Afghanistan: Karzaï et le casse-tête du dialogue avec les Talibans





Le Quotidien-Agences
Au lendemain de la proclamation de sa victoire au scrutin présidentiel, Karzaï a réitéré son appel au dialogue avec les chefs de l’insurrection.
 «Nous en appelons à nos frères talibans pour qu’ils reviennent en Afghanistan.» Avant la campagne électorale, le chef de l’Etat avait affiché la politique de «réconciliation nationale» comme priorité de son futur mandat en cas de réélection. Après les fraudes massives ayant entaché le premier tour du scrutin, le 20 août, il va devoir en ajouter une autre, imposée par les Occidentaux : la lutte anticorruption. Les Américains tentent de sceller avec Karzaï une forme de pacte. Pour Washington, corruption et insurrection sont liées.
Sur ces deux dossiers, la tâche de Karzaï s’annonce ardue. La corruption étant inscrite au coeur de son système, une politique volontariste d’éradication risque de se perdre dans l’entrelacs de réseaux clientélistes qu’il parraine. Quant à la réconciliation nationale, elle se heurte au refus hautain des chefs insurgés. Aussitôt après l’appel au dialogue, Youssouf Ahmadi, porte-parole des talibans, a opposé une fin de non-recevoir : «(Karzaï) est une marionnette et son gouvernement est un gouvernement de marionnettes».
L’hostilité récurrente des talibans ne condamne pas pour autant toute perspective de solution politique. Une partie de l’opinion - surtout dans le Sud, pachtoune - y est favorable, et les dirigeants occidentaux l’évoquent de plus en plus ouvertement. Le mandat de M. Karzaï devrait être marqué par de multiples initiatives. A Kaboul, les observateurs soulignent la double dimension que prendra cette politique de la main tendue.


Insurrection multipolaire
La première relève de la «réintégration» des combattants de terrain dont la motivation est moins l’idéologie djihadiste que les frustrations locales, alimentées en général par les abus de pouvoir des chefs de district. L’idée est de les réintégrer dans la vie civile en échange d’incitations économiques ou financières. Des efforts ont été engagés en ce sens. Depuis 2005, le «Programme Takhm-e Sohl» (PTS) - «Programme de renforcement de la paix» - guidé par un proche de M. Karzaï, Sibghatullah Mojaddedi, a suscité des ralliements. Officiellement, 8 000 insurgés auraient déposé les armes. Mais l’opération est jugée infructueuse, marquée par des dérives claniques et handicapée par de faibles moyens. Selon l’entourage présidentiel, elle devrait être revigorée, et son «statut politique», rehaussé.
L’autre front est celui du «dialogue politique» avec les chefs insurgés. Au sein du gouvernement afghan comme des chancelleries occidentales à Kaboul, on souligne l’hétérogénéité et la multipolarité de l’insurrection. L’idée de discuter avec les éléments liés à Al-Qaida et aux réseaux du djihad international est exclue. En revanche, l’identification d’interlocuteurs «pragmatiques» et «afghans» - par opposition aux «internationaux» - est envisageable, notamment au sein de l’état-major de la rébellion basé à Quetta (Pakistan).
Toute discussion avec eux impliquera la médiation des services secrets pakistanais. Mais un obstacle juridique majeur devra être levé : la «liste noire» de dirigeants talibans inscrite dans la résolution (1269) adoptée en 1999 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Cette liste devra être révisée. Voilà pourquoi Karzaï en a appelé à «la coopération internationale» lors de son appel au dialogue.


* Abdullah juge Karzaï illégitime et sa réélection illégale
Trois jours après s’être retiré du second tour de la présidentielle, Abdullah Abdullah a jugé mercredi illégitime et illégale la réélection de Hamid Karzaï à la tête de l’Afghanistan, au risque de prolonger la crise politique qui paralyse le pays depuis plus de deux mois.
L’ancien ministre afghan des Affaires étrangères avait justifié son retrait par la crainte de voir se répéter les fraudes massives qui avaient entaché le premier tour.
Hier il a fustigé la réélection de Karzaï, décidée par la Commission indépendante électorale (IEC).
«Cette décision n’a pas de base légale et un gouvernement qui prend le pouvoir sur la base d’une décision d’une telle commission ne peut pas avoir de légitimité», a-t-il déclaré lors de sa première allocution publique depuis l’annonce du résultat.
L’IEC, chargée d’organiser le scrutin et proclamer les résultats, est au coeur du scandale qui a provoqué l’annulation pour fraude d’un quart des bulletins de vote du premier tour, très majoritairement favorables à Karzaï.
Abdullah a réitéré ses accusations contre l’IEC, l’accusant d’«incompétence» et de «parti pris» en faveur de M. Karzaï, qui en a nommé le chef, Azizullah Ludin, un de ses anciens conseillers.
La semaine dernière, Abdullah avait demandé le renvoi de Ludin, la suspension de trois ministres ayant fait campagne pour son adversaire et la fermeture des bureaux de vote «fantômes», qui n’avaient pas ouvert le 20 août mais avaient rendu des urnes pleines de bulletins.
L’IEC comme Karzaï avaient rejeté ces demandes.
«C’est exactement la même commission qui a annoncé la nomination du président», a souligné Abdullah. «Un gouvernement qui arrive au pouvoir sans le soutien de la population ne peut pas combattre des phénomènes comme les menaces terroristes, le chômage, la pauvreté et des centaines d’autres problèmes».
En dénonçant l’illégitimité de M. Karzaï, il tourne le dos à l’appel lancé par la communauté internationale à un gouvernement d’union nationale.
Mardi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon avait demandé au président Karzaï de travailler avec tous les candidats à la présidentielle.
Mais Abdullah, dont la campagne dynamique avait conforté le statut d’opposant numéro un, ne voit aucun intérêt à participer à une coalition avec son adversaire. «Un tel gouvernement, qui manque de légitimité, ne peut pas combattre la corruption», a-t-il dit, alors qu’Hamid Karzaï avait promis mardi de s’attaquer à ce fléau, qui irrite de plus en plus les Occidentaux.
L’administration américaine discute avec l’équipe Karzaï un pacte censé garantir qu’elle s’attaquera de front à la corruption, a dit la Maison Blanche mardi.
En dépit des conditions déplorables de sa réélection, le président, installé à la tête du pays fin 2001 par les puissances occidentales dont les troupes venaient de chasser les talibans du pouvoir, a reçu les félicitations de la communauté internationale, la Maison Blanche le considérant comme «le dirigeant légitime» du pays.
L’imbroglio électoral afghan place toutefois Barack Obama devant un redoutable dilemme alors qu’il achève le réexamen de la stratégie afghane, avant de décider s’il accède à la demande du chef des forces internationales sur le terrain, le général Stanley McChrystal. Celui-ci réclamerait plus de 40.000 hommes supplémentaires, en plus des 100.000 soldats étrangers déjà sur place.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com