Enquête/ Habillement : Pourquoi les prêts-à-porter sont-ils chers?





"L'habit ne fait pas le moine", disent les Occidentaux. "Mais il y contribue quand même", serions-nous tentés d'ajouter. Car le style de vos vêtements, la qualité de leur tissu et de leur coupe ajoutent à votre prestance et donc à votre personnalité. Mais la question des habits n'est pas une chose simple puisque ce n'est pas le seul goût personnel qui est mis à contribution, mais surtout la bourse de tout un chacun. Et, de ce point de vue, les Tunisiens sont comme tout le monde car ils veulent le meilleur rapport qualité/prix. Mais, est-ce toujours possible? Notre marché est-il assez diversifié pour contenter tout le monde? Comment certains commerçants parviennent-ils à vendre moins cher que les autres? En un mot, comment se porte le textile-habillement tunisien? Enquête réalisée par Manoubi AKROUT, Mohamed ZGHAL et Hassen Ghédiri Tunis- Le Quotidien Quand on interroge les commerçants dans le secteur de l'habillement ainsi que leurs clients, on se rend compte que ce n'est pas très simple de savoir avec précision si les produits proposés sont chers. Et cela est dû au fait qu'un grand nombre de facteurs entrent en ligne de compte. Par exemple, un costume hors de prix pour un Tunisien moyen est bon marché pour une personne aisée, ayant les moyens de s'offrir ce qui se fait de mieux. D'autre part, quand certains de nos concitoyens affirment que la qualité de nos produits textiles n'est pas à la hauteur, le président de la Fédération du textile (UTICA) demande pourquoi, dans ce cas, la Tunisie est-elle le quatrième fournisseur de l'Europe. Pour cela, nous nous sommes plutôt concentrés sur la condition du citoyen moyen dans ce domaine. Deux sons de cloche... Les témoignages pris au hasard se révèlent partagés. Certains se disent satisfaits de ce que proposent les boutiques spécialisées, comme Mlle Aïda Belkahla, étudiante, qui affirme que les prix du prêt-à-porter sont généralement à la portée de tout le monde mais qu'ils augmentent en fonction de la qualité. "Il me semble normal que les prix suivent le niveau de la qualité. Mais, dans l'absolu, la qualité du textile tunisien s'améliore de plus en plus", souligne-t-elle. Dans le même sens, Mlle Samia Zoghlami, également étudiante, soutient que les prix sont plus ou moins à la portée du citoyen moyen. Elle ajoute que les modèles deviennent de plus en plus variés et que la qualité devient de plus en plus satisfaisante. Pourtant, il y a aussi ceux qui estiment qu'il existe un vrai problème en la matière. Par exemple, M. Fethi Bouali, cadre à la SNCFT, relève que la qualité du textile-habillement tunisien est devenue assez bonne ces dernières années et que le choix est très diversifié. Il souligne cependant que les prix ont enregistré une augmentation remarquable de telle sorte qu'ils dépassent souvent la capacité du Tunisien moyen. "Il est vrai que nous assistons à une progression de la qualité d'exécution des articles proposés dans les boutiques, mais le problème reste que les prix sont souvent inabordables pour la moyenne des gens", ajoute-t-il. Allant encore plus loin, M. Mourad Issaoui, fonctionnaire, note qu'il n'est pas toujours vrai que la qualité varie selon le prix. Selon lui, malgré des prix élevés, les produits exposés à la vente ces derniers temps ne sont pas d'une très bonne qualité. "J'achète cash et en gros pour vendre moins cher" Du coté des commerçants, il y a certains exemples connus pour leur réussite à résoudre l'équation de l'équilibre délicat entre ce que vous payez et ce que vous recevez. M. Moncef Ben Sassi, gérant de l'un de ces magasins, nous précise que la différence entre ceux qui vendent plus cher et ceux qui parviennent à proposer des prix convenables réside essentiellement dans le fait que ces derniers achètent en très grande quantité. Et c'est ce qui leur permet de bénéficier d'une bonne marge pour les remises et de pouvoir donc vendre à des prix moins chers bien que la qualité soit identique. M. Ben Sassi souligne que les prix moins élevés attirent toujours plus de clients parce que le bouche-à-oreille fonctionne tout de suite. C'est d'ailleurs le cas de ses propres magasins qui connaissent une affluence importante. "Il est tout à fait normal que des prix moins chers attirent plus d'acheteurs que des produits de plus grande qualité, simplement parce que la majorité de la population tunisienne appartient à la classe moyenne dont les ressources sont assez limitées", commente-t-il. Notre interlocuteur souligne, en outre, qu'en dépit de prix moins élevés, certains acheteurs exigent aussi de payer par facilités, ce qui crée un vrai problème pour le commerçant qui se trouve dans une situation délicate puisqu'il ne trouve pas les moyens d'acheter cash pour pouvoir, par la suite, vendre moins cher. Mais M. Ben Sassi veut rester bon prince: "Malgré tout cela, nous essayons d'aider nos clients du mieux que l'on peut", ajoute-t-il. Haute qualité pour clientèle aisée Sous d'autres cieux, si l'on peut dire, les habits de grande marque sont une autre dimension de la chose. M. Amin Amara, gérant d'une boutique de prêt-à-porter appartenant à une chaîne prestigieuse, nous affirme que les modèles exposés sont, en vérité, destinés à une clientèle très spécifique qui est prête à payer le prix de la haute qualité. Ses clients sont ainsi répertoriés dans un fichier spécial pour permettre à M. Amara de les appeler à l'arrivée de chaque nouvelle collection ou à l'occasion d'une promotion exceptionnelle. Notre interlocuteur nous rappelle que la qualité du tissu et l'authenticité de la marque ainsi que les différents accessoires sont estampillés par la maison-mère et expliquent, selon lui, les niveaux de prix pratiqués. Il ajoute que ces articles sont souvent soumis à des contrôles de qualité qui ne tolèrent aucun écart. Un autre monde, n'est-ce pas? ****** M. Ahmed Sellami, président de la FENATEX: "Notre rapport qualité/prix est incomparable" Du côté des entreprises, le secteur du textile-habillement a connu ces dernières années plusieurs bouleversements, notamment la crise économique des principaux partenaires de la Tunisie et l'entrée du Sud-Est asiatique dans la concurrence. Dans ce contexte délicat, M. Sellami estime que le secteur s'en est bien sorti mais reconnaît qu'il a été touché peu ou prou par ces facteurs. Le Quotidien: Comment évaluez-vous la situation actuelle du secteur du textile-habillement? M. Ahmed Sellami: On peut dire que, par rapport à la conjoncture internationale, le secteur se porte quand même bien. Il a été néanmoins touché par la crise qui sévit depuis près de deux années du côté de l'Europe, notre principal partenaire. Comparée à 2002 et même 2001, il y a une quasi stagnation pour 2003. Cela dit, plusieurs filières du secteur ont continué à évoluer normalement et c'est pour cela que l'on estime qu'il y aura une légère amélioration des résultats définitifs de cette année. Le Quotidien: Doit-on comprendre que les facteurs que vous avez évoqués ont conduit à des bouleversements dans les prix et la qualité du textile tunisien? A.S: Non, ce n'est pas vrai. D'abord parce que le phénomène d'augmentation des prix n'est pas exclusivement spécifique à la Tunisie. Ensuite parce que les prix dépendent du positionnement de la boutique au cas par cas ainsi que de plusieurs autres facteurs. Et, franchement, nos prix sont un peu à la portée de toutes les bourses. Au niveau de la qualité, je peux vous affirmer que ce n'est pas un hasard que la Tunisie soit le quatrième fournisseur de l'Europe en matière de textile-habillement et que les deux tiers des entreprises tunisiennes soient totalement ou partiellement exportatrices. Tout cela confirme que les produits tunisiens se caractérisent par une qualité de très haut niveau. Le Quotidien: Dans ces conditions, quelles sont les perspectives du textile-habillement tunisien? A.S: La confection tunisienne a déjà un nouveau visage puisque nous nous sommes orientés vers les petites séries. Nous sommes passés de la production d'articles bas de gamme aux articles de moyenne gamme. Et si on sait que la valeur ajoutée du textile tunisien se développe de plus en plus, on ne peut qu'afficher notre optimisme quant aux perspectives du secteur.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com