Théâtre populaire : Quand les grands s’y mettent





Du temps de ‘’Borni et Atra’’ et ‘’Ammar Bouzouer’’, on n’a  pas autant vu Abdelkader Mokdad dans une aussi heureuse prestation. Notre ‘’Jean Vilar’’ national a montré une fois de plus que le théâtre populaire est l’apanage des grands.


Samedi soir au Théâtre de plein air de Hammamet, Abdelkader Mokdad a fait l’unanimité. Il n’a pas changé d’un cran. Il est resté lui-même malgré le poids des années et son ascension, entre temps, à la tête de la troupe du théâtre régional de Gafsa. Abdelkader Mokdad appartient à cette génération formée par le travail de compagnie. Il n’oublie pas ainsi de présenter ses collaborateurs à la fin du spectacle, entre comédiens et techniciens, tout comme les figurants. “ Abdeljabbar hal lekteb» le titre de la pièce mise en scène par Abdelkader Mokdad sur un texte d’Ahmed Ameur, nous livre une farce brillante et corrosive. Pour le plus grand plaisir du public.

«Abdeljabbar hal lekteb»
S’il fallait ne retenir qu’une bonne raison pour aller voir la première de «Abdeljabbar hal lekteb», ce serait inévitablement de voir sur scène Abdelkader Mokdad. Pour les trentenaires, c’était l’occasion de voir cette icône vivante du théâtre populaire adulé de nos parents, voire de nos grands parents. La prestation n’était pas moins méritoire. Les prouesses scéniques  et le parti pris esthétique non plus.  Rythme effréné et effets rebonds étaient au rendez-vous. Cela débouche sur un débordement d’inventions où l’on ne manquera pas d’user de quelques jeux de lumières, de l’ombre chinoise et de la technique du cinéma. Sans oublier les gros clins d’œil à la modernité que constituent le téléphone portable et l’Internet comme outils de discussions d’Abdeljabbar le charlatan, avec les djins. Le rythme tonique auquel s’enchaînent les péripéties de la pièce ajoutent à la saveur du texte et donnent encore plus de poids au comique des situations... La musique rappelant un peu le registre du chant liturgique interprété par Mokdad, a servi en point d’orgue ou contre-point à l’action. Le tout, est concocté dans le plus grand respect du théâtre populaire. Le principe est de s’efforcer d’emmener le plus large public possible à la rencontre d’un théâtre de qualité. Un théâtre qui permet d’offrir à un grand nombre de spectateurs une vision convenable de l’espace scénique et par conséquent de rassembler le public en une collectivité que le théâtre expérimental divise, aujourd’hui.
Les apparences fallacieuses en question
 Face aux outrances de l’apparence fallacieuse de certains, Abdelkader Mokdad monte  une farce brillante et corrosive. Il nous  propose une denrée rare, au vitriol, des gens qui croient au pouvoir des marabouts. Il s’est moqué d’eux parce qu’à beaucoup d’égards, ils obéissent à des réflexes relationnels, des modes de comportements, des stéréotypes dont ils sont prisonniers et qui parfois les ridiculisent. Les personnages ici incarnent des archétypes humains. Ils sont tous remarquables. Mention spéciale à Hamza Ben Daoud qui a interprété le rôle de Chafii.
Abdeljabbar l’imposteur sera lui aussi dupé et finira mis à nu. Ici chacun est renvoyé à sa part de vacuité dans un final délirant  qui a du grinçant. « Abdeljabbar hal lekteb », voilà un petit chef-d’œuvre de drôlerie et de vérité où l’écriture d’Ahmed Ameur apparaît d’une grande efficacité. Les bons mots fusent et là encore on ne peut parler que de gags. Et on rit toujours comme si Abdeljabbar est toujours parmi nous. 


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com