Nigéria: Réveil des vieux démons du Biafra ?





Les conflits interreligieux qui secouent le Nigéria risquent de réveiller les vieux démons sécessionnistes et menacent l’intégrité territoriale de ce géant de l’Afrique.
La vie au Nigéria est loin d’être un long fleuve tranquille. Le pays est de nouveau secoué, en effet, par de violents affrontements entre chrétiens et musulmans qui ont fait plus de 300 morts ces derniers jours selon l’organisation Human Rights Watch.
Ces incidents meurtriers qui font craindre le pire ont éclaté à la suite d’un différend concernant la construction d’habitations détruites en novembre 2008.
Pays le plus peuplé d’Afrique avec quelque 130 millions d’habitants, le Nigéria est bien souvent le théâtre d’affrontements ethno-religieux ayant génèré des milliers de morts depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement civil du président Abusegun Obasanjo en 1999. Les rivalités entre les principaux groupes ethniques - Les Haoussas - Foulanis au Nord, les Igbos au Sud-Est et les Yoruba au Sud-Ouest - et les tensions religieuses entre les Musulmans et les Chrétiens alimentent régulièrement les feux de la discorde. Et dans ce pays producteur de pétrole, de telles tensions sont entretenues par les élites d’une classe dirigeante qui n’hésitent pas à exploiter les clivages sociaux et les rivalités entre les factions. Le ver est donc dans le fruit. Le Nigéria, pays de tous les paradoxes, très riche en pétrole mais dont 37% de la population vit avec moins de un dollar par jour selon la Banque Mondiale, est de toute évidence miné de l’intérieur. Il porte en tout cas les stigmates du mal africain: outre l’aspect ethnique le facteur religieux influe beaucoup sur la politique et l’on est souvent élu, d’ailleurs, suivant que l’on est musulman ou chrétien. Et il est difficile pour l’un et l’autre de triompher dans une circonscription électorale à majorité musulmane ou chrétienne.
Quand la désunion au sein d’une même nation est aussi frappante, les perspectives d’avenir ne sont point rassurantes. Le conflit interreligieux peut certainement servir de cocktail détonnant pour accélérer le démembrement du pays. De là à dire que l’intégrité territoriale du Nigéria est, aujourd’hui, menacée il n’y a qu’un petit pas que plus d’un n’hésiteront pas à franchir.
En tout cas, la situation n’incite pas du tout à l’optimisme, car les incidents de ces derniers jours ne sont pas sans rappeler les tragiques événements qui avaient mis le pays, par le passé, à feu et à sang.
C’est dans ce contexte religieux, justement, qu’avait débuté, rappelons-le, la sécession du Biafra, de 1967 à 1970. Région minière très riche du Sud-Est du Nigéria, le Biafra est dominé par les Ibos à majorité chrétienne. Ces derniers étaient entrés avec d'autres ethnies à dominance musulmane, dans un conflit armé qui avait occasionné des millions de morts.
Les vieux démons sécessionnistes sont-ils en passe de renaître de leur cendre au Nigéria? Dans l’état actuel des choses, cette sombre hypothèse est malheureusement plausible. Les scénarios les plus pessimistes sont en tout cas envisageables, à moins que les responsables nigérians ne réussissent à circonscrire, à temps, la terrible menace que fait peser la désunion sur l’avenir et la stabilité fragile du pays.


* Chokri BACCOUCHE


Les affrontements entre Chrétiens et Musulmans se poursuivent à Jos


Les violences meurtrières entre chrétiens et musulmans, qui ont fait près de 300 tués depuis trois jours, se poursuivaient hier matin à Jos et dans sa périphérie, dans le centre du Nigéria, où les militaires ont renforcé leur présence.
C’est la construction d’une mosquée dans Nassarawa Gwon, un quartier chrétien de Jos, ville d’un demi-million d’habitants située entre le Nord musulman et le Sud chrétien et animiste du pays, qui a déclenché les violences.
Ces affrontements ont provoqué en trois jours le déplacement de 20.000 personnes et une pénurie d’eau et de vivres, selon Mark Lipdo, coordonnateur de l’ONG locale Stefanus Foundation.
Les autorités fédérales se sont dites déterminées à en finir avec ces nouvelles violences intercommunautaires.
«Le Nigéria doit s’assurer que les forces assurant la sécurité usent de modération et observent les règles internationales en matière d’usage de la force», a déclaré HRW dans un communiqué.
HRW estime que plus de 13.500 personnes ont été tuées dans des violences entre communautés depuis la fin du régime militaire en 1999 au Nigéria, soulignant que beaucoup de coupables sont restés impunis.
Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique avec 150 millions d’habitants, est régulièrement secoué par des violences entre chrétiens et musulmans.
En novembre 2008, des centaines de personnes avaient péri en deux jours dans des affrontements similaires dans cette ville. La secte islamiste Boko Haram a mené en juillet dernier un soulèvement dans l’Etat de Borno (Nord) et les combats lors de l’intervention des forces de sécurité ont fait au moins 800 tués.


Nigéria, digest


Le Nigéria est situé dans le golfe de Guinée, ce pays possède 4047 km de frontières terrestres, et 853 km de littoral. Il est bordé à l’Ouest par le Bénin (773 km), à l’Est par le Cameroun (1690 km), au Nord par le Niger (1497 km), et par le Tchad au Nord-Est (84 km), est de loin le pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 140 millions d’habitants. Malgré une production de pétrole importante, le Nigéria demeure un pays relativement pauvre, en raison notamment d’une très forte corruption. Le pays est encore classé second pays le plus corrompu en 2003 d’après l’organisation Transparency International. La valeur de son PIB total le place à la deuxième position en Afrique en 2008, derrière l’Afrique du Sud et devant l’Algérie. Malgré la tenue d’élections au suffrage universel, la démocratie n’est pas établie, le dernier scrutin ayant donné lieu à des fraudes massives selon les observateurs internationaux. Depuis 1991, la capitale du Nigéria est la ville nouvelle d’Abuja. Ses habitants sont les Nigérians.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com