Les enfants du divorce: Précocement adultes !





Tristesse, déchirure, culpabilité, conflit de loyauté, peur de l’abandon... le divorce a plusieurs impacts sur les enfants. Ces derniers se retrouvent pris en otages dans des querelles d’adultes qui leur pourrissent la vie…
Aussi triste que cela puisse être, le divorce fait maintenant partie des risques réels du mariage… Pour un enfant, il n’y a pas de conflit plus assassin que celui qui dresse ses parents l’un contre l’autre. La crise est souvent plus difficile à gérer à des âges précis où l’enfant a besoin de repères stables. Oui, parce que le divorce diminue le sentiment de sécurité et de protection que procurait autrefois l’union parentale. Et c’est une épreuve difficile pour les enfants... Comment leur expliquer que papa et maman doivent se quitter ? Et quelles conséquences cela peut-il avoir sur les bambins ?


Lorsque ça casse,ça blesse !
? regarder les enfants de divorcés, l’on détecte la tristesse. Dans leurs yeux, il y a de la mélancolie et sur leurs frêles épaules, un poids qui pèse vraiment lourd… Indépendamment de leurs âges, ces enfants vivent mal la déchirure… C’était le cas pour Anas S. 21 ans. Le jeune homme a vécu toute son enfance dans un climat familial pas très sain. Disputes, violences et scènes de ménage, étaient son lot quotidien ! Cette atmosphère s’est « couronnée » par le divorce. Et à tout juste 6 ans, il se retrouve déboussolé et se sent abandonné… «Je n’arriverai jamais à «habiller» mes sentiments par des mots… C’est indéfinissable ! Petit, j’étais la prunelle des yeux de mon père. Je lui étais très proche. Il me lisait chaque soir des contes avant de m’endormir et je restais des heures à jouer avec lui… Et si ma relation avec lui allait à merveille, c’était la tornade entre lui et ma mère ! Il lui était infidèle et elle le savait. Cela a fini par le divorce ! Depuis, je vis avec ma mère!
Ils sont égoïstes parce qu’ils ne prennent pas en considération que ce sont leurs propres enfants qui supporteront leurs erreurs. Aujourd’hui, je me sens certes saccagé de l’intérieur, mais même s’il m’a abandonné et même s’il a eu deux autres garçons qui, eux, restent sous son aile, je réussis brillamment mes études. Et cela, je ne le lui doit sûrement pas à lui», confie-t-il.
Thérapeutes et pédopsychiatres le confirment : il n’y a pas de divorce sans traumatisme ! Oui, les enfants «trinquent» au gré des désaccords parentaux. Et les clichés sur le divorce le prouvent : famille brisée, enfants troublés, mère isolée, père absent… Bref, un ravage ! Mais ce n’est pas tant le divorce que la manière dont on se sépare qui perturbe l’enfant. S’il est pris en otage, privé de l’un de ses parents, ou que personne ne le rassure, là, il s’agit d’un vrai traumatisme !


Mon bien aimé… divorce !
Certains enfants semblent paradoxalement aller mieux après la séparation de leurs parents… En effet, ce n’est pas parce que les parents divorcent qu’un enfant réussit moins bien sa scolarité ou qu’il risque plus qu’un autre de sombrer dans la délinquance ou la dépression! D’ailleurs, les spécialistes le confirment : «mieux vaut un divorce à l’amiable que des parents qui ne s’aiment plus et se disputent à longueur de journée».
Zaineb, 14 ans, a dépassé le triste épisode du divorce de ses parents. Aujourd’hui, elle se sent équilibrée, aimée et protégée. «Mes parents ont divorcé lorsque j’avais 4 ans. Tout ce que je retiens de leur vie commune, c’est que papa était toujours absent et démissionnaire. Les rares fois où il était à la maison, je ne me souviens que de ses bières, ses hurlements et des coups qu’il donnait à ma mère ! Je me souviens qu’elle était toujours terrorisée et pleurait tout le temps. Franchement, je ne peux pas dire que je sois nostalgique de cette vie ! Pas le moins du monde ! Après le divorce, c’était pour moi une sorte de délivrance ! Ma mère ne m’a jamais laissé manquer de quoi que ce soit. J’ai suivi mes études primaires dans une école de renom et j’étais toujours lauréate. Cela lui coûtait certes beaucoup d’argent et d’énergie, mais elle ne me se plaignait jamais. Seul hic, papa n’admettait jamais que cela soit fini ! Et pour manifester sa colère, il n’avait qu’une issue : me rendre la vie difficile ! Je me suis retrouvée à payer injustement le prix fort de leur séparation ! Mais il a fini par se remarier et il s’est assagi. Et depuis quatre ans, mon professeur a demandé ma mère en mariage… Maintenant, je vis en vraie famille, j’ai un frère et je suis comblée. Mon beau-père est très affectueux et généreux avec moi. Et tout ce que je peux dire, c’est que j’ai eu de la chance d’avoir cette famille», dit-elle.


Il manque quelque chose à ces gosses ! 
Mme Kaouther Slim, a vécu cette situation. Aujourd’hui, elle est bien loin de ce douloureux épisode, mais elle sent toujours que ses enfants en portent encore les séquelles. «En très bas âge, mes trois enfants (5 ans, 4 ans et 2 ans) n’ont pas été tenus informés de ce qui se passait sous le toit de leurs parents. A l’époque, je n’avais que 25 ans et j’ai dû tout naturellement changer de domicile. D’un côté, l’absence totale du père n’a jamais pesé sur ces petits et pour cause : démissionnaire dès le départ, découchant très souvent et brillant par ses absences et son lot de violences. De l’autre, l’affection des grands-parents, des oncles et des tantes n’a laissé filtrer aucune faille. Mais c’est au moment de leur scolarité que les choses ont commencé peu à peu à changer. Les trois étaient pratiquement des surdoués et leur réussite intriguait parents d’élèves et instituteurs dans une école française fréquentée par les notables de la ville. Tous, curieux, ne rataient aucune occasion pour savoir davantage sur leur vie sociale. Résultat : un petit malaise a commencé à s’installer dans la maison, accentué avec un «père» enquiquinant, râleur, leur faisant lavage après lavage de cerveau- et ce, pourtant, sans jamais verser un seul sou de leur pension alimentaire. Mais avec le temps, ils ont fini par tout découvrir… Ils se sont de plus en plus repliés sur eux-mêmes, trouvant refuge dans leurs études».
«Rien ne change ni ne changera, et tu seras toujours aimé aussi fort» : voici le message à faire passer à un enfant si l’on tient à le protéger ! Hélas, plusieurs couples se déclarent totalement la guerre une fois séparés. Et c’est l’enfant qui paye indûment le prix !


* Abir CHEMLI


** L’avis du spécialiste: «De grâce, gardez l’enfant en dehors des conflits !»
Mme Eya Nasri, psychologue, affirme que le divorce en tant que tel n’est pas le plus dur à gérer par l’enfant. Ce sont les conflits qui peuvent peser très lourd. «Autant le dire de prime abord, je suis entièrement pour le divorce si la vie commune se transforme en un cauchemar sans fin ! Plusieurs parents prétendent rester ensemble juste pour le bien des enfants alors qu’ils continuent de se disputer, à s’échanger des injures… Les enfants assistent à des scènes de ménage, à des scènes de violence quotidiennement! Or, si l’on cherchait leur réel intérêt, alors il faut leur donner la saine atmosphère à laquelle ils ont droit ! Si la mésentente est omniprésente, vivre avec un seul de ses parents sera plus clément. L’enfant souffre plus des disputes et des conflits entre ses parents que de la séparation en elle-même. Il est réceptif au climat émotionnel dans lequel il vit et il se rend compte que cela ne va pas, même si les parents ne le lui disent pas ! Alors que dire si les parents le crient sur les toits ! Cela dit, en cas de séparation, l’idéal est de lui expliquer la situation entière sans entrer dans les détails. Lui dire par exemple : «entre papa et maman, ce n’est plus comme avant, nous ne nous entendons plus comme mari et femme, c’est pourquoi, papa (ou maman) va aller vivre dans une autre maison». Cela dit, il faut aussi lui expliquer qu’il n’y est pour rien, que ce n’est pas à cause de lui… Il a besoin d’être rassuré quant à l’amour que ses deux parents, qu’il aura toujours sa place dans le cœur des deux. Et le plus important, c’est de lui laisser sa place d’enfant. Il ne doit, en aucun cas, être le confident des parents et il ne faut pas l’exposer aux griefs de l’un contre l’autre. Et il ne doit surtout pas servir de messager entre ses deux parents, ni de bouc émissaire en cas de conflit. De grâce, laissez-le en dehors des conflits et du chantage affectif. Ce serait très destructeur pour lui».


*A.C.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com