Yahia Fakharani : «L’artiste ne peut appartenir qu’à son environnement»





Quelques heures avant de se rendre à Hammamet pour assister à la soirée inaugurale du 14e Festival arabe de la Radio et de la Télévision, l’acteur égyptien Yahia Fakharani  s’est confié au Quotidien.
-Le Quotidien :
Que vous inspire la rencontre arabe du monde audiovisuel qui se tient actuellement à Hammamet ?
Yahia Fakharani :
C’est une occasion pour que les professionnels et les créateurs se rencontrent dans un même espace pour échanger idées et projets. C’est le moment propice pour tenter d’effacer nos différences culturelles au profit de notre civilisation arabe. Il n’y a que la qualité de nos produits artistiques et culturels qui puisse nous sauver du danger de l’étranger, de son invasion à travers les sons et les images. Nous devons exploiter à fond notre langue commune. C’est notre fonds de commerce (sourire) pour attirer les récepteurs, c’est-à-dire auditeurs et téléspectateurs. Nous partageons le même environnement et c’est notre chance. Car nous avons les mêmes soucis, les mêmes joies et nous regardons les choses sous le même angle. Cela renforce notre position pour faire face au pouvoir médiatique de l’Occident et imposer notre identité. Ce festival est une belle rencontre qui assure la continuité. Viennent ensuite l’offre et la demande.
Vous avez campé de grands rôles et vous êtes célèbre dans le monde arabe. Avez-vous eu une proposition de l’Occident, à l’instar de Omar Cherif et d’autres ?
L’artiste ne peut appartenir qu’à son environnement. C’est à travers les feuilletons égyptiens que je parle à ma nation et pas à travers des films américains, anglais ou autres. L’artiste est avant tout un citoyen. Il a un rôle à jouer dans sa société. Il a son mot à dire dans le monde où il vit. Quant aux rôles à camper, c’est une question de “feeling”, on les sent ou on les sent pas. Personnellement, il m’est arrivé à plusieurs reprises de refuser des rôles. Car, je n’aime pas m’aventurer. Si la chose ne me séduit pas, ne me retient pas, je me rebiffe. Aujourd’hui, il y a autre chose. Je prends de l’âge et je l’assume. J’ai horreur du maquillage et du lifting et je ne saute pas sur tous les rôles qu’on me propose. Vous comprenez donc pourquoi j’ai refusé de jouer le rôle  du roi Farouk.   
Vous venez de dire : «Fonds de commerce», vous vouliez dire, ventes et achats de films, de pièces de théâtre, de documentaires et autres variétés? Ce festival favorise-t-il ce marché interculturel arabe ?
Oui. Pour les chaînes de télévision et les stations radiophoniques, il s’agit d’une occasion pour les bonnes affaires. Le monde passe aujourd’hui, certes, par une crise et partout on la ressent. Mais la crise paraît parfois bénéfique. Car on n’achète pas n’importe quoi, mais on choisit le meilleur.  D’ailleurs la conjoncture actuelle favorise mieux les arts et les artistes. On devient plus exigeant, plus perfectionniste, plus demandé. Et la médiocrité n’aura pas de place dans nos médias. Ceci ne peut qu’être bon pour ceux qui fabriquent les arts et ceux qui les reçoivent. 
Vous n’êtes pas à votre première visite à Tunis. Que connaissez-vous de notre monde culturel ?
Presque tout. Mais surtout les JTC et les JCC. D’ailleurs j’ai été à maintes reprises invité chez vous. En 1984, on m’a décerné le Prix du Meilleur acteur. Plus tard, j’ai eu aussi le Tanit d’argent pour mon rôle dans le film, “Kharaja wa lam yaoud” (Départ sans retour). J’ai eu aussi dans d’autres sessions des prix de distinctions. Je tiens ici à préciser que vous avez des artistes de talent. Le théâtre et le cinéma en Tunisie promettent. Tout comme en Syrie. Une nouvelle génération est en train de se faire une  place au soleil arabe. 
Les Tunisiens vous aiment bien à travers les feuilletons et suivent votre trace via pratiquement toutes les chaînes de télévision. Qu’avez-vous à leur proposer pour le Mois Saint ? 
Chaque année j’ai un nouveau produit. Un seul et pas plus. Et c’est le feuilleton que j’aime le plus. Le cinéma, je préfère le laisser pour les jeunes. Pour le Ramadan, les Tunisiens peuvent me voir, dans «Ibn al Arandali» (Fils d’al Arandali).
Que raconte le feuilleton ?
Tous les mauvais tours que peut faire un arandali des temps modernes. Arandali veut dire en égyptien parlé, un escroc. Il s’agit d’un avocat qui ne fait que manipuler et détourner tout à son profit via la… loi.

Propos recueillis par Zohra ABID

14e Festival arabe de la Radio et de la Télévision

Né en 1981, le Festival arabe de la Radio et de la Télévision est organisé tous les deux ans. Grâce à l’initiative de l’Union des radios et des Télévisions arabes (ASBU) qui vise l’échange interculturel arabe. Pour ce 14e rendez-vous, placé sous le thème «Al-Qods» et qui se déroule du 11 au 16 juillet courant à Hammamet Sud, les faiseurs du son et de l’image et autres représentants ont répondu nombreux à l’invitation. Au total : on compte 300 chaînes de télévisions et de stations de radios publiques et privées qui prendront part à cet événement. Le ballet de l’ouverture est confié notamment à l’Opérette de la télévision tunisienne. Quant à la soirée de la clôture qui, comme  le marché et les colloques, aura lieu à l’hôtel Karthago et sera meublée par Lotfi Bouchnak et Zohra Lajnef. Les têtes d’affiche de la session sont huit. Ce sont : Yahia Fakharani (Egypte),venu accompagné de son épouse Lamis Jaber, écrivaine et scénariste, le scénariste tunisien vivant à Damas (Syrie), Chawki Mejri, le Libanais Ahmed Ali Ezzine, romancier, journaliste et le patron de l’émission Rawafed- qui passe sur la Arabia-, le réalisateur syrien, Hatem Ali, auteur de la trilogie Al Andalous, Sakrou Qoraïch, Salaheddine et autres feuilletons, Hamraoui Habib Chawki, ancien directeur général de la télévision algérienne et ancien président de l’ASBU. Le festival se terminera avec des prix pour le meilleur produit présenté au cours des six jours dédiés à la Palestine.


Z.A.     




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com