Propreté: Que faire de nos déchets ?





Il est impératif d’adopter des modes appropriés pour gérer les milliers de tonnes de déchets ménagers. Aujourd’hui, comment faut-il agir pour éviter le débordement de nos décharges?
Les spécialistes dans le domaine de la gestion des déchets pensent que l’augmentation de la production des déchets au cours des prochaines décennies, invite à s’interroger sur les meilleurs modes de traitement et de gestion des déchets.
Plusieurs études s’intéressant aux problèmes de l’environnement en Tunisie montrent que la gestion des déchets constitue un défi social, écologique et économique de premier plan. C’est un défi dont dépendent, et dépendront dans le futur, la qualité de la vie, la disponibilité des ressources naturelles et le développement global du pays. Ceci a poussé les pouvoirs publics à mettre en œuvre beaucoup de programmes destinés à bien gérer les déchets et à diminuer leurs impacts sur l’environnement et sur l’homme.    
L’impact écologique des déchets est inévitable. Tous les pays mobilisent d’énormes budgets et mettent en action divers programmes afin de réduire le taux de dégradation de l’environnement sous l’effet de la toxicité des déchets.
Mondialisation aidant, l’industrialisation des modes de production à travers le monde poussent les populations à adhérer au modèle de la société de consommation dans laquelle les individus, jouissant de bons revenus, «contribuent» à la production de déchets.
Pour ce qui est de la Tunisie , une étude faite en 2004, a porté sur l’évaluation de la participation des ménages tunisiens à la production des déchets. Il s’est avéré que c’est dans le Grand Tunis que les ménages produisent le plus de déchets.
La quantité produite varie en fait selon les revenus. Ainsi, une famille tunisienne à revenu élevé produit annuellement près de 2600 kg de déchets alors qu’une famille à revenu faible en produit 730 kg . Sur l’ensemble du pays, ce sont environ 1,8 million de tonnes d’ordures ménagères qui finissent, chaque année, dans les décharges.
Il s’agit d’importantes charges qu’il faut savoir gérer durablement d’autant que les déchets sont inépuisables. Que fait alors la Tunisie de ses déchets ménagers?
Un premier point très important concerne la composition des déchets. Car, pour adopter la technique de gestion appropriée il faut connaître les caractéristiques des déchets. Dans ce sens, une caractérisation des ordures ménagères a été réalisée en 2004. Il s’agit d’une autopsie destinée à schématiser la composition des déchets selon les régions, les saisons, les quartiers. L’opération a permis aussi de dresser une différenciation des poubelles en fonction des revenus.
Les résultats obtenus ont permis, entre autres, de conclure que les poubelles ménagères en Tunisie se composent à 70 % de déchets organiques. Cette identification de la nature de nos déchets devrait donc être très utile dans le choix de la technique de traitement à mettre en œuvre. Les méthodes les plus courantes sont l’incinération, le recyclage et l’enfouissement.
Aujourd’hui, la grande partie des déchets en Tunisie finit dans le sous sol. D’après l’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGED), près de 95 % de nos déchets sont enfouis dans des décharges contrôlées et dans les dépôts municipaux. 5 % sont recyclés, alors que seulement 0,5 % sont transformés en engrais organique à travers le compostage.
Pour les spécialistes dans le domaine, la gestion des déchets doit s’inscrire dans la durabilité. La stratégie adoptée en la matière doit à cet effet suivre une perspective économique dans le cadre de laquelle la gestion des déchets doit se faire dans la durabilité. Ce qui n’est possible que quand les bénéfices obtenus sont supérieurs aux coûts accumulés par la collecte, le transport et le traitement des déchets. Le ministère de l’Environnement et du Développement durable avec le concours des autres acteurs concernés agit dans le cadre d’une stratégie de gestion intégrée et durable des déchets. L’action se fait à travers des filières de gestion  spécifique des déchets qui génèrent, aujourd’hui, des milliers d’emplois.


* Hassen GHEDIRI


Samira Ben Ammar, (Spécialiste en gestion des déchets): «Il faut opter pour le compostage»


Pour Mme Samira Ben Ammar, chercheur à l’Institut National de Recherche Scientifique et Technique (INRST), la gestion intégrée des déchets ménagers implique un traitement adéquat qui respecte les paramètres du développement durable.
Il est important, donc, de veiller à traiter les déchets selon des méthodes respectueuses de l’environnement, et à chercher des débouchés commerciaux. Elle estime qu’au point de vue environnemental, la mise en décharge des déchets est la pire solution pour la Tunisie. «Cette alternative est consommatrice d’espace et pourrait générer plusieurs problèmes environnementaux dans le futur. En revanche, le compostage est particulièrement adapté au contexte de la Tunisie. «C’est la meilleure solution pour notre pays du fait que plus de 70% des déchets sont de nature organique ce qui constitue d’énormes ressources en engrais pour l’agriculture d’autant plus que le taux de matière organique de la majorité des sols tunisiens se situe à moins de 1%. «Je suis convaincue que l’installation des usines de compostage dans les centres de collectes est la meilleure solution pour la Tunisie».


** Le recyclage, une véritable industrie


En Europe, le secteur de la gestion et du recyclage des déchets croît rapidement et génère un chiffre d’affaires estimé à plus de 100 milliards d’euros par an. Ce secteur à forte intensité de main-d’oeuvre occupe entre 1,2 et 1,5 million de personnes. L’industrie du recyclage fournit des volumes croissants de matières premières à l’industrie manufacturière: au moins 50 % du papier et de l’acier, 43 % du verre et 40 % des métaux non ferreux produits dans l’UE sont actuellement fabriqués à partir de matériaux recyclés.


** Les déchets en Tunisie


- Déchets ménagers : 1 800 000 t/an.
- Déchets dangereux : 150 000 t/an.
- Déchets de soins : 18 000 t/an.
- Déchets d’emballage : 52 000 t/an.
- Batteries : 500 000 t/an.
- Pneus usagés : 2 000 000 unités.




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com