Bombe ou pas, Pyonyang a déjà gagné





En matière de manœuvre politique, la Corée du Nord joue désormais dans la cour des grands. Au lendemain d’un avertissement lancé aux Etats-Unis, pressant Washington de se décider sur des discussions bilatérales, Pyongyang vient d’annoncer qu’il a terminé le retraitement de barres de combustible nucléaire provenant d’un réacteur expérimental.
Selon les experts, les 8.000 barres de combustible nucléaire retraitées pourraient produire assez de plutonium pour une ou deux bombes nucléaires. A cela s’ajoute le stock dont dispose la Corée du Nord et qui pourrait alimenter six à huit autres bombes. Pour ce qui est du renforcement de son dispositif de dissuasion nucléaire, la Corée du nord est sur la bonne voie. C’est le moins qu’on puisse dire.
Mais derrière ces déclarations provocatrices se cache toute une stratégie, la stratégie dont dépend la survie du régime coréen.
Il faut dire qu’à force d’enchaîner les va-et-vient entre flexibilité et intransigeance, les Coréens sont devenus maîtres en la matière. Après chaque réunion sabotée, Pyonyang procédait à un tir de missile ou à une déclaration visant à tenir ses adversaires en haleine, une façon de faire comprendre au monde entier qu’en matière de nucléaire, le régime communiste ne profère pas des menaces en l’air. Le dossier nucléaire a, en effet, tellement d’enjeux pour la Corée du nord que ce pays n’a pas le choix que d’aller en avant. Handicapé par une situation économique pour le moins catastrophique qui s’est traduite à maintes reprises par des famines sévères, la Corée du Nord vit paradoxalement des subventions fournies par ses «ennemis», notamment les USA. Ces mêmes «ennemis» qui ont occupé l’Irak pour «combattre la dictature» ferment bizarrement les yeux sur un régime des plus tyranniques. Mieux encore, les interlocuteurs de la Corée du Nord semblent acculés à attendre le passage de l’orage chaque fois que Kim Jong Il claque la porte des négociations.
C’est que ni les USA, ni le Japon, encore moins la Corée du Sud n’ont vraiment d’autre choix. Pyonyang détient toutes les bonnes cartes en main: de son stock de plutonium qui fait peur à son potentiel de prolifération qui lui donne une quasi-immunité face à toute menace extérieure.
Avant d’entrer en jeu, Kim Jong Il a pris le soin de mettre toutes les chances de son côté, chose qui le dote d’une marge de manœuvre aussi vaste que confortable.
En terme d’arme de dissuasion, la Corée a déjà gagné la guerre.
Elle n’a peut être encore pas l’arme, mais elle a la dissuasion. Et c’est le plus important.


Fatma BEN DHAOU OUNAÏS




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com