Réédition : «Bizerte : dernière escale» d’Anastasia Manstein- Chirinsky
Après l’épuisement du stock à deux reprises, Sud Editions est passée à la 3e édition. Si ce livre est demandé, c’est parce que son auteur russe parle d’une partie de l’histoire du monde. Tirée de son propre récit de vie avant et après avoir atterri à Bizerte.
La première édition parue en 2000 sous le titre «La Dernière escale» a eu un grand écho auprès des historiens et de la communauté russe de Tunisie. Au bout de quelques mois, mille exemplaires sont partis. Les libraires ont vite passé la commande. Quatre ans après, une première réédition de quelque mille exemplaires. Idem, la version 2004 a eu le même sort que celle d’auparavant. Les deux éditions ont été subventionnées par l’Etat et le prix de l’unité n’a pas dépassé les 14dinars 500. Cinq ans après, la maison mère a mis sous presse imprimé chez les Finzi fin octobre dernier le même livre qui scelle 304 pages généreusement illustrées de 35 photos fournies par l’auteur Anastasia Manstein-Chirinsky.1500 exemplaires viennent d’être tirés. Cette 3e édition n’a pas été subventionnée et l’ouvrage est passé à 16 dinars. Voir des livres réédités successivement est aujourd’hui chose rare. Car, les amoureux du livre et de la lecture, on le sait, ne courent plus les librairies et les espaces dédiés au livre sont de plus en plus boudés. Mais «Bizerte : dernière escale» invite le public à lire. C’est lire une histoire vraie qui a commencé en Ukraine et s’est couchée sur les plages de Bizerte en Tunisie. L’auteur née en 1912 dans le grand domaine familial de Roubejnoé en Ukraine (fille d’un officier de la marine russe) a été contrainte à l’exil alors qu’elle n’avait que 8 printemps. Le 22 décembre 1920, Bizerte a accueilli 6388 réfugiés parmi les 150.000 qui étaient à bord du navire impérial de Russie fuyant leur pays en pleine révolution. Ayant survécu à l’arrachement et au mal de mer, l’auteur a raconté sa petite et grande histoire. Comme un «témoin d’événements tragiques méconnus ou faussés
Des institutions qui avaient fait la gloire de son pays et qui furent rayées, balayées, mortifiées
.», raconte l’ambassadeur Ahmed Ounaïes dans la préface de l’ouvrage de nature autobiographique. Et de reprendre plus loin : «Anastasia aurait été excusée de céder, adulte, au piège de la saga et, tout autant, au romantisme de l’âme slave
Ayant survécu, ayant percé sa part de vérité, elle témoigne en termes justes et forts, sans mélo et sans bravade. Les rivages de la révolution, la détresse de l’exode, l’abandon de l’exil n’en sont pas moins saisissants à travers les destins des émigrés de tout âge. Ayant réussi à s’élever et, sauf rares et irrésistibles clins d’il, garder la tête froide pour mieux savourer le bonheur de revoir enfin la Russie qui se reprend à être la Russie
». Un livre qui, par sa vérité poignante, accroche. Comme un film documentaire plein d’images, de petits récits de vie. Notre Bizertine d’adoption passe aujourd’hui une retraite paisible dans son pays d’accueil où elle vit depuis 89 ans. Cette réfugiée politique, mère de trois enfants et ancienne enseignante de maths, voyage depuis 1997 en Russie, qui plus est avec un passeport russe. Ce n’est pas beau ?
* Zohra ABID

