Proche-Orient : le pas en arrière de Washington





Hillary Clinton exhorte les Palestiniens aux négociations avec Israël sans les conditionner au gel de la colonisation, renouant avec la traditionnelle allégeance de la diplomatie américaine.
Benyamin Netanyahou peut triompher. Il a reçu, ce week-end, le soutien de Washington à une reprise des négociations dites de paix à ses conditions. C’est-à-dire sans gel préalable de la colonisation. La secrétaire d’État Hillary Clinton a en effet apporté tout son soutien à la proposition du premier ministre israélien de revenir, sur cette base-là, aux pourparlers avec les Palestiniens suspendus depuis la guerre déclenchée par Tel-Aviv, fin 2008, contre la bande de Gaza. « Je veux voir les deux parties commencer les négociations dès que possible », a déclaré Hillary Clinton en enjoignant ainsi, de fait, Mahmoud Abbas à considérer la position des autorités israéliennes comme une entrée en matière obligatoire.
Dans sa proposition, Netanyahou accepte tout au plus d’envisager une éventuelle limitation à venir de l’extension des colonies. Ce que Hillary Clinton qualifie, sans rire, d’avancer « sans précédent ». Cette spectaculaire marche arrière de Washington enterre, de fait, les espoirs soulevés ces derniers mois par ce qui ressemblait à une inflexion des États-Unis. Ceux-ci semblaient décidés à sortir du traditionnel soutien inconditionnel à Israël en reconnaissant l’incompatibilité à tenter d’entamer des négociations de paix alors que se poursuit une colonisation transformant les territoires palestiniens en une myriade de bantoustans.
« La preuve est faite que les États-Unis sont nos meilleurs amis et que l’attitude ferme d’Israël sur ses positions est payante », n’a pas manqué de se féliciter le vice-ministre israélien des Affaires étrangères, Danny Ayalon. À l’inverse, du côté palestinien, la volte-face états-unienne suscite déception et colère. « Israël ne devrait pas se voir accorder la moindre excuse pour poursuivre la construction d’implantations, et nous considérons que toutes les activités de colonisation sont illégales », a fait savoir Mahmoud Abbas. Très amer, l’ex-ministre palestinien, Ziad Abu Zayyad, décèle dans le revirement d’Obama « la preuve que cette administration n’est pas différente des précédentes ».
Pourtant Barack Obama, à son arrivée au pouvoir, avait exigé d’Israël le gel des constructions dans les implantations avant que les négociations puissent reprendre. Cette déclaration, qui avait été alors contestée par les nationalistes de la coalition gouvernementale, avait entrainé un refroidissement des relations bilatérales israélo-américaines. Les Etats-Unis semblent aujourd’hui battre en retraite et leur changement d’attitude risque de ne pas être apprécié par les palestiniens.
Les israéliens s’étaient pourtant résignés au changement de méthode de l’administration américaine qui avait modifié son ton et son style au point de laisser présager une rupture avec l’Etat juif. Barack Obama s’était distingué de la position de Georges Bush en ne recevant pas immédiatement Benjamin Netanyahou et en accueillant chaleureusement Mahmoud Abbas pour signifier à Israël qu’il n’entendait plus le soutenir de façon inconditionnelle.
Le président américain fondait sa politique sur le rapport de l’US-Middle East project crée en 1994 par le Council on Foreign Relation qui abordait «La dernière chance pour la solution de deux Etats entre Israël et la Palestine». Il n’avait pas hésité pour cela à montrer son désaccord public avec Israël sur la question des implantations et sur l’exigence de l’émergence de deux Etats indépendants. Il avait cautionné l’un des points fondamentaux de ce texte qui estimait que les gouvernements israéliens avaient tendance à utiliser la peur et la sécurité pour former des coalitions hétéroclites. Il avait définitivement signifié aux israéliens qu’ils devaient cesser de s’enfermer dans une logique strictement sécuritaire.
Les dirigeants israéliens s’étaient fait une raison et avaient intégré l’idée qu’ils n’avaient plus rien à attendre de ce président. La prise de position d’Hilary Clinton et son changement de ton prouvent que le président américain a donné les instructions pour revenir aux fondamentaux à savoir, la consolidation de l’amitié israélienne inscrite dans l’Histoire depuis le soutien donné aux Etats-Unis par Ben Gourion à l’occasion de la guerre de Corée de 1953.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com