Rencontres d’art contemporain : La Médina recréée en termes de modernité





Au cœur du vieux Tunis, le palais Kheïreddine et le club Tahar Haddad accueillent les manifestations d’une exposition inédite «Rencontres d’art contemporain», concrétisant le rêve de ses deux commissaires : l’ethnologue avertie de la Médina, Sophie Revault-Golvin, et Meriem Bouderbala, peintre tunisienne. Au vernissage, vendredi dernier, assistaient des personnalités du monde de l’art et de la culture tuniso-français avec à leur tête le ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Loisirs, l’ambassadeur de France et le maire de la ville de Tunis. 17 artistes des deux rives de la Méditerranée investissent la Médina, travaillent et se partagent un espace de création. Fatma Charfi, artiste tunisienne, invite ce monde à un moment de communion, s’impose avec happening et performances. Elle concrétise, à travers son «Laboratoire de paix» fait d’installations et de sculptures, sa haute conscience des problèmes actuels de la guerre. Son univers est animé de petits personnages en papier de soie blanc avec une tâche rouge au milieu. Cette démarche plastique lui a été inspirée au cours de la guerre du Golfe de 1990. «Je me suis sentie animée par le désir d’un appel à la paix» et elle invite l’assistance à venir partager avec elle la métamorphose d’une graine : «Graines d’«Abérics», rouges, blancs ou noirs, ne venons-nous pas de la même graine ? N’avons-nous pas la même ombre ? Ne saignons-nous pas de la même couleur ? de la même douleur ?», dit-elle. L’artiste français Skall y participe également, éveillant la curiosité sur certaines pratiques culturelles des pays du Maghreb : le stambali, Bousaâdia qui puisent leurs racines dans les cultures d’Afrique. Il invite à partager l’irrationnel émanant de l’extase et de la transe de ces rituels religieux. Quant aux artistes tunisiens, ils sont appelés à investir la Médina à travers ses métiers traditionnels et leurs origines. Abderrazak Sahli, focalisé sur un objet traditionnel «Sakkhan» dont il se sert comme armature habillée de toile de jute sur laquelle il peint des motifs à l’acrylique. Raouf Karray sort l’œuvre de l’enceinte des galeries pour la mettre à la disposition des passants dans la rue, réalise des toiles géantes d’inspiration arabo-berbère et africaine. Insaf Saâda crée l’émotion avec ses colonnes sculptées faites de «tamis» superposés, ornés de perles et installés dans un paysage damier. Mouna Douf célèbre la tradition à sa manière à travers des étoffes couleur vert - marabout qu’elle étend comme le linge au milieu du patio, suspendues sur de grandes bassines «Kasaâ». Elle sacralise, de ce fait, un espace féminin. La vision de Patricia Triki, artiste tunisienne, éveille les sens grâce au mélange des objets modernes avec des objets traditionnels. Ses matières faites d’épaisseur, de déchirures et de densité unissent technologie et tradition. L’unité de la Médina est reconstituée à travers la multitude des points de vue. Elle ne retient pas l’attention comme objet figé mais comme plasticité. Elle est «épicentre» chez Christophe Cartier et Sébastien Susset- Microchnikoff. Elle est également recréée en fil de fer, léger, synthétique, ombre et lumière secrète dans l’œuvre de Tony Soulie. Elle est rêvée, incarnée et photographiée en couples de paradoxe : horizon / plan - dôme / souterrain, statisme / cheminement, lumière / obscurité, terrasses et ruelles. Les organisateurs de cette grande manifestation ont réussi ce pari de faire fusionner les deux facettes de la culture universelle, le dedans et le dehors, l’intime et l’étranger, l’Orient et l’Occident. Ils réussissent, à travers l’expression artistique, à relever ce que la politique dissimule, désunit et altère et à fausser le paradigme de conflit des civilisations. L’exposition se poursuivra jusqu’au 15 décembre ; nous espérons que les écoles d’art soient sensibilisées pour y faire participer les élèves, les futurs créateurs du monde de demain. Nour El Houda SADFI


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com