Lotfi Achour raconte son «Hobb story : ouvrir par ici» : De ces schizophrènes d’aujourd’hui, parlons-en…





Peut-on empêcher un cœur d’aimer? Le metteur en scène Lotfi Achour a erré dans les territoires des cœurs en cendres, peignant l’amour aujourd’hui. Amour qui se nourrit des peines, des peurs et des désirs ! Rendez-vous ce soir avec  “Hobb story : ouvrir par ici». Histoires de tous les coins du monde arabe où on «distribue» gratuitement «L’amour: mode d’emploi». 
«Hobb story : ouvrir par ici», titre dérangeant qui porte une charge critique surtout avec cette indication de mode d’utilisation. Que peut-on savoir sur la genèse de cette création qui marque votre retour sur la scène tunisienne?
 Cette nouvelle œuvre est une fiction-documentaire et théâtrale où je focalise sur les paradoxes qui ponctuent les discours amoureux aujourd’hui. Je ne cherche ni à critiquer ni à juger le comportement amoureux. Je n’ai fait que raconter et représenter ce décalage entre ce que nous vivons et ce que nous déclarons… Il y a une fracture immense qui fait de nous des schizophrènes. «Hobb story : ouvrir par ici» souligne cette schizophrénie collective dans laquelle nous vivons. Un labyrinthe. Le discours amoureux dans le monde arabe a changé aujourd’hui. Rien n’est resté de cette forte et ancienne tradition littéraire tissée et inspirée de l’amour. On a l’impression que parler d’amour et de sexualité est devenu de nos jours un tabou. On ne parle de ces deux sujets que peu et d’une manière détournée, déformée comme si nous craignions l’amour. Dans le monde arabe, nous avons une seule et unique représentation de l’amour… Représentation officielle et statique, pourtant il y a d’autres représentations. Le concubinage y compris.
La fiche technique de votre création comprend différentes signatures pour la dramaturgie. Pourquoi avez-vous opté pour l’écriture collective?
D’abord, j’ai co-signé l’histoire dans l’ensemble avec Anissa Daoud. Nous avons mis noir sur blanc les grandes lignes et les orientations de l’œuvre. Puis et en discutant avec toute l’équipe, nous avons enrichi au fur et à mesure l’œuvre. Chacun a apporté sa propre contribution pour bien broder un discours contemporain sur l’amour. «Hobb story» est un kaléidoscope du quotidien amoureux dans le monde arabe. Entre l’amour vécu et l’amour rêvé, il y a une grande différence. Et c’est ce que nous voulons peindre et c’est dans cet esprit que nous avons ouvert la porte pour que le comédien apporte sa touche personnelle. C’est une œuvre que nous avons tissée dans le détail en usant de divers matériaux textuels et visuels. La genèse de cette création s’est faite sur plusieurs étapes et a pris beaucoup de temps. J’ai commencé la réflexion sur «Hobb story» il y a longtemps. Déjà, les entretiens m’ont pris plus de 6 mois.
Pouvez-vous nous expliquer davantage la démarche que vous avez suivie pour donner le jour à cette «Hobb story» ?
J’ai récolté durant des mois les avis des gens, de différentes cultures et nationalités, mais d’origine arabe, sur l’amour et la sexualité. J’ai beaucoup de matière visuelle qui présente les différentes visions que les interviewés portent de l’amour. J’ai eu de nombreux entretiens sur l’amour, le sexe, l’homosexualité pour avoir une image complète et claire de ce que pensent les Arabes aujourd’hui sur ces thèmes. J’ai dû faire une sélection très minutieuse pour extraire quelques fragments afin d’enrichir le texte, pour pouvoir raconter cette «Love story» dont le cadre est le monde arabe. Outre ces témoignages et ces recherches, j’ai usé des livres de développement personnel. J’ai même choisi des manuels écrits en langue arabe. J’ai été étonné parce que ces manuels sont écrits par des gens qui ne sont pas spécialisés. Encore, ces livrets ne sont que des impressions très personnelles et pourtant de nombreuses gens continuent à les utiliser comme références en l’absence d’autres sources pour avoir une culture amoureuse et sexuelle.
* Comment avez- vous choisi vos comédiens pour pouvoir dessiner les contours de ce nouveau discours amoureux et traiter de ces non-dits?                                          
Anissa Daoud est une grande comédienne dont je connais très bien les potentiels. Elle a joué dans plusieurs spectacles français. En Tunisie, elle est connue comme une actrice de cinéma, mais en France, elle a fait du bon chemin  sur les théâtres. Jawher Basti aussi et dans «Hobb story», il contribue aussi par cinq chansons dont il est le compositeur. Chakra Rammah, je la connais très bien puisqu’on a déjà travaillé ensemble. Je connais ses qualités. Pour Moez Toumi, j’ai bien entendu parler de lui et de ses potentiels. C’est un comédien qui a réussi ces dernières années à imposer son talent. Pratiquement, toute l’équipe a déjà une bonne expérience au théâtre, au cinéma ou à la télé, excepté Faten Riahi qui sera pour la première fois sur scène.
Après la scène de Hammamet, avez-vous prévu d’autres représentations de votre «Hobb story»?
Pour le moment, il y aura une deuxième représentation à Hammamet et ce, le 12 de ce mois. Je viens de recevoir la nouvelle. Je pense qu’après ces deux rendez-vous, il y aura une série de représentations… Peut-être aussi, on présentera la pièce dans le cadre de la nouvelle édition des Journées Théâtrales de Carthage. Dans tous les cas, après Hammamet, on va étudier toutes les suggestions et les propositions.


Interview réalisée par Imen ABDERRAHMANI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com