Conférence de Copenhague sur le climat : Cherche accord politique désespérément





Le Quotidien-Agences
La conclusion d’un accord politique contre le changement climatique entre chefs d’Etat, le 18 décembre à Copenhague, apparaît désormais comme la seule issue possible en dépit des frustrations qu’elle engendre.
La dernière session de négociations avant l’ouverture de la conférence mondiale (à partir du 7 décembre) qui s’est achevée avant hier à Barcelone aura au moins permis d’avaliser ce constat.
«La négociation ne peut plus guère progresser au niveau des délégués tant les enjeux impliquent des choix politiques majeurs», constate l’expert français Pierre Radanne, présent lors de la naissance du protocole de Kyoto en 1997.
«Nous parlons, ni plus ni moins, de réinventer la société industrielle, d’engager une transformation radicale pour les décennies à venir», remarque aussi Alden Meyer, de l’ONG américaine Union for Concerned Scientists.
Le responsable du climat aux Nations Unies, Yvo de Boer, appelait à «capitaliser sur l’attention sans précédent» accordée au climat, notamment dans les sommets, alors qu’une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement sont déjà annoncés à Copenhague.
Au minimum, l’accord devra comprendre des chiffres qui font toujours défaut à ce stade: les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés à moyen terme, ainsi que le montant - et le système de gestion - de «l’argent du climat» (en milliards de dollars/an d’ici à 2020), nécessaire pour transformer le fonctionnement énergétique des économies et soutenir l’adaptation des pays pauvres.


Atténuer les émissions
De leur côté, les grands pays en développement devront indiquer comment ils comptent atténuer la croissance de leur propres émissions, alors que la Chine est devenue le premier pollueur mondial. Et ces actions doivent être comparables entre elles, mesurables et vérifiables, insistent les pays industrialisés.
Car si les Etats-Unis ont refusé de ratifier le protocole de Kyoto, adopté en 1997, c’est par manque de contraintes pesant sur les grands émergents - dont leurs concurrents chinois ou indiens.
«Les pays en développement continuent de réclamer un accord légal qui s’applique à nous et pas à eux. Nous ne sommes pas prêts à l’accepter», prévient le négociateur américain Jonathan Pershing. «Un accord doit s’appliquer à tous les grands émetteurs».
Pour l’heure, le monde en développement souhaite prolonger Kyoto, dont la première phase expire fin 2012 pour sauvegarder l’essentiel: l’engagement contractuel des pays industialisés, résume l’ambassadeur indien pour le climat, Shyam Saran.
«Le climat, c’est la première négociation Nord-Sud depuis la décolonisation», commente Pierre Radanne.
Comment, dès lors, aboutir rapidement à un cadre international, impliquant tout le monde?
Pour Brice Lalonde, ambassadeur de France pour le climat, la déclaration de Copenhague devra «fixer une date-butoir vers un traité international, sans doute un protocole qui pourrait être adopté courant 2010», afin d’éviter un vide juridique fin 2012. «Commençons par les actions, ensuite on verra la forme juridique qui les organisera».
Mais les ONG pointent l’intransigeance américaine. «Tout le monde se réjouissait du retour des Etats-Unis. Il est cher payé», estime Morgane Créach du Réseau Action Climat.
«Une décision de la Conférence des parties (à la convention) c’est peut-être ce qu’ils ont en tête», reprend Alden Meyer. «Mais c’est l’Ouest sauvage: chacun fait ce qu’il veut».
«Accepter un accord politique revient à acheter une maison sans même avoir vu la photo», estime Antonio Hill d’Oxfam.


** Un mois avant le sommet : Tout ce qu’il faut savoir sur Copenhague
LE SOMMET
A quoi sert le sommet de Copenhague?
Le sommet a pour but de trouver un accord international pour enrayer le réchauffement climatique. Il doit donner une suite au protocole de Kyoto, qui expire fin 2012.
Quels seront les thèmes abordés lors du sommet?
Les trois principaux thèmes seront:
-Les objectifs de réduction de gaz à effet de serre
-L’aide financière aux pays en voie de développement
-La lutte contre la déforestation
Pourquoi appelle-t-on la conférence Cop15?
COP signifie Conférence des parties signataires de la convention climat. La première a eu lieu en 1995 a Berlin, la dernière à Bali en 2007. La 15ème aura lieu en décembre à Copenhague.
Pourquoi le sommet sur le climat se tient-il à Copenhague?
La COP (conférence des parties) établit un roulement entre les cinq blocs régionaux des Nations Unies. Cette année, c’était au tour du groupe des Etats d’Europe occidentale d’accueillir la conférence. Copenhague, ville particulièrement investie dans le développement durable, s’est porté candidate.
Combien va coûter le sommet?
L’essentiel des coûts est supporté par le Danemark, qui devrait payer au minimum 62 millions de dollars. Les Nations Unies, elles, débourseront 2 millions de dollars.


LES NEGOCIATIONS
Où en sont les négociations?
La dernière réunion des négociateurs avant Copenhague a pris fin le 6 novembre à Barcelone. Les discussions n’ont pas avancé et l’idée se généralise qu’aucun accord ne sera signé à Copenhague.
Si aucun accord n’est trouvé à Copenhague, que se passera-t-il?
Les Nations Unies ont d’ores et déjà planifié de nouvelles sessions de négociations post-Copenhague. De plus en plus de négociateurs pensent qu’un accord pourra être trouvé dans les trois à douze mois suivant la conférence.
Quelle est la position des Etats-Unis?
Barack Obama a proposé un plan climat que le Congrès n’a pas encore adopté. Ce qui signifie que la position des Etats-Unis n’est pas encore définie. C’est l’un des principaux blocages des négociations.
Quelle est la position de la Chine et de l’Inde?
La Chine et l’Inde refusent de sacrifier leur croissance, mais acceptent l’idée de développer les énergies propres. En contrepartie, elles réclament une aide financière importante des pays développés, qu’elles considèrent comme responsables du réchauffement climatique.
Quelle est la position de l’Europe et de la France?
L’Union européenne s’est engagée à réduire ses émissions de 20% d’ici à 2020 par rapport à 1990, une promesse sur laquelle s’est alignée la France. Néanmoins, les 27 n’arrivent pas à se mettre d’accord sur le montant de l’aide à accorder aux pays pauvres, ni sur la répartition des charges.
Qui sera présent à Copenhague?
Les personnes pouvant accéder aux négociations sont les négociateurs des 192 Etats, des organisations «observatrices» et des journalistes. Pour l’heure, 40 chefs d’Etat ont prévu de se rendre à Copenhague.


LES MOBILISATIONS
Combien de personnes sont attendues?
Entre 15 000 et 30 000 personnes sont attendues au Bella Center, lieu où prendront place les négociations. Mais difficile de dire combien de personnes s’inviteront à Copenhague pour faire entendre leur voix: on parle déjà d’un million de manifestants, ce qu’appréhendent les autorités.
Quelle sera la place des ONG dans le débat?
Les ONG ont rédigé un rapport de 160 pages détaillant leurs propositions pour le sommet. Ce texte sera distribué aux négociateurs des 192 Etats. Elles veulent que les pays industrialisés réduisent de 40% leurs émissions d’ici à 2020 par rapport à 1990.
Qui peut aller à Copenhague?
Tout le monde! Evidemment, l’accès aux Bella center est extrêmement restreint, mais un village d’ONG sera ouvert à tous sur place et de grandes manifestations sont prévues. Et les Danois ont déjà tout prévu pour accueillir les visiteurs.
Comment faire entendre sa voix?
Manifestations, flashmobs, pétitions, mobilisation en ligne... de nombreux moyens ont été mis en place pour permettre aux citoyens de donner leur avis.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com