Soirée d’ouverture du Festival international de Carthage : Quand Abou Kacem Chebbi chante et danse !





La soirée d’ouverture du Festival international de Carthage est dédiée au poète de "l’hymne à la vie", Abou Kacem Chebbi, qu’on ressuscite ici pour venir assister à un beau gâchis !
Pour une soirée d’ouverture du doyen des festivals tunisiens au prestigieux théâtre antique de Carthage on s’attendait à mieux. Pour un spectacle qui aurait coûté quelque 220 mille dinars de l’argent du contribuable, on est en droit d’exiger le meilleur. On assiste au spectacle et on en ressort une heure et demie plus tard, après s’être demandé si parmi nous, les Tunisiens, il n’y aurait pas, par le plus beau des hasards, un Jihed Mofleh ou un Mansour Rahabani ou encore un Kamel Wali qui nous auraient concocté un spectacle de la trempe des ballets si respectables, Inana, Rahabani ou encore Karakallah. Ici, on a maltraité une icône de la littérature tunisienne pour que cohérence, justesse et précision brillent par leur absence durant la soirée. A commencer par les danses non synchrones concoctées par des amateurs du langage du corps, en passant par quelques tableaux qui arrivent comme un cheveu sur la soupe, s’ajoutant à l’ensemble pour l’alourdir. Quitte à surenchérir sur un peu trop de sentiments… inutiles. Le public assiste éberlué tout comme hébété à un mélange non assorti de danse hip hop, de salsa et de danse contemporaine qui devient une sorte de fourre-tout auquel on ajoute quelques pas de danse à la manière de Michael Jackson, à qui on prête quelques mouvements de son album Thriller. Pourquoi pas, si c’est tendance ? Et notre Chebbi national dans tout cela?


Quel gâchis !
Notre aède à l’inspiration puisée du haut de son rocher, dans les vastes îlots de végétation où l’eau coule de source, généreuse et insouciante tout comme ses écrits… se déhanche sur scène au rythme de la musique qu’il interprète. Notre Chebbi qui dans sa saine fureur a prêté sa plume de la révolte, l’homme qui s’est dressé contre l’ordre établi, contre les infâmes de ce monde en tentant de réveiller de sa longue léthargie un monde qui sommeille. Un monde qui semble s’essouffler, car gagné par la lassitude. En fait, il a toute sa place, aujourd’hui plus que dans les années 30. Toujours d’actualité, tout comme les grands de ce monde. Chebbi devrait être ressuscité pour venir à la rescousse de notre monde, complètement ensevelie dans le mal. C’est chose faite. Car dans ce spectacle, l’idée était de faire revenir Chebbi dans ce monde d’ici-bas. Point n’en faut, si c’est pour lui faire subir autant de misère créative. Pourquoi donc le déranger dans son repos éternel, si c’est pour le revisiter par un spectacle qui n’enrichit en rien notre connaissance de ses écrits?


Adhésion totale
N’empêche, on aurait relevé quelques détails qui auraient sauvé le côté visuel et sonore du spectacle. La musique composée par Rachid Yeddès sort du lot, même si de mauvaises langues prétendent que certaines partitions sont plagiées. Et puis il y a aussi quelques beaux tableaux, des allégories singulières car exprimant le combat du peuple pour l’indépendance, un peuple qui a sacrifié son sang pour venir à l’assaut de l’ennemi. Ici on reprend quelques bribes éparses des poèmes de Chebbi renouant ainsi avec notre hymne national, hymne à la vie, à l’amour, à la nature, à la joie et à la liberté. C’était un ultime tableau qui s’est soldé, du côté du public, par une adhésion totale. L’assistance se lève pour entonner notre hymne de reconnaissance, de louange à ceux qui ont donné au peuple sa dignité et apporté notre liberté. On partait en fredonnant "Mourrons s’il le faut pour que vive la patrie, Clame le sang qui coule dans nos veines, Que n’y vive point quiconque refuse d’être au nombre de ses soldats…Nous vivrons sur son sol dans la dignité, Ou nous mourrons pour elle dans la grandeur".

Mona BEN GAMRA

En direct des coulisses : Mohamed Zine El Abidine: "Une œuvre complète et cohérente"

"La première idée qui m’est venue après avoir vu ce spectacle, c’est qu’il y a une technique rythmique soutenue par le corps, la voix et le dialogue. Il y a cette forme de cohérence entre les arts scéniques qui attirent l’attention et accrochent les spectateurs selon l’importance du contenu poétique et dialoguique. De ce point de vue, je crois que le spectacle a répondu à sa forme visuelle et sonore. A travers une interférence très agréable, à voir et à écouter. Certains poèmes qu’on aurait cru difficiles à manier musicalement, le compositeur et l’arrangeur ont pu assurer deux fonctions, certes différentes, mais complémentaires, pour insuffler à ces textes une genèse, une forme percutante répondant au personnage du poète célébré et aux interprètes des rôles entre danseurs, chanteurs lyriques, bandes sonores et effets scéniques. Je crois que c’est un travail qui devrait augurer de bonnes attentes satisfaisantes. Quant au nombre d’artistes sur scène, à mon avis, il faut l’alléger, l’ériger en action structurante et permanente. Dans le cadre de la Cité de la Culture -dont la vocation est aussi l’art scénique-, l’opéra, l’opérette, les parodies, les comédies musicales sont toutes des formes de création interdisciplinaire et interartistique entre théâtre, musique, danse et arts scéniques", commente M. Mohamed Zine El Abidine, directeur général du projet de la Cité de la Culture depuis septembre 2008. L’homme est venu en personne féliciter un à un les jeunes; comblés. Ils étaient autour d’un bon plat de couscous blanc à l’agneau avec du raisin et autres fruits secs. Après des efforts pareils, ils ont vraiment besoin de quelques calories. Car ce sont eux qui constituent "l’Opéra de Tunis", qui fera l’ouverture prochaine de la Cité de la Culture.


Au sortir de l’amphithéâtre
- Le metteur en scène Slim Sanhaji qui vient d’arriver, n’a pas eu le temps de regarder Assabah Al Jadid. Et pour cause. Il est obnubilé par le spectacle de la Corée du Sud qui sera donné le dimanche 12 juillet, puisqu’on lui a confié le décor et les lumières du ballet  Nanta-Cookin. Il est sur les petites (et dernières retouches) pour habiller la scène et être à la hauteur de la soirée. Donc, il n’a rien à dire sur quelque chose qu’il n’a pas vue. 
- Pour ce Spécial Chebbi, on a croisé peu d’hommes de théâtre et très peu de poètes. Sauf Amel Moussa et Moncef Mezghenni. Pour meubler leur émission, nos collègues de l’audiovisuel n’ont pas trouvé qui interviewer. Et une fois encore, c’est le directeur de Beït al Cheêr qui a été sous l’essaim de leurs projecteurs.   
- "Pour la composition et l’arrangement, bravo, mille bravos. Pour les voix, les Tunisiens sont extraordinaires. Quant à la chorégraphie, les jeunes ont du talent à en revendre. Mais je n’ai pas vu de texte, pas de vraie dramaturgie avec son fil conducteur. Pas de synchronisation, pas de transition entre les tableaux dansants et chantés. Pour moi, Mohsen Ben Nfissa n’a fait aucun effort. Ce qui explique les carences de ce spectacle qui aurait pu être beaucoup mieux. En somme, c’est un travail bâclé, de dernière minute. Dommage, notre Chebbi mérite mieux. D’ailleurs, ce n’est plus nouveau pour nous. A chaque ouverture, on a l’impression de revoir toujours les mêmes choses", nous a dit une artiste qui a préféré garder l’anonymat.
N.B. : Alors que "Chebbi" reprenait en chœur ses chants de la vie, s’arrêtant longuement sur quelques vers
sur la pluie, une pluie fine a légèrement arrosé les gradins pleins d’un peu plus de la moitié. Ciel quelle coïncidence ! 


Z. ABID




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com