Trente ans déjà et quelques poussières. Cela fait un bon bout de temps qu’Ahmed Achour menait à la baguette ses musiciens  de l’Orchestre symphonique tunisien.
Est-ce que l’orchestre symphonique est une réussite dans notre pays ?
L’orchestre symphonique est une grande réussite. D’un côté il a permis depuis 1969 à plusieurs Tunisiens de s’adonner à ce genre musical, de découvrir  le large répertoire symphonique; d’un autre côté, il a permis au grand public de connaître les chefs d’œuvres du répertoire symphonique.
Mais c’est un art élitiste. Qu’en pensez-vous ?
Tout art est élitiste. Quelque soit le genre artistique. Même l’art  folklorique est élitiste. Mais il faut tout de même le connaître, on ne peut pas aimer la musique symphonique si on n’a pas des notions en la matière. Il faut s’initier à cet art pour l’appréhender et l’apprécier.
Quelles sont les œuvres majeures que vous avez composées pour l’Orchestre symphonique tunisien ?
Il y en a beaucoup. Mais je peux vous citer à titre indicatif, "100 œuvres pour orchestre symphonique". Pour les petits ensembles et la musique de chambre, je cite, "Mosaïque de mon pays", "Variations orientales pour orchestre" et "Concerto n° 1 en la mineur pour violon et orchestre" qui a été interprété par la virtuose Yasmine Azaiez, …
Que faites -vous pendant l’été ?
En été, je trouve beaucoup plus de temps pour ma famille et pour me reposer. J’ai deux enfants, Heithem, qui est assistant à l’ISM de Sousse et Rym assistante à l’ISM de Tunis. Après une année consacrée à l’enseignement universitaire et aux répétitions de l’orchestre, je prends mon temps pendant l’été pour composer en toute tranquillité. Je lis des livres liés à la musique, des comptes-rendus de conférences portant sur la musicologie… J’écoute de la musique symphonique contemporaine, du jazz et de la musique folklorique. Car pour moi il faut appréhender le déjà  existant, la musique folklorique pour créer des œuvres nouvelles.
Que pensez-vous de l’arrangement qu’on apporte à la musique tunisienne pour en faire des œuvres symphoniques, comme c’est le cas du travail effectué sur l’œuvre de Saliha, par Ouanès Khligène et Kamel Ferjani ?
Selon moi l’arrangement est un dérangement que l’on occasionne à des œuvres authentiques. C’est le gagne pain favori des gens en mal d’inspiration. Soit on est artiste créateur d’œuvres soit on ne l’est pas. On dit que la chanson tunisienne est en crise. Mais cela est dû en partie au fait que certains délaissent le travail créatif pour plancher sur le patrimoine musical, parce qu’ils savent que ce répertoire est apprécié du public large. Le patrimoine musical doit rester en tant que tel.
Que faut-il faire pour vulgariser la musique symphonique ?
Il faut miser sur les jeunes. L’éducation musicale commence dès l’école. On peut par exemple inviter de jeunes élèves à des concerts. Il faut aussi multiplier les concerts à Tunis et dans les grandes villes du pays. Pourquoi  pas intégrer la musique symphonique dans les festivals d’été… ? L’environnement sonore dans lequel nous vivons ne permet pas aux jeunes d’avoir une culture musicale classique. Dans les rues de la capitale, on n’entend que des chansons médiocres. La même chose dans les chaînes de TV satellitaires arabes, y compris tunisiennes. On passe des musiques sans valeur artistique sous prétexte d’encourager les jeunes à s’exprimer… L’enseignement musical dispensé dans les lycées ne suffit pas pour contrer ce phénomène.


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com