Le procès de Aafia Siddiqui divise les observateurs: Mystère autour de « Lady Al-Qaïda »





Le Quotidien-Agences
Au tribunal à New York, les procureurs la dépeignent comme une apprentie terroriste, mais sa famille et ses défenseurs au Pakistan assurent qu’elle est une victime des fameuses prisons secrètes américaines.


A 37 ans, Aafia Siddiqui, une neuroscientifique diplômée d’une prestigieuse école américaine, est jugée depuis mardi aux Etats-Unis pour avoir tenté de tuer en 2008 des agents du FBI qui l’interrogeaient dans une prison afghane, après s’être emparée d’une de leurs armes. Mme Siddiqui, grièvement blessée par balle à l’estomac dans l’incident, proclame qu’elle a été enlevée en 2003 à Karachi et détenue pendant cinq ans, avec ses trois enfants, dans une prison américaine en Afghanistan.Des organisations de défense des droits de l’Homme qui se sont emparées de son cas affirment qu’il s’agit de la prison de Bagram, près de Kaboul. l’accusation américaine assure qu’elle a été arrêtée en 2008 par la police dans le sud afghan en possession de plans d’attentats «massivement meurtriers» aux Etats-Unis, qu’elle était recherchée depuis 2004 par le FBI pour son appartenance à Al-Qaïda et qu’elle a peut-être été mariée à un cousin de celui qui s’accuse d’être le cerveau des attentats du 11 septembre, Khaled Cheikh Mohammed. Ce dernier avait été arrêté à Rawalpindi, près d’Islamabad, le 1er mars 2003, un mois avant la disparition de Mme Siddiqui à Karachi, la capitale économique du Pakistan.
Mais à New York, elle n’est jugée que pour avoir tenté de tuer des agents du FBI. Dès la première journée du procès, les juges l’ont fait expulser après qu’elle eut perturbé les débats en lançant notamment qu’elle avait été «détenue dans une prison secrète», où ses enfants «ont été torturés».
Dans sa maison du quartier chic de Gulshan-e-Iqbal à Karachi, sa mère, la très frêle Ismat Siddiqui, 70 ans, ne peut imaginer sa fille en tueuse ou en terroriste.
«Elle aime les gens, les animaux, les fleurs, elle ne ferait jamais de mal à quoi que ce soit de vivant, alors comment pourrait-elle tuer des soldats américains ?», se lamente la vieille dame, en contemplant le vaste jardin de la propriété familiale où Aafia se passionnait pour la culture des roses. «Elle en était folle, elle en a planté de toutes sortes dans le jardin», se souvient sa soeur Fowzia, médecin, qui évoque une «soeur brillante et une mère courageuse, pratiquant sa religion mais pas fanatique».
Après un diplôme du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), Aafia était rentrée à Karachi pour vivre en famille, avant de «disparaître» le 30 mars 2003, avec ses trois enfants. Comment Aafia s’est-elle retrouvée, cinq ans plus tard, arrêtée dans cette province de Ghazni, dans le sud afghan, un bastion des talibans ? A-t-elle passé cinq ans dans une prison américaine en Afghanistan ? Ou, comme le soupçonnent ses accusateurs, en Afghanistan avec des combattants d’Al-Qaïda ?
Deux de ses enfants sont toujours portés disparus. Le troisième, renvoyé au Pakistan par les autorités afghanes en 2008, vit aujourd’hui avec sa grand-mère à Karachi où la police a lancé en décembre une enquête sur «le kidnapping d’Aafia Siddiqui par des inconnus», selon Niaz Khoso, un haut responsable de la police de Karachi. Il explique avoir recueilli le témoignage du fils, âgé aujourd’hui de 13 ans: «Il nous a dit que des hommes avaient intercepté le taxi qui les emmenait à l’aéroport de Karachi et les avaient capturés», dit-il. Mohammad Ahmed avait alors 6 ans. «Il nous a dit aussi qu’il avait été endormi et s’était réveillé dans une prison pour enfants à Kaboul, d’où des organisations de défense des droits de l’Homme l’ont fait sortir et remis aux autorités pakistanaises en 2008», ajoute l’officier.


Aafia, neurologue ou terroriste ?


Aafia Siddiqui est une neurologue pakistanaise qui a été arrêtée par la police afghane dans la province de Ghazni, en Afghanistan, le 17 juillet 2008. Elle est inculpée pour des actes qu’elle aurait commis le lendemain, lorsqu’une équipe d’officiers de l’armée américaine et d’agents du Bureau fédéral d’enquêtes (FBI) est arrivée dans les locaux de la police afghane pour l’interroger. Selon l’acte d’inculpation, Aafia Siddiqui aurait surgi de derrière un rideau et aurait ouvert le feu sur les agents américains qui auraient riposté. Elle a été atteinte par des tirs et blessée, aucune autre personne n’a été blessée.
Avant son arrestation, Aafia Siddiqui avait, selon certaines informations, «disparu» pendant cinq ans après avoir été vue pour la dernière fois dans une rue de Karachi, au Pakistan, avec ses trois enfants ; selon certaines allégations, elle aurait été détenue au secret par les Américains – ce que les autorités américaines ont toujours nié.
Aafia Siddiqui, de nationalité pakistanaise, a été résidente aux États-Unis de 1991 à juillet 2002. Elle est retournée brièvement aux États-Unis en décembre 2002, avant d’en repartir début janvier 2003. Selon des membres de sa famille, elle a disparu avec ses trois enfants à Karachi le 28 mars, ou autour du 28 mars 2003. Les circonstances de son arrestation restent floues. Selon certaines informations, elle aurait été emmenée par la police pakistanaise et remise aux autorités américaines qui l’ont détenue au secret en Afghanistan. Toutefois, aucune information confirmée concernant le sort d’Aafia Siddiqui n’a pu être obtenue, jusqu’à son arrestation par la police afghane le 17 juillet 2008 à Ghazni, en Afghanistan.
Selon le ministère public américain, Aafia Siddiqui avait en sa possession un certain nombre de pièces lorsqu’elle a été arrêtée par les autorités afghanes, notamment des notes sur la fabrication d’armes biologiques et des descriptifs de sites américains. Toutefois, elle n’a été inculpée que pour les faits en lien avec l’épisode du 18 juillet 2008, lorsqu’elle aurait tenté de tirer sur des agents américain venus l’interroger dans les locaux de la police afghane. Selon l’acte d’inculpation, l’équipe américaine ignorait qu’elle se trouvait derrière un rideau, sans menottes ; elle aurait réussi à se saisir de l’arme que l’un des officiers américains avait posée à terre. Blessée à l’abdomen par un officier qui aurait riposté aux tirs, Aafia Siddiqui a été transférée aux États-Unis en août 2008 et placée en quartier de haute sécurité avant d’être soignée pour ses blessures. Ses avocats affirmaient qu’elle n’était pas en état, physiquement ou moralement, de comparaître devant un tribunal. Pendant plusieurs mois, elle a été détenue dans un centre médical fédéral américain au Texas, tandis qu’une expertise psychiatrique était ordonnée. En juillet 2009, Richard Berman, juge fédéral de district, l’a déclarée apte à être jugée.
Aafia Siddiqui était avec son fils de onze ans, Ahmed, lorsqu’elle a été arrêtée à Ghazni en juillet 2008. L’enfant a ensuite été rapatrié au Pakistan. Le sort de ses deux autres enfants reste incertain.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com