Les dépenses à la tunisienne : Bouffe, tabac, transport… et le budget est bouffé !





Plusieurs Tunisiens se plaignent d’avoir la bourse « trouée ». Bon nombre se disent endettés, débiteurs et auraient des fins de mois difficiles… Sur quoi donc le Tunisien dépenserait-il le plus ?
Selon l’enquête nationale sur les dépenses, la consommation et le niveau de vie des ménages, réalisée en 2008, le Tunisien dépenserait en millimes, par jour, 1.388 pour la nourriture, 785 pour le logement, 407 pour l’habillement, 354 pour les transports et les communications, 316 pour l’enseignement et la culture, 316 pour la santé et 155 pour le tabac ! Ces chiffres concernent la moyenne des dépenses tunisiennes, toutes régions et catégories sociales confondues. Par ailleurs, le montant officiel de l’endettement des ménages tunisiens a plus que doublé au cours des cinq dernières années. Passant de 3 milliards à 7,3 milliards de dinars entre la fin de 2003 et 2008. Ces chiffres sont révélateurs quant au comportement socioculturel du tunisien. Conséquence du développement économique et social, les ménages tunisiens se laissent séduire par le recours à l’emprunt et aux crédits. Une action que les banquiers favorisent en multipliant les offres. Et personne ne se hasarde à délivrer une estimation de l’endettement global des Tunisiens. Mais on s’accorde à dire que nous vivons bien au-dessus de nos moyens. D’ailleurs, la plupart d’entre nous arrivent très difficilement à boucler leur fin de mois…


Les dépenses dépassent les moyens
Mme Halouani, la cinquantaine, cadre moyen, dit que les dépenses de sa famille dépendent toujours des occasions. Mais c’est pratiquement toujours la bouffe qui « bouffe » le plus d’argent. «D’emblée, je dirai que ce sont les produits alimentaires qui accaparent la part du lion en ce qui concerne les dépenses. C’est un besoin vital et quotidien. Nous achetons nos provisions pour tous le mois, cela contient en majorité des produits alimentaires et nous coûte entre 100 et 120 dinars. Et chaque week-end, on dépense entre 40 et 70 dinars entre viandes, légumes et fruits. Et ce, sans compter les dépenses au quotidien comme le pain, les yaourts, les casse-croûtes, cafés… Donc, la bouffe, à elle seule, nous coûte environ le tiers de ce que nous gagnons mon mari et moi. L’on dépense également beaucoup d’argent pour payer les factures d’électricité et d’eau. Et il ne faut pas oublier bien sûr le prix du transport entre essence, taxi et autres. Ensuite, je crois que nous dépensons pour les frais des enfants, cartes de recharge téléphonique, connexion, photocopies, habits, produits de toilette, enfin, ce genre de choses. Je tiens tout de même à dire que j’ai trois enfants, que nous appartenons à la classe moyenne et qu’on est propriétaire d’un appartement. Nos dépenses, dépassent nos moyens réels. Surtout lors des occasions, Aïd, Ramadan, rentrée, etc. Heureusement que mon beau-père nous aide fréquemment», dit-elle.


Joindre les deux bouts
Mme Chaouach, 45 ans, mère de deux enfants, dit aussi que les dépenses de sa famille, dépassent leurs revenus. «D’abord, je n’ai pas d’emploi fixe, mais heureusement que j’ai un diplôme de pâtissière, je prépare des gâteaux traditionnels, ce qui nous permet d’arrondir nos fins de mois difficiles. Mais je dois dire qu’on arrive difficilement à joindre les deux bouts ! Les exigences de la vie moderne coûtent très chers. Et lorsqu’on a deux adolescents à la maison, ce n’est pas une sinécure que de pouvoir subvenir à leurs besoins. Nous vivons dans un quartier plutôt huppé et mes enfants voient toujours des gadgets et des habits griffés chez leurs camarades et ils en demandent à leur tour, sans cesse ! De plus, la bouffe seule, nous coûte déjà une fortune. Et mon mari vient de vendre sa voiture, donc l’on se déplace souvent en taxi et cela chiffre ! Sans oublier bien sûr que c’est un grand fumeur. Il consomme deux paquets de cigarettes par jour. Et franchement, je ne sais pas comment on arrive à s’en sortir. Et le plus dur, c’est qu’à présent, on ne peut plus fermer l’œil sur les exigences de la vie moderne, là où on va, on est matraqué par des spots et des slogans très alléchants et…on succombe», dit-elle.
«Ma yeghla alik chay», sic. (Rien n’est trop cher pour vous)  ce slogan qui revient toujours comme une rengaine, est devenu carrément un mode de vie chez les Tunisiens ! Les facilités de la carte de crédit et des prêts à la consommation, témoignent d’un changement d’époque. Aujourd’hui on n’a plus recours aux crédits bancaires et aux facilités de payement pour acheter une maison ou une voiture. Tout est « achetable » pour se faire plaisir : téléviseur, ordinateur, meubles, téléphone mobile et habits… Certains ont une liste de crédit chez l’épicier du coin et empruntent pour payer leurs courses et factures ! Normal, le budget est très vite bouffé, le compte bancaire vire vite au rouge et le salaire ne suffit plus du tout… Et pour débloquer la situation, ce n’est vraiment pas facile…


* Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com